alpilles13 ALPILLES13

01/09/2007

Le feu à Maussane-les-Alpilles

Vendredi, 31 août 2007

 

Ce matin au lever du soleil, les Alpilles sont en feu. Par la fenêtre, j’aperçois un nuage de fumée noire chassé vers le sud. Le mistral joue avec les flammes qui embrasent la maigre garrigue agrippée aux rochers de la Vallée des Baux. Il n’y a pourtant plus grand-chose à cramer depuis le sinistre de l’été 1999 qui a duré trois jours,  parcourant les vallons et les champs sur quinze kilomètres pour être enfin stoppé à Aureille.

 

En huit ans, les collines s’étaient à nouveau mises au vert, à la place de cette roche noire, puis grise comme des pentes volcaniques. Une végétation aride avait peu à peu pris la place qui lui revenait de droit. Elle émergeait entre les cailloux avec comme seul viatique la rosée du matin, les jours où le mistral consentait à céder sa place au vent de la mer.

 

Ma pompe d’arrosage et les tuyaux sont en place, branchés sur la roubine qui longe mon verger, prêts à fonctionner au cas où le feu franchirait les quelques centaines de mètres qui séparent ma maison du foyer. Avec ma vieille Renault 4, je me rends sur place, je croise des agriculteurs inquiets et quelques pompiers éparpillés aux abords des maisons. Le mas et les vergers de mon ami Coste qui jouxtent l’incendie sont intacts. Avant l’arrivée des secours, il avait pris la précaution de se démerder tout seul.
 
La consigne des pompiers consiste à sauver en priorité les habitats disséminés sur la ligne de feu. Les hélicos sont déjà là, les Trackers déversent un liquide retardant. On attend avec impatience le carrousel des Canadairs, seuls capables d’atteindre les vallons rougeoyant. En quelques rotations, au risque de percuter les rochers, les grands oiseaux jaunes maîtrisent l’incendie au milieu de la matinée. Mon voisin Cartier le vigneron a pris une douche d’eau de mer. Au deuxième passage, c’est de l’eau douce, me dit-il, écopée dans le Rhône, du côté de Vallabrègues.

 

Ouf ! On a été quitte pour la peur et l’on s’en retourne chez soi,  les yeux rougis par la fumée. A part quelques vergers, aucune demeure n’a grillé comme une sardine. Pour une fois, il n’y aura pas de médaille posthume à distribuer aux soldats du feu, morts au champ d’honneur. Les pompiers demeurent en place avec leurs lourds camions. Ils arrosent mètre par mètre les cendres incandescentes, les troncs d’arbres à demi calcinés. Les hélicos continuent de tourner en déversant leur pissette de ci de là.  

 

Vers midi, tout semble rentrer dans l’ordre. La gendarmerie lève le blocus de la route de St Rémy. Puis soudain, rebelote en fin d’après-midi, le feu reprend aux abords de Maussane. Les camions rouges traversent le village dans tous les sens, sirènes hurlantes. Dans un dernier baroud d’honneur, le feu démoniaque veut se venger de la maîtrise des hommes de l’avoir pour une fois vaincu, avant qu’il ne commette à nouveau l’irréparable.  

 

La prévention et l’organisation mises en place ces dernières années ont limité les dégâts. Guetteurs et pompiers sont présents à longueur de journée dans les collines. On défriche le long des routes, mais il reste de nombreux champs en friche, des champs de particuliers qui s’en foutent ! Les autorités font encore preuve de laxisme à leur égard. Et comment déceler un fada qui sommeille ou un quidam qui jette son clope de la voiture ?

10:30 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (0)

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