alpilles13 ALPILLES13

04/02/2008

Mon journal de Genève

Suite à mon article de hier:

1875 - Le Musée Rath est trop petit.

 

Faisons en donc un autre

HISTOIRE GENEVOISE | 00h00 C’est reparti pour un tour. Le Musée d’art et d’histoire veut non seulement retrouver son lustre de 1910, mais aussi s’agrandir. Tout le monde connaît maintenant le projet de Jean Nouvel, pour lequel une fondation créée ad hoc doit récolter 40 millions.

Mais comment les choses se sont-elles déroulées avec le bâtiment actuel, inauguré il y a bientôt cent ans? Lentement. En 1826, le Musée Rath avait ouvert place Neuve, grâce au don providentiel de Jeanne et Henriette Rath, qui avaient hérité de leur frère le général. «C’était petit, mais grand», explique Danielle Buyssens, spécialisée sur la réception des arts à Genève au XIXe siècle. Comprenez par là que le bâtiment, utilisé à la fois comme école spécialisée, lieu de réunion et espace d’exposition, n’avait que peu de choses à montrer. «Il y avait quelques tableaux et des moulages d’après l’antique.»

Budget et projets

On vous passe l’épisode où la Société des Arts, gestionnaire, doit remettre l’édifice à la République radicale imposée par James Fazy en 1846. «On peut parler de nationalisation.» Le politicien milite pour une culture publique. Il y aura désormais (enfin, jusque dans les années 1990…) un budget d’achat. «La grande toile de l’atelier de Rubens récemment restaurée a ainsi été acquise à Paris dans les années 1850.» Des institutions parallèles naissent au fil des décennies. Citons le Musée Fol, celui des arts décoratifs et, bien sûr, l’Ariana de Gustave Revilliod.

En dépit de transferts de collections, le sentiment naît, vers 1875, que «les choses ne vont plus». Le Rath est bourré. A chaque exposition temporaire, il faut vider les murs. La date de 1875 coïncide avec le legs du duc de Brunswick, qui a suscité un trop-plein d’espoirs. Le lyrique l’emportera sur le pictural. C’est le Grand Théâtre qui verra le jour, et non le nouveau musée.

Société auxiliaire

En 1885, un concours d’architecture se voit lancé. Comme ça. Dans le vide. L’affaire retombera d’ailleurs comme un soufflé. Enfin, pas tout à fait… Charles Galland est déjà là. Le doyen des agents de change (lisez banquiers) se déclare prêt, «avec d’autres contribuables», à donner 150 000 francs. Francs or, bien sûr. Il aimerait que l’édifice pousse près de chez lui, rue Töpffer. Le nouveau quartier reste mal famé. On y trouve notamment la voirie.

On en arrive ainsi à l’Exposition fédérale de 1896 à Plainpalais. «Les amateurs genevois se regroupent pour créer, avec beaucoup d’emprunts, une grande exposition d’art suisse ancien», poursuit Danielle Buyssens. C’est le choc. La révélation. «Pour une fois, Zurich salue Genève.» Les organisateurs se sont révélés très professionnels. Ils n’ont du coup pas l’intention d’en rester là. C’est ainsi que se crée, en 1897, une Société auxiliaire pour la création d’un nouveau musée. «Le procédé est le même que pour l’AMAM, qui voulait pour Genève un espace d’art contemporain, dans les années 1970.» L’AMAM accouchera ainsi, en 1994, du MAMCO.

Tout n’ira pas vite. Le mouvement d’opinion est lancé, certes. On s’est décidé sur ce qui devait entrer dans les salles. Oui à l’archéologie. Non à l’histoire naturelle. Il faudra cependant la mort de Charles Galland, à 85 ans, pour que l’affaire se débloque en 1901. Trois millions (or toujours) seront prélevés sur son legs. Un vrai concours, destinés aux architectes suisses, se voit lancé sur un site précis. «Il y aura 43 envois. C’est Marc Camoletti, à qui l’on doit déjà la Poste du Mont-Blanc (1890-1892) ou le Victoria Hall (1892-1894), qui l’emporte.» Il s’agit d’un projet monumental, de style «beaux arts», avec colonnes, statues et escalier à double révolution.

Titanesque (capacité: 106 000 mètres cubes!), le chantier dure de 1903 à 1910. Le budget ne sera dépassé que de 10 pour cent. On sait encore tenir des comptes à l’époque. «Le surplus provient du décor.» Camoletti avait prévu la contribution de grosses pointures internationales. On fera finalement appel à des sculpteurs locaux.

En 1910, l’inauguration peu enfin se faire. Le directeur coiffe les anciennes têtes des Musée Fol et autres. «La fusion n’apparaît pas encore complète.» Les échos sont favorables. Nul ne pense que le musée et ses filiales compteraient un jour plus d’un million d’objets…

Article d’Etienne Dumont paru dans la Tribune de Genève de ce jour 

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