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13/02/2008

Mon journal des Alpilles

Mercredi, 13 février 2008

 

« Le Monde » est sauvé, vive le monde ! Il y a deux mondes, celui que je parcours chaque jour sur Internet et qui accueille mes balivernes sur mon blog. A priori, il semble être sauvé pour le moment, le temps qu’il trouve de gentils actionnaires prêts à ouvrir leur gousset sans espérer un retour sur investissement ! Quant à l’autre, il ne finit pas de faire sa crise dont le premier s’en fait l’écho de manière objective. Il est donc indispensable que « Le Monde » perdure au delà de ses querelles intestines, ne serait-ce que pour nous tenir informé des spasmes de l’autre. Même ici, en Provence, loin d’un certain monde, on ne souhaite pas vivre et encore moins mourir idiot…

 

Le bon docteur Schweitzer, Louis de son prénom, a pris les reines du pouvoir. Son passé d’homme de gauche à la tête de sociétés capitalistes a démontré son habileté à se mouvoir en terrain miné. Car la recapitalisation du groupe « Le Monde » me semble un casse-tête, tant les divergences sont grandes entre l’actionnaire de référence la SRM (Société des Rédacteurs du Monde) et les actionnaires financiers. Et l’on ne cite comme seuls investisseurs potentiels, Lagardère et Prisa, certes présents dans la presse et l’édition, mais avec des appétits de glouton. Schweitzer peut être le sauveur du Monde, non pas seulement grâce à son impartialité morale, mais en en raison de ses relations et de ses mandats dans le monde de la finance et des multinationales. Cent millions pour « Le Monde », c’est une broutille pour un actionnariat capitaliste diversifié qui garantirait la prédominance éditoriale et décisionnelle à ceux qui, jour après jour, font le Monde : ses rédacteurs. On ne va pas tout de même pas revivre l’épisode catastrophique des Minc et Colombani.

Je ne saurais mettre un point d’interrogation à cet article sans vous donner à lire ce que j’écrivais, le 6 août 1989, lors du décès de Sirius… dans ma chronique du bicentenaire intitulée : « Huitante-neuf » parue à Télédition.

 

6 août 1989. Une étoile s’est éteinte

Des milliers d’étoiles meurent chaque jour dans l’univers. D’autres naissent et créent, sans cesse, de nouvelles galaxies. Dimanche, 6 août 1989, une étoile terrestre s’est éteinte au firmament de la pensée universelle. Tel un astre lointain, un phare luminescent de connaissances, cette étoile-la brillera encore longtemps sur notre monde. Elle a engendré de multiples talents, titillé les intelligences. Toute une génération d’hommes s’est inspirée de son rayonnement, de son savoir, de sa clairvoyance. Cette étoile que l’on pourrait confondre avec celle du Berger avait pris pour nom : Sirius, la plus brillante du ciel.

 

Sirius était le pseudonyme d’Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde. La vie de ce grand journaliste a été tout entière consacrée à la communication de la vérité vraie. Sans fards, sans compromissions, avec une indépendance et une rigueur sans cesse remises sur le métier de l’écrit. Avec la détermination et la sûreté de l’homme des montagnes qu’il était devenu, il a surmonté toutes les vicissitudes de la presse libre, il a poursuivi patiemment le sentier qu’il s’était fixé de gravir.

 

Depuis la création du journal Le Monde en 1944, la grande presse française d’après-guerre lui doit tout. Pour des centaines de journalistes et d’écrivains, « Beuve » a été le modèle, le guide, le père. Il a montré la voie à suivre, la passe délicate entre les arcanes du Pouvoir et la liberté totale d’expression. Au grand dam de certains politiciens, il a été le contre-pouvoir de la IVème puis de la Vème République. Ces dernières années, il a suscité des vocations, de nouveaux titres indépendants des puissances d’argent. Hubert Beuve-Méry n’a ménagé personne ni sa personne. L’éclat de Sirius continuera de briller pour les générations à venir. Quel magnifique testament !

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