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03/09/2008

Edipresse: La part du lion...

Rien ou presque dans la presse du jour. Tout juste une laconique dépêche ATS en ligne dans le Matin, le 24 heures et la Tribune de Genève. Rien dans la version papier du journal.

Pourtant se produisait le 1er septembre une action assez inhabituelle en Suisse pour qu’elle soit mise en valeur.

 

 

Une mobilisation rare

150 personnes – pour la plupart des journalistes représentant les journaux cités plus haut, mais aussi des membres des services techniques et informatiques, s’étaient massées devant le siège d’Edipresse à Lausanne -le premier éditeur de quotidiens de Suisse romande et l'un des trois principaux acteurs à l'échelle de la Suisse- afin de protester dans le calme contre le licenciement abusif de 51 de leurs collègues par la Direction Générale du groupe de presse.

Cette mise à pied s’est effectuée en « violation flagrante des obligations de concertation sociale.» Le syndicat des medias Comedia signale ainsi que « les dispositions protectrices de la convention collective des journalistes (…) ont été ignorées par la Direction Générale. » De fait, il n’y a pas eu de négociations ouvertes entre Edipresse et les syndicats afin de diminuer le nombre de licenciements et atténuer les conséquences sociales. « Nous sommes profondément choqués par cette décision » lancent plusieurs personnes présentes.

 

Une modernité invoquée

Sur le site d’Edipresse, un communiqué daté du 27 août vante l’anticipation et l’adaptation du géant sur un marché en pleine mutation : « Face aux mutations profondes frappant le marché des médias, Edipresse Suisse anticipe et agit en prenant aujourd’hui plusieurs mesures destinées à améliorer son fonctionnement ainsi qu’à abaisser son niveau de coûts. »

Parmi ces mesures, une réduction des coûts fixes de 20 millions en 2 ans. Le départ des 51 collaborateurs n’est d’ailleurs qu’une première étape, d’autres licenciements, peut-être plus massifs, sont à craindre.

 

Edipresse évoque donc comme motif des licenciements les mutations du monde des medias et notamment la baisse des investissements publicitaires dans la presse écrite. Un rappel s’impose ici : la Direction Générale du groupe, présentant le 10 avril dernier les résultats 2007, avait souligné que les recettes publicitaires étaient restées stables à 477 millions.

On pourrait donc avancer une autre explication : la présence de deux journaux gratuits, le Matin Bleu et le 20 Minutes qui ont profondément changé les habitudes du lectorat. Voici donc un groupe de presse qui crée un journal gratuit qui ne se révèle être qu'un doublon allégé du Matin, l'un de ses titres payants, un groupe de presse qui dresse les principaux titres qui le composent les uns contre les autres et qui tire une balle dans le pied de sa masse salariale pour répondre à l'offre d'un concurrent, en l'occurence Tamedia.

Il faut donc saluer la présence concertée des journalistes et collaborateurs de tous les principaux titres de Suisse romande du groupe qui ont bien compris qu’il n’était plus ici question de rivalité mais de solidarité entre les différents titres du groupe Edipresse.

 

Les objectifs réels d’Edipresse

Mais que dire des mesures invoquées par Edipresse ? Comedia avance que les « les mesures prises ne visent pas à faire 20 millions d’économie en 2 ans mais bien 20 millions d’économie par an par des mesures étalées sur 2ans.»  Avant de rappeller qu’en « 2007, le groupe a investi 20 millions dans le digital, en Europe de l’Est et en Asie dans l’édition de luxe », puis de conclure : « c’est la richesse sociale produite en Suisse qui finance le développement extérieur du groupe. »

Edipresse est en effet un groupe avec de hautes ambitions sur le plan international. Il possède 160 publications et emploie 3800 personnes sur une vingtaine de pays. Il livre une concurrence féroce aux groupes Hersant et Tamedia (comme signalé plus haut) –également très présents en Suisse.

Toutefois, la rentabilité du groupe Edipresse est actuellement de 10,8% alors qu’Hersant, par exemple, est à 6%. Les mesures prises par Edipresse devraient porter sa rentabilité à 15 %. Au-delà de toute autre explication conjoncturelle, c'est bien encore la course au profit qui se révèle être ici le nerf de la guerre. Comedia dénonce donc avec raison « un caprice financier. »

 

23:11 Publié dans Mon journal | Tags : presse | Lien permanent | Commentaires (0)

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