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29/10/2007

Silence...

 

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8. Mon journal du jour

 

Quinze jours de silence… Pas un mot, pas une ligne. J’ai suppléé à mon absence de « discours » par les saints du calendrier, des revues de presse, le renvoi au blog prolifique de Jabiru qui nous transporte par la magie de l’Internet de l’autre côté du Monde, dans le Pacifique.

 

J’ai envie et le temps de vous parler aujourd’hui. Je dis « parler »  car j’ai la « parlotte », je suis un parleur chronique qui essaie de se soigner par l’écriture. En cinq minutes de jactance, vous rasez déjà votre auditeur de mille fadaises. En revanche, une à deux heures d’écriture sont nécessaires pour un billet qui tient la route !  Six mois pour un bouquin merdique et encore six mois pour être dans le commerce ! Je dis bien « commerce » pour les auteurs à succès. Pour les autres, c’est la galère, la famille, les amis et le porte à porte, pareil à un colporteur qui, dans le temps, faisait la tournée du landernau pour vous coller des essuie-mains et des lavettes.

 

Fort de cette maxime comme quoi le silence est d’or et la parole d’argent, j’en déduis que l’écriture est de bronze. Je me contente donc de figurer parfois sur le podium, à la troisième place. J’ai le sentiment de dire des choses intelligentes lorsque je parle mais c’est le bruit, le ton, l’insistance, la redite, la gestuelle latine qui fatiguent souvent celui ou celle qui ne vous écoute que d’une oreille.

 

Deux fois l’an, je parle en silence… Non pas à l’oreille du canasson du voisin, un vieux camarguais qu’on laisse finir tranquillement sa vie dans le champ d’à côté. Je parle en silence aux oliviers, à chacun d’eux l’un après l’autre, au printemps lors de la taille et maintenant lors de la récolte. Des milliers de feuilles, semblable à des oreilles minuscules, se tendent vers moi, m’effleurent le visage pour ouïr ma respiration, mes soupirs, mes humeurs ou mon état d’âme.

 

J’ai dû mal leur parler au printemps. Peut-être de politique, de conflits, de pollution, d’OGM ? Impossible à un « parleur » de s’en souvenir ! Pour ne pas avoir à m’entendre à l’automne, hier, aujourd’hui, demain, mes oliviers centenaires se sont rebellés, se sont syndiqués, se sont coalisés,  pour ne livrer que quelques fruits épars. Donc, mes silences parlés leur ont déplu. Sans doute, je parlais au dedans de mon être, comme un égoïste qui ressasse des pensées négatives.

 

Demain, en les cueillant délicatement, en caressant leur pulpe soyeuse, je vais chanter à tue-tête comme le baryton que j’aurais pu être, si j’avais été doué pour la musique !  
Lundi, 29 octobre 2007

22:09 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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