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19/02/2008

Mon journal des Alpilles

 

 

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La danse macabre du collège des Jésuites à Lucerne

Mardi, 19 février 2008

 

Depuis des années, il ne se passe pas un jour sans que je songe à la mort. Cela m’arrive à n’importe quel moment de la journée, à l’improviste. Penser à la mort me permet d’apprécier la vie, de profiter de tous les instants de la journée, de m’occuper l’esprit, de lire, d’observer les gens, la nature, le temps qu’il fait. Pourtant j’ai fait parfois des choses futiles, des travaux sans grand intérêt, si ce n’est celui de gagner ma vie. Je cumule aussi des pertes de temps, surtout lors des déplacements en voiture d’un point à un autre, ce que je déteste. La mort, elle nous attend tous au tournant de la vie, souvent plus vite que prévu… Je suis attristé par le décès des autres, même des inconnus, des anonymes. Surtout quand ils sont relativement jeunes, par exemple avant 80 ans. Quant à la mienne de mort, je la souhaite le plus tard possible. Non seulement parce que j’aime la vie mais parce que je songe à ceux qui restent. Je n’aimerais pas leur faire de la peine, pas trop vite.

 

Je visite chaque semaine un ami, jeune sexagénaire. Il m’a dit souffrir d’un mal qu’il estime incurable… Mis à part un léger tremblement des mains, il m’apparaît en pleine forme, lucide, vif, brillant dans nos échanges, nos dialogues au coin du feu. L’autre jour il me dit envisager l’euthanasie, me prie de me renseigner en Suisse car cela est légalement possible. Sur le moment, je reste sans voix, incapable de lui dire qu’il se fait du mauvais sang. Hier, je lui ai apporté les informations recueillies sur le Net. Bêtement, je lui dis : je ne te rends pas service, mon vieux. Il ne m’a pas répondu, a enfoui les documents sous son bureau. Nous avons parlé de tout, des femmes, de l’amour, de nos lectures, de nos aventures passées, sauf de la mort programmée.

 

L’autre jour, sans doute avait-il eu un moment de blues. J’ai enregistré ces propos comme un automate, sans chercher à le réconforter, comme un complice de la grande faucheuse que je côtoie depuis toujours.

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