alpilles13 ALPILLES13

10/12/2008

Un cadeau du Père Noël...

15 décembre 2007 - Bientôt une année que le livre

http://www.paradis-ciel.info

est sorti de presse. Il ne paraîtra pas en livre de poche… mais je

vous propose de le découvrir par épisode au cours de ces

prochains jours.

Si vous êtes impatients de connaître la suite je peux aussi vous

l’envoyer gracieusement* par Internet.

Il suffit pour cela de me le demander par courriel:

aeo-editeur@club.lemonde.fr

(* c’est un cadeau du Père Noël !)

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Avertissement aux lecteurs :

Toute ressemblance avec des personnes

ou des faits passés, présents ou futurs

ne serait que pure coïncidence…

D’où venons-nous ?

Que sommes-nous ?

Où allons-nous ?

1.

Lorsque Victor arriva au Paradis, il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait. À cinquante ans passés, il n’avait même pas eu le temps de faire un break, de se poser des questions sur la mort, l’après vie, la réin­carnation et toutes les balivernes que l’on colportait à ce sujet. À sa connais­sance, personne n’était revenu sur terre pour porter témoi­gnage, preuves à l’appui. Des comateux et des rêveurs étaient, certes, convaincus d’être passés de vie à trépas pour revenir ensuite, tambour battant, poser leurs sabots sur le plancher des vaches. D’aucuns pré­tendaient même être nés une seconde fois. Seuls, les religions, les ro­mans, et les films d’anticipation avaient eu le culot de faire rêver ou de sus­citer des craintes et des cauchemars chez les esprits faibles.

Victor n’avait pas pensé quitter, si tôt, la vie terrestre pour se re­trou­ver, dans la force de l’âge, aux portes du Paradis. Sa première sur­prise fut de constater que le Chef concierge, le détenteur des clefs d’or, le célèbre Saint Pierre, n’était point là pour l’accueillir, un cierge al­lumé à la main. À sa place, une hôtesse sophistiquée, vêtue d’un géné­rique de Chanel bleu ciel, offrait le sourire de son joli minois maquillé sans doute par Carita. Pour ac­complir pareille besogne, la mignonnette avait certainement pris des cours de maintien et de psychologie à l’école Tunon. A moins qu’elle n’ait été man­nequin ou Miss Monde, l’intelligence en plus. Car le premier contact des morts avec le Paradis devait for­cément être à la hauteur de sa réputation.

Les formalités d’entrée furent réglées séance tenante, même si la notion du temps qui passe n’avait désormais plus d’importance pour lui. Après avoir farfouillé un fichier écorné, la jeune femme, dont le pré­nom «Eva» figu­rait sur son badge, extirpa en un instant la fiche du nouveau Gentil Membre. La venue de Victor devait être programmée à l’avance avec l’heure et l’ordre d’arrivée.

D’un ton assuré, elle lui déclara tout de go :

- Victor, vous étiez journaliste, envoyé spécial à travers le monde. Vous étiez détenteur d’une carte de presse et, grâce à ce titre, vous avez passé sans encombre tous les portillons de contrôle pour être dirigé vers mon service d’accueil. Mon chef, lebienheureux Saint Pierre vous souhaite la bienvenue et vous prie de l’excuser de n’avoir pas eu la pos­sibilité de vous recevoir per­sonnellement. En ce moment, nous sommes surchargés au Service des Ad­missions, à cause des conflits, des guerres civiles et des catastrophes qui sévis­sent sur la Terre. Un vrai casse-tête pour orienter toutes ces âmes, les victimes d’un côté, les tueurs de l’au­tre, bien que ces derniers, on s’en débarrasse au plus vite en Enfer ! D’après vos états de service, vous connaissez mieux que personne la planète que vous venez de quitter. Comme nous devons étof­fer notre Service de la Communication avec la Terre, nous vous avons pres­senti pour accomplir un stage de formation.

Victor était déconcerté par cet accueil mené au Paradis à un train d’enfer. Elle savait tout de lui alors qu’il ignorait tout de cette char­mante femme. Le moment venu, il souhaitait se renseigner sur elle car ce prénom, Eva… Eve…, l’interpellait. « Ne serait-elle pas par ha­sard l’épouse d’Adam, pour occuper une fonction de cette impor­tance ? » se dit-il, après un moment de cogitation.

Mort pour mort, il pensait enfin prendre du bon temps et le voilà, à peine débarqué, embrigadé dans de nouvelles aventures. Si c’était ça la mort, il eût préféré rester en vie encore quelques années.

La mort, il l’avait bravée mille fois au cours de sa carrière de re­porter. La première fois, c’était en qualité de jeune correspondant de guerre. Inexpé­rimenté, il s’était infiltré jusque derrière les lignes com­munistes, au risque de finir ses jours à l’intérieur d’une trappe à tigres bourrée de serpents de la pire espèce. Cela n’avait pas pour autant modéré ses audaces, que ce soit au Cambodge avec les Khmers rouges, au Chili de Pinochet ou en Afghanistan, lors de l’in­vasion des Russes. Victor était l’en­voyé spécial de tous les conflits, se portant vo­lontaire aux premières es­carmouches. Des centaines de combattants et de ci­vils étant passés de vie à trépas sous ses yeux, comme des bêtes à l’abattoir, il avait appri­voisé la mort, presque naturellement, en se disant qu’elle faisait partie de la vie. À une seule exception, la mort des civils, des innocents, des enfants dont la vie était brisée avant qu’ils n’aient eu la possibilité de la découvrir.

Cette fois-ci, c’était différent puisqu’il s’agissait de la sienne. Il n’allait pas en faire une maladie, même si, cet après-midi, une balle perdue l’avait cloué sur place au cours de ce conflit ethnique qui n’en fi­nissait pas de faire des victimes, juste là-dessous, en Afrique. À l’heure qu’il était à sa Breitling imaginaire de baroudeur, sa famille ne devait pas être au courant de sa nou­velle affectation. Elle apprendrait aux journaux de vingt heures, comme le monde entier, qu’un journaliste de plus avait été tué dans l’exercice de son mé­tier. « Reporters sans frontières » protesterait à nouveau en faisant le panégy­rique de plus de cinquante de ses confrères ayant subi un sort identique au cours de l’année.

Le matin de son assassinat, Victor avait reçu un courriel de Clotilde, sa compagne :

Victor, mon amour,

Jusqu’au cœur de la nuit, j’attends ton appel qui ne vient pas. Je ne trouve pas le sommeil. J’ai lu quelques pages d’un roman policier, genre qui, d’habitude, me captive. Je ne peux me concentrer sur l’intrigue. À chaque instant, mes pensées sont auprès de toi. Alors je me suis relevée, je me suis installée à ton bureau et je t’écris ces quelques lignes que je t’enverrai par mail. Es-tu encore dans les bras de Morphée ou à bord d’un taxi-brousse, quelque part dans la savane ? Quand tu n’es pas là, je ferme les yeux et j’imagine être assise à tes côtés, secouée comme un baluchon sur une guimbarde brinquebalante. Ton regard scrute la piste, tu te tournes vers moi, tu me souris, quelques gouttes de sueur parsèment ta peau hâlée par un soleil de plomb.

Tu me manques, mon amour. Cela fait plusieurs semaines que tu es parti. Je compte les jours qui me séparent de ton retour. Je suis inquiète. Les jour­naux, ce matin, font état d’une escalade de la rébellion, de la violence. J’ai lu ton dernier article, celui où l’armée tire sur la foule des miséreux. J’ai peur, Victor. J’ai peur pour toi. Fais attention, ne prends pas de risques. J’ai beau me raisonner, c’est plus fort que moi. Non seulement, j’ai peine à supporter notre séparation, mais je tremble à l’idée de te savoir là-bas. Surtout la nuit. Tout à l’heure, il fera jour. Mes idées noires disparaîtront car tu vas m’appeler, dès que tu le pourras. N’est-ce pas, mon amour ?

Ta Clotilde qui t’aime

L’intuition féminine lui avait fait craindre le pire et le pire était arrivé. Il n’avait pas eu le temps de lui répondre qu’il était bien por­tant, de la rassu­rer sur son sort, que déjà le destin en avait décidé au­trement…

Victor avait envie de pleurer, non pas sur son sort, mais sur ses êtres chers, ses enfants, sa compagne, ses parents qui allaient ap­prendre sa mort par les médias, comme des milliers d’inconnus, avant même que le réd en chef ait eu le temps de les informer. Il aurait souhaité prendre le premier avion pour aller les consoler, les soutenir dans l’épreuve qu’ils allaient subir.

Victor dut se rendre à l’évidence : il n’avait plus de larmes, plus de vi­sage, plus de mains, plus de corps. Ici, au Paradis, il n’existait pas non plus d’aéroport, pas d’avion, pas un son, pas un souffle de vent, le silence, rien que le silence qui l’étourdissait plus que l’atmosphère sonore de la Terre. D’un seul coup, il avait été coupé des bruissements de la vie et éprouvait la sensation d’un vide abyssal. Toutes ses perceptions étaient intérieures, inexplicables au commun des mortels. À l’instant de sa mort, son âme avait pris immédiatement le relais de son esprit, pro­voquant un état de béatitude, de félicité irréelle. L’expression « être au sep­tième ciel » pre­nait toute sa valeur dans une sorte de ravissement de son être. Par rap­port à l’esprit des vivants, il constata que l’âme avait des facultés comparables à celles d’un ordinateur surpuissant fonc­tionnant à la vitesse de la lumière. Ce qui était paradoxal dans la mort, c’est que la personne concer­née était insensible à sa propre mort, alors que les vivants éprouvaient du chagrin à en mourir.

En découvrant le Paradis, Victor allait de surprise en surprise. Il s’ima­ginait déjà en train de faxer un reportage exclusif qui ferait le tour des ré­dactions. On se l’arracherait à prix d’or, il serait à la une de l’actualité. « Fini de fantasmer, se dit-il, je dois remettre les pieds sur le Paradis ! »

Dès l’avènement du monothéisme, la promesse du Paradis avait été le sujet de préoccupation majeur des croyants. On leur promettait monts et merveilles pour autant qu’ils fassent une allégeance sans faille au Dieu uni­que. Malgré ces affirmations allégoriques, l’homme se po­sait mille questions sur son devenir après la mort. D’autant que cha­cune des religions du Livre proposait une version différente du Paradis. Le mythe était d’ailleurs entre­tenu à dessein pour convaincre les croyants de rester dans le droit chemin et les asservir. Victor comprit tout de suite que ce discours était bien loin de la réalité. C’était l’une des preuves que la communication avec le monde souffrait d’un mal en­démique et qu’il fallait y remédier de toute ur­gence.

Les morts voyaient les morts comme de leur vivant. Toutefois leurs vi­sages, leurs corps apparaissaient flous, pareils à une silhouette, à un reflet impalpa­ble sur un plan d’eau. Impossible de les toucher, de leur serrer la main ou de taper sur l’épaule d’un vieux copain qui vous avait précédé dans l’au-delà. Les pen­sionnaires pouvaient communiquer entre eux, sans qu’un son, une parole, ne soient réellement émis. La matéria­lité des choses n’était que virtuelle, imaginaire, qu’une vue de l’âme. L’après vie pouvait être comparée au rêve des vivants, à la différence qu’on ne maîtrisait pas ce dernier. Il ve­nait, partait, sautait du coq-à-l’âne et le rêveur ne se souvenait que de quelques bribes au réveil. Alors que « vivre » au Paradis était une sorte de rêve organisé et planifié à l’avance. Par déduction, songea-t-il, l’Enfer serait-il donc un cauche­mar permanent ?

De son vivant, Victor n’avait pas imaginé que l’âme de certains élus pouvait parfois revenir sur terre. Seuls des réalisateurs de films fantasmaient en mettant en scène des « revenants », des fantômes visi­bles des seuls specta­teurs. De là à envisager que les terriens pouvaient être entourés d’âmes invisi­bles, il y avait un pas que personne n’avait osé franchir… Contre toute attente, il constata que le Ciel octroyait de manière discrétionnaire des passe-droits pour permettre le retour sur terre à certaines âmes soi-disant méri­tantes. Mais ne l’étaient-elles pas tou­tes ? Sans aucune explication, Eva lui remit un passeport céleste qu’il s’empressa d’utiliser.

Victor assista donc près des siens à son propre enterrement à l’église de Saint-Eustache, près du quartier des Halles où il séjournait à Paris. Bien qu’il ne puisse communiquer avec eux, il était persuadé que sa présence les soulagerait. On n’était jamais plus proche d’un parent, d’un ami que lors­qu’on l’accompagnait à sa dernière demeure. Durant la cérémonie des obsè­ques, on se rappelait les bons moments passés avec lui, on se re­prochait de ne pas l’avoir rencontré plus souvent, de ne pas lui avoir écrit quelques mots d’amitié à l’occasion de son anniversaire ou au Nouvel An.

Etre près d’eux et ne pouvoir leur parler ni les étreindre dans ses bras fut un vrai calvaire, une épreuve épouvantable que Victor ne sou­haitait pas renouveler de sitôt. D’abord les deux familles s’observaient en chiens de faïence. D’un côté, sur les bancs de gauche, son ex-femme reniflait des lar­mes de crocodile et épaulait leur fils et leur fille, mani­festement éplorés de la disparition de leur père. De l’autre côté, sa maman, son frère Pierre, Clotilde, ses proches parents, oncles, tantes et cousins de province, pleu­raient toutes les larmes de leur corps.

Victor éprouva l’impression d’être un voyeur, un témoin indis­cret, lorsqu’il entendit prononcer son éloge funèbre. « Il fallait mourir, pensa-t-il, pour découvrir l’hypocrisie de ceux qui prennent un air de circonstance, l’indifférence de ceux qui bavardent et l’amitié sincère de quelques-uns. » Il fallait mourir pour que l’officiant, et parfois ses acolytes, fassent le panégyrique de votre existence. Que de balivernes et de clichés éculés pouvaient être prononcés à cette occasion, alors que seul l’intéressé était à même de dresser le bilan objectif de sa vie ! Comme tout bilan, celui de Victor n’était pas blanc-bleu, loin de là. La mort l’avait sans aucun doute transcendé car il ne se faisait aucun reproche sur ce qu’il aurait dû faire ou non de son vivant. C’était, sans doute, l’une des béatitudes promises par le Paradis de ne pas être tourmenté par ces remises en question qui assaillent périodiquement les terriens. De toute façon, il était bien trop tard pour changer quoi que ce fût !

Il n’accompagna pas les intimes à l’intérieur du crématoire du Père-Lachaise. Ayant échappé aux flammes de l’enfer, il n’envisageait pas de se sentir griller en direct comme un vieux coq sur le retour. Par contre, il avait eu la curiosité narcissique de se pointer à la morgue, pour voir une der­nière fois son visage, avant la fermeture du cercueil. Il trouva qu’il avait une bonne gueule de baroudeur, rasé de frais, pommadé de fond de teint, comme pour un passage à la télé.

La direction du Journal avait offert un verre et des petits-fours… aux bureaux de la rédaction. Victor aurait bien aimé trinquer avec un Premier cru de Chablis à la santé de ses potes ; mais hélas, une âme… ça ne buvait pas ! Sans boire, il se rappelait cependant toutes les sensations d’un épicurien : la couleur, l’odorat, le goût, à l’exclusion de l’ivresse. Cette agape, qui fait parfois suite à la cérémonie des obsèques, met un peu de baume au cœur des pleurnichards. Il constata, une fois de plus, qu’il était bien mort, que son corps ne réagissait plus, tel un membre amputé, qu’il devait s’habituer à ne « vivre » désor­mais qu’avec son âme.

Au Journal, le vin aidant, les langues se déliaient. Certains étaient cho­qués par cette mort brutale. D’autres lui reprochaient d’avoir tou­jours pris des risques insensés, aux premières lignes des conflits, parmi les hordes de maquisards et de révolutionnaires. N’avait-il pas pris exemple sur Robert Capa, le célèbre photographe qui risqua cent fois sa vie lors de la guerre d‘Espagne et du débarquement en Normandie ? Jusqu’à affronter une mort tragique au Viêt-Nam pour témoigner des conflits et de la détresse hu­maine.

Depuis quelques mois, une controverse s’était développée au sein de la rédaction sur les risques encourus par les journalistes présents sur le terrain des combats. Fallait-il continuer à les exposer aux exactions, à l’assassinat, à la prise d’otages par des groupuscules incontrôlés ? Lors des guerres tradition­nelles, l’information avait toujours primé sur les dangers. Aujourd’hui, la donne était faussée, l’information étant vic­time de son propre rôle. Par des actions criminelles, les belligérants de tout bord se servaient d’elle pour atti­rer l’attention du monde sur leurs revendications. Et cela marchait plutôt bien que mal, l’escalade de la terreur étant sans limites.

Le rédacteur en chef brandissait le dernier papier de Victor, faxé deux heures avant sa mort, en disant : « C’était le meilleur de tous les envoyés spéciaux, personne parmi les autres rédactions ne sortait des scoops tels que les siens. Le gouvernement a diligenté une enquête car la balle per­due n’était peut-être pas un effet du hasard. Car il n’épargnait per­sonne. Ses reportages dérangeaient jusque dans les ambassades et les minis­tères de ces républiques bananières, y com­pris dans la nôtre qui ne l’est plus tout à fait…»

Dès le début de sa carrière, Victor avait trouvé que les journalistes me­naient une vie de dingue, à moins de pantoufler au Journal télévisé, le cul assis sur un fauteuil éjectable. Il n’y avait pas d’horaire, ni de vie de famille, quand l’actualité vous sortait du lit, en pleine nuit, au mo­ment du câlin quo­tidien. Pas étonnant que la mère de ses enfants se fût lassée de com­mencer et de finir ses nuits comme une célibataire ou une maîtresse délaissée.

Il avait fait ses classes sur le tas, dans un canard de province, à la rubri­que que l’on nommait « la locale ». Les chiens er­rants ne courant plus guère la campagne, il s’agissait mainte­nant de bagnoles qui s’écrasaient contre les platanes, de mecs jaloux qui trucidaient leurs femmes adultères et de truands qui canardaient l’Ecureuil et les supermar­chés. Victor engageait alors une course-pour­suite entre le lieu du délit, l’hôpital et le commissariat pour livrer au journal, avant la clôture de l’édition, les ragots relatifs à ces « faits di­vers ». Les feuilles de chou du lan­dernau excellaient à leur donner une tournure romancée. Si bien qu’à l’heure du petit noir, le sang et les larmes à la “une” se vendaient comme des petits pains. Lorsqu’il traî­nait ses bottes au commissariat de quartier ou dans les prétoires, Victor se rappelait les débuts de Simenon au Quai des Orfèvres, l’endroit où il passait ses nuits à concocter ses premiers « Maigret. »

Ses talents d’échotier provincial l’amenèrent à postuler un emploi si­milaire auprès d’un grand quotidien parisien. C’était tout de même plus gratifiant de publier ses papiers à l’échelon national, de sauter au pied levé dans le train ou l’avion, pour se retrouver, le plus souvent… en province ! Puis il s’enhardit à tâter de la radio dans un poste péri­phérique. L’information vivait avec son temps, il fallait tout savoir, tout de suite, si possible en direct. De là à pressentir l’événement, pour être le premier à l’annoncer, c’était ce à quoi aspirait tout patron de presse.

Il revint rapidement à ses premières amours, la presse écrite, lorsqu’on lui proposa la fonction de reporter, de correspondant de guerre. C’était l’opportunité de parcourir le monde, de se faire une idée de visu des événe­ments et des hommes pour transmettre une informa­tion impartiale aux lec­teurs. L’âge venant, sa rédaction lui avait proposé la situation de commen­tateur et d’éditorialiste au siège du Journal. Victor n’était toutefois pas encore prêt à abandonner sa drogue quoti­dienne pour enfiler ses charentaises sous un bureau d’acajou. Le destin s’était chargé de le mettre au rancart plus tôt que prévu.

 

 

(à SUIVRE…)

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