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09/01/2008

9. Mon journal des Alpilles

Mercredi, 9 janvier 2008

 

J’ai toujours beaucoup de plaisir à rencontrer Robert Cantet, tailleur de pierre de son état. La première fois que nous nous sommes vus, nous avons à peine eu le temps de faire connaissance, pressé qu’il était par son travail. Nous avions cependant compris, l’un et l’autre, que nous avions des tas de choses à nous dire. Depuis que Robert a pris sa retraite, nous avons le temps de blaguer sur la terrasse du café de Provence, à Mouries. Et de lui poser mille questions sur son métier.

Ici, dans la vallée des Baux de Provence, la pierre calcaire est à l’honneur. Depuis des siècles, on a extrait ces pierres blanches de carrières situées dans le Val d’Enfer. L’une d’elles est toujours en activité ainsi que celle de Fontvieille, le célèbre village d’Alphonse Daudet. Toutes les demeures de la région sont en partie construites avec ces moellons. On les utilise surtout pour l’encadrement des portes et des fenêtres ainsi que pour les angles des façades. Cette pierre tendre se façonne facilement à l’aide d’une simple scie. Il n’empêche que j’ai attrapé des mains calleuses lors de la restauration du vieux mas « Bernadette » dans lequel j’ai la chance de séjourner.

Robert, lui, préférait la pierre froide, des pierres nobles, celle de Rognes, celle du Gard, le granit, le marbre, avec lesquelles il confectionnait des vasques, des bassins, des bandeaux de cheminées et des objets de décoration. L’une de ses dernières œuvres fut la copie de la borne romaine découverte sur la via Aurelia, à Maussane, que la mairie a placé à l’entrée de la salle Agora. Le musée de Marseille qui la possède n’a jamais voulu nous la rendre !

J’ai connu et aimé un autre tailleur de pierre, Hermann Matty, mon beau père. Ses aïeux, venus de la vallée du Simmenthal, dans le canton de Berne, en Suisse, avaient émigré dans le pays de Gex, à Thoiry. Dans le champ qu’ils achetèrent pour faire paître leur maigre troupeau, ils découvrirent une carrière à ciel ouvert de pierres dures du Jura. Ce n’était ni une mine d’or, ni de diamants mais ils l’exploitèrent durant plus d’un siècle pour faire vivre leur famille. En 1881, lorsqu’il fallut reconstruire le pont des Bergues, à Genève, les carriers de Thoiry livrèrent des blocs de pierre sur des chars tirés par leurs bœufs de labour. Lorsqu’il n’eût plus un quelconque caillou à extraire, Hermann, mécréant comme son beau-fils, travailla pratiquement toute sa vie dans les églises. Par dérogation spéciale, il y a de fortes chances qu’il soit chez Saint-Pierre… au Paradis !

 

 

 

 

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Le pont des Bergues traverse le Rhône

 

 

avec en son milieu l’île Jean-Jacques Rousseau.

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17:38 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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