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19/02/2008

Alain Robbe-Grillet

LITTERATURE

Robbe-Grillet était "un rebelle raffiné"

NOUVELOBS.COM | 19.02.2008 | 08:39

C'est par ses mots que la ministre de la Culture a salué la mémoire d'Alain Robbe-Grillet, figure légendaire des lettres françaises qui fut l'un des théoriciens du "nouveau roman". Décédé à l'âge de 85 ans, le monde littéraire lui rend hommage.

Alain Robbe-Grillet (Sipa)

Alain Robbe-Grillet (Sipa)

Alain Robbe-Grillet, écrivain et cinéaste provocateur considéré comme "le pape du nouveau roman", est décédé dans la nuit de dimanche 17 à lundi 18 février à l'âge de 85 ans, a-t-on appris auprès de l'Académie française, où il avait été élu en mars 2004.
Alain Robbe-Grillet est décédé au Centre hospitalier universitaire de Caen, où il avait été admis durant le week-end pour des problèmes cardiaques, a précisé l'Institut mémoire de l'édition contemporaine (IMEC), basé près de Caen, auquel l'écrivain avait cédé toutes ses archives.
Figure légendaire des lettres françaises, cheveux en broussailles et éternelle barbe blanchie avec l'âge, Alain Robbe-Grillet fut l'un des théoriciens du "nouveau roman", courant littéraire en vogue dans les années 1950-1960 qui rejette la forme romanesque traditionnelle pour opérer "une révolution du regard".
Il est l'auteur d'une vingtaine de livres, des "Gommes" (1953) à "Un roman sentimental" paru à l'automne 2007.
Alain Robbe-Grillet est également l'auteur du scénario du film d'Alain Resnais "L'année dernière à Marienbad" (1961) et le réalisateur d'une dizaine de films, entre érotisme et recherche formelle.

"Nouveau roman"


Ingénieur agronome de formation, il se consacre à partir des années 1950 aux recherches novatrices sur l'écriture. Ses premiers livres, "Les gommes" ou "Le voyeur" (1955), comptent parmi les titres fondateurs du "nouveau roman" et contribuent à le faire connaître à l'étranger, notamment aux Etats-Unis, où il enseignera pendant de nombreuses années, à New York et Washington.
"C'était un très grand voyageur, extrêmement curieux des autres, un promoteur infatigable de la littérature", souligne Emmanuelle Lambert, commissaire de l'exposition qui lui a été consacrée en 2002 à l'IMEC. "Il était extrêmement accessible, c'était un jeune homme de 85 ans", note-t-elle.
Pendant 30 ans (1955-1985), Alain Robbe-Grillet a été conseiller littéraire des Editions de Minuit, alors dirigées par Jérôme Lindon, haut lieu du "nouveau roman" autour d'auteurs prestigieux comme Nathalie Sarraute et Claude Simon. Robbe-Grillet y a publié l'essentiel de son oeuvre.

Provocateur

Lu désormais surtout dans les cercles universitaires, Alain Robbe-Grillet restait à 85 ans un provocateur. Il avait encore agité le monde des lettres avec son dernier livre, "Un roman sentimental" (Fayard), paru enveloppé d'un plastique qui empêchait de le feuilleter en librairie. L'écrivain y étalait des fantasmes, pédophiles, criminels et sado-masos.
"Gradiva", son dernier film, est sorti en mai 2007. Victimes de problèmes cardiaques durant le montage, Alain Robbe-Grillet avait alors tenu à le terminer et le présenter.
Elu le 25 mars 2004 à l'Académie française, au fauteuil de Maurice Rheims, Alain Robbe-Grillet n'y a jamais été "reçu" et n'a donc jamais siégé sous la Coupole. Après son élection, il avait en effet souhaité ne pas être reçu en uniforme d'académicien, puis il avait demandé que la réception ne se fasse pas en séance publique. Devant son peu d'empressement à rejoindre l'institution, la situation était bloquée depuis plusieurs mois.

Hommages

"Avec lui c'est un pan de l'histoire littéraire et intellectuelle française qui disparaît", a estimé le président de la République, Nicolas Sarkozy, dans un communiqué.
La ministre de la Culture, Christine Albanel, a rendu hommage à un "véritable révolutionnaire de la littérature" qui "n'a rien tant aimé que la désobéissance", décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge 85 ans.
"Dans chacun de ses romans, conçus comme des labyrinthes, des chambres d'énigmes, il a offert à ses lecteurs, avec une grande maîtrise et une merveilleuse ironie, le plaisir des glissements progressifs du sens, leur permettant de penser, d'imaginer et d'inventer à leur tour", écrit-elle dans un communiqué.
La ministre a salué "celui qui (...) est resté jusqu'au bout un rebelle raffiné, un écrivain sans autre loi que celle du style".
Le Premier ministre François Fillon a également rendu hommage à Alain Robbe-Grillet, "théoricien le plus stimulant", "Créateur d'une intelligence novatrice, toujours audacieuse, souvent troublante, il avait exploré et réagencé comme peu avant lui les structures intimes du roman", a écrit le chef du gouvernement dans un communiqué.
"La littérature française perd avec lui une figure intrigante et provocatrice", conclut François Fillon.

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