alpilles13 ALPILLES13

07/05/2008

3. Le vieil homme et la mer...(suite)

1597575012.jpgLe lendemain, sa majesté Eole fait grasse matinée, il nous fausse compagnie jusqu’à midi, puis traine sa patte de podagre. Sans doute a-t-il des remords de nous avoir secoués la veille comme des pantins, manquant nous envoyer par-dessus bord. Pas la moindre risée, les voiles pendouillent comme les oripeaux délavés d’une armée en déroute. Quelle punition d’être scotché par longitude 5°  45-021 est et latitude 43°  06 ; 525. (Précision destinée aux spécialistes)

Une mer d’huile nous fait des clins d’œil comme mille lucioles d’argent. Telle une femme débauchée, elle incite le marin  à se vautrer comme un dauphin dans son immensité liquide. Elle nous tend un piège de courtisane frigide, hautaine et glacée qui, pour une fois, ne pourra se gausser de nos attributs engourdis. 

Notre fier voilier se mue en un vulgaire rafiot à hélice pour nous balader clopin-clopant d’une île à l’autre du levant au couchant. Au mouillage de l’Anse d’Argent, aux abords de Porquerolles, une bonne trentaine de voiliers - l’équivalent d’une dizaine de millions -  nous tiendront compagnie le temps d’une nuit. Pareils à des danseurs mondains, ils tourneront sur eux-mêmes au gré de la brise nocturne.

En mer, il est déconseillé de perdre la boussole. C’est pourtant ce qui nous est arrivé malgré toute l’électronique embarquée à bord : sonar, radar, GPS, traceur de cartes, V.H.F. Donc pas d’excuse de perdre le nord en cherchant l’ouest ! Si l’histoire n’était pas si cocasse, il ne vaudrait même pas la peine de la conter. Une parodie de la chanson de Brel : « tu as voulu voir Vierzon et tu as vu Vesoul ». Nous voulions voir Cassis et nous avons vu Marseille ! Typique de l’histoire véridique de la sardine qui avait bouché le Vieux Port.

 

Partis de Bandol, nous cabotions gentiment au large de la côte avec cap sur Cassis. Les milles s’ajoutant aux milles, nous trouvions le voyage longuet. Les calanques dites de Cassis… n’en finissaient pas de nous montrer leurs corps dénudés. Au loin le clocher d’une église montra son nez. « C’est la réplique de la Bonne mère », nous dit le skipper dont je tairai le nom pour ne point nuire à sa réputation hauturière. Et de découvrir une rade immense, des immeubles haut perchés, puis au fond de la baie, un vieux village. « C’est là bas que se situe le vieux port de Cassis », dit-il encore.  Depuis que l’on bétonne les bords de mer, rien n’est impossible.

Occupés à scruter l’horizon dans le but d’apercevoir des mats de bateau et ce soi-disant port, nous n’avons reconnus ni la Pointe Rouge, ni la plage du Prado, ni la Corniche Kennedy qui défilaient à tribord, encore moins les iles du Frioul à bâbord. Enfin, une passe s’offre à nous entre un fort et une tour ronde, puis un écriteau qui mentionne : Vieux Port de Marseille ! Est-ce le petit blanc (cassis)  et le soleil de midi qui nous ont tourneboulé la tête et la boussole du navire au point de commettre une telle bourde? Nous n’en pouvions plus de rire de notre méprise et nous en rions encore. Un exploit digne de figurer au Guinness book de la mer !


 

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