alpilles13 ALPILLES13

31/03/2008

3. Ecrire

1418483993.jpg

L’écrivain est par principe un être à part qui impose au commun des mortels une sorte de respect et de curiosité. Comme la plupart du temps le « métier » d’écrire est une activité annexe, il ose à peine le dire car sa modestie légendaire en prendrait un sacré coup. N’est pourtant pas écrivain qui veut mais seulement celui ou celle qui peut assembler, à partir des vingt-six lettres de l’alphabet, des milliers de mots et placer au bon endroit des virgules, des points et tous ces signes cabalistiques pour en faire un texte lisible et cohérent.

Avant tout, l’écrivain est un tourmenté qui passe plus de temps à échafauder son histoire dans sa tête qu’à la coucher sur le papier. Je me souviens d’un poète sur l’âge, un personnage truculent, qui, lorsque l’inspiration lui rongeait les trippes, se mettait au lit jour et nuit durant deux à trois semaines pour poétiser.

J’ai connu la secrétaire de Simenon, une voisine de palier qui, à l’époque, m’a fait cette confidence : Georges parcourait pendant deux mois les forêts de sapin qui jouxtaient son usine à roman du pays de Vaud. Puis, le moment venu, son énigme écrite de mémoire, il se mettait à son bureau à six heures. Il remplissait chaque matin vingt feuillets, pas un de plus, avec, pour chacun d’eux, un crayon à papier finement aiguisé. Le temps de fumer cinq pipes bourrées d’avance, il lui tendait, sur le coup de midi, les pages rédigées d’un trait. Il ne relisait ni ne retouchait, paraît-il, jamais son texte.

Tous les écrivains n’ont pas cette force de travail. C’est l’apanage des faiseurs de romans policiers de produire quatre à cinq bouquins par an, comme ce fut le cas de Simenon, de Frédéric Dard et de Gérard de Villiers. C’est aussi le cas d’écrivains qui trouvent un filon, une mine d’or exploitable durant des années. Christian Jack est l’un d’eux à travers sa saga sur l’Egypte. Il délaie, il s’étend pour faire trois à cinq volumes au lieu d’un. Avec le nombre de pharaons en « exercice », il lui faudra encore un bon siècle pour épuiser son sujet.  Cet homme-là devrait recevoir la « légion d’honneur » de l’Office du Tourisme égyptien.

Dans un registre plus éclectique, le lève-tôt Max Gallo enchaîne, lui aussi, les sagas l’une derrière l’autre. Ces romans sont annoncés avant d’être écrits. Depuis la « Baie des Anges », le ciel lui a donné des assurances sur sa survie.

12:08 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.