alpilles13 ALPILLES13

30/04/2008

Un jour avec ma mère...

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Peinture de William Bouguereau, XIXe siècle 

 

Je ne vais pas voler le titre ni le contenu de : « Trois jours chez ma mère » de François Weyergans, prix Goncourt 2005, Grasset. Il lui a bien fallu quelque cinq ans pour venir à bout de son bouquin et retrouver sporadiquement sa chère mère nonagénaire.

 

La mienne de maman, elle aussi, a franchi le cap des quatre-vingt-dix ans. Depuis deux ans, j’insistais pour qu’elle vienne séjourner en Provence. Tous les prétextes étaient bons pour reporter sa venue. En été, elle craignait la chaleur, en automne le mistral, au printemps les giboulées. Son chat ne supporterait pas le voyage cloîtré dans une cage, il se querellerait avec les nôtres, il serait une victime innocente des chasseurs en mal de lapins. Et les anniversaires des petits enfants, des arrières petits enfants, de la voisine du dessus, de celle d’en bas.

 

Et les douleurs, pardi, le dos, les poignets, le bras gauche, la hanche droite, et cette foutue cheville bardée de ferraille depuis le jour où elle avait fait un tout droit avec sa chère Citroën. Le seul accident d’une conductrice émérite à plus de quatre-vingt ans. Ce gros camion jaune qui lui collait aux fesses l’avait certainement poussée dans le fossé. Après moult palabres, nous avions réussi à la convaincre de rendre son permis. Elle reçu une lettre élogieuse des autorités la félicitant de son renoncement. Mais ça lui restait en travers de la gorge, ça lui manquait de ne plus être indépendante, de ne plus véhiculer ses copines par monts et par vaux.

 

Dans la descente vers le sud, par l’autoroute du soleil, il s’en est fallu de peu que je lui cède le volant, tant elle trépignait à l’idée que je puisse le faire ! Arrivée à bon port, elle prit possession de « sa chambre », rangea méticuleusement ses bagages, se fit une beauté pour paraître rayonnante au repas du soir. Dès le lendemain, on l’a retrouva debout avant l’heure, toute fière d’avoir parcouru le verger jusqu’au chêne vert.

 

Ainsi, chaque jour, elle fit ses promenades, pliée parfois en deux contre le mistral, ramassa des brindilles de bois mort pour la cheminée, récolta des herbettes sur la colline. Elle a bien dû lire sans lunettes un à deux bouquins la semaine, battre neuf fois sur dix sa belle-fille au scrabble et écrire d’une main assurée lettres et cartes postales par dizaine.

 

On fit même bombance en sa compagnie et son appétit ne fut jamais pris en défaut de l’entrée jusqu’au dessert. Et parfois, elle avait la dent dure, la critique acerbe, le jugement sans appel envers ceux qu’elle ne portait pas dans son cœur pour des raisons que la raison ignore. En tous cas, la nôtre…   Quelle santé ! Durant un mois, nous avons vécu avec une mère, une belle-mère, une grand-mère et une arrière-grand-mère en or massif.

 

 

Les auteurs ont-ils des comptes à rendre avec leur mère et vice-versa ?

 

Lucie Ceccaldi, mère de Michel Houellebecq, vide ses « particules élémentaires… » sur son fils dans un livre à paraître la semaine prochaine : « L’Innocente » chez Scali.

 

Extraits :

 «Mon fils qu'il aille se faire foutre par qui il veut avec qui il veut, j'en ai rien à cirer. Mais si, par malheur, il remet mon nom sur un truc, il va se prendre un coup de canne dans la tronche, ça lui coupera toutes les dents, ça, c'est sûr !»,

«Je n'ai pas cette fibre-là de dire, mon fils, c'est le plus beau du monde. Non, mon fils, c'est un petit con.»

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