alpilles13 ALPILLES13

13/12/2008

2. Paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre 2

 

Après cet intermède terrestre, Victor avait hâte de retourner au Paradis et d’en découvrir l’organisation.

Le royaume du monde d’en Haut était structuré à la manière du monde d’en bas, à l’exception de la loi de 1905 promulguant la séparation des Eglises et de l’Etat. Pour n’avoir vécu aucune des Révolutions qui ont secoué la planète, il ne présentait pas le moindre trait d’une République démocra­tique et laïque… Bien au contraire ; Jésus-Christ avait d’ailleurs averti ses disciples de son vi­vant en insistant sur le fait que son royaume n’était pas de ce monde. La monarchie divine était réglée comme une partition de Jean-Sébastien Bach, avec quelques emprunts à la société civile. D’ailleurs les terriens eux-mêmes ne s’étaient pas privés de créer des mo­narchies de droit divin pour asservir le peuple. Celle d’en haut s’appa­rentait, à s’y méprendre, à une multinationale.

Le patron, Dieu, régnait en maître absolu de tout mo­nothéisme. À ses côtés, Mahomet, le prophète de l’Islam, qu’Il pou­vait de moins en moins considérer comme quantité négligeable. Il lui arrivait parfois de se reprocher la diversification qu’Il avait introduite à l’époque de ce mu­sulman. Pour conquérir de nouvelles parts de mar­ché, il Lui avait fallu ven­dre le même produit sous des étiquettes diffé­rentes et susciter ainsi la concurrence et l’émulation.

D’abord le christianisme, puis l’islam qui tous deux allaient en­gendrer des courants, des dogmes et des pratiques divers. Victor était d’avis que tout aurait été plus simple si Yahvé en était resté aux prophètes de l’Ancien Tes­tament, à la religion des Hébreux : le judaïsme. Que de guerres et de conflits auraient été ainsi évités pour le plus grand bien de l’humanité ! Et dire que l’on se battait encore depuis plus de deux mille ans, y compris en Palestine, la Terre promise, la terre natale de son fils Jésus ! A vue terrestre et céleste, ce n’était pas demain la veille que les divergences religieuses disparaîtraient entre les divers croyants monothéistes alors qu’ils adoraient le même Dieu unique. À qui la faute ? Sans doute au paganisme qu’il avait fallu à tout prix éradiquer, en remplaçant une multitude de dieux par un seul Etre suprême. En effet, le royaume céleste ne supportait pas l’émergence de ces roitelets de pacotille qui envahissaient la planète. Leurs disciples allaient jusqu’à adorer ce que le Seigneur avait créé : le soleil, les étoiles, l’orage, ou même des totems de bois dur, des cailloux inertes à qui l’on donnait une forme tantôt humaine tantôt pseudo divine.

D’où le pari risqué de travestir son message, de l’adapter aux coutumes et aux mœurs de l’époque, pour combattre, bec et ongles, ces pla­giats. Cette diversification chronologique des dogmes et des pratiques reli­gieuses suscitait d’ailleurs une question fondamentale parmi les pensionnai­res du Paradis. Le Créateur de l’Univers, quelle religion pratiquait-Il ou vers laquelle allait son penchant naturel ?

Historiquement, Il ne pouvait être que Juif, comme son fils Jésus. À n’en pas douter, cela devait Lui poser un problème de conscience, puisqu’Il était le Dieu de tous les croyants. On fit comprendre à Victor que personne n’aurait l’outrecuidance d’embarrasser le Monarque avec une telle question. Cela resterait un mystère divin inaccessible à la raison, comme tous ceux que Ses fidèles avaient gobés au cours de leur existence.

De jour en jour, Victor découvrait ce territoire sans fin, peuplé de tous les élus de la Terre. Il avait dû s’acclimater à des journées de 24 heures non-stop, sept jours sur sept. La fameuse théorie du septième jour, le repos du Créateur, soit le vendredi pour les musulmans, le samedi pour les juifs et le dimanche pour les chrétiens n’avait pas cours en ces lieux. Car les âmes ne souffraient d’aucune fatigue physique, ni morale. Pas de Martine Aubry ni de syndicat à l’horizon pour revendi­quer les 35 heures ! L’emploi du temps ne souffrait d’aucune occupa­tion domestique, telle que manger, dormir, se vêtir ou faire ses courses au supermarché du coin… Par rapport à ces servitu­des terrestres, une bonne moitié de tour d’horloge était gagnée sur l’éternité.

Le Ciel comportait des succursales, que l’on pouvait assimiler à des colonies ou à des territoires annexés. Bien que la pratique chré­tienne actuelle ne s’en fasse plus guère l’écho, l’Enfer, le Purgatoire et les Limbes existaient dans l’enceinte céleste. Depuis les découvertes as­tronomiques, il n’était d’ailleurs plus question de positionner le Ciel dans l’espace interstellaire. C’était un astre invisible, comme Dieu.

Le Purgatoire se situait au rez-de-chaussée. Il abritait tous ceux qui n’avaient pas eu le droit d’accéder immédiatement au premier étage, intitulé le saint des saints. Pour une grande partie d’entre eux, ce n’était qu’un séjour provisoire, un sursis durant leur mise à l’épreuve. Après moult repentirs, tests de rédemption, suivis d’un interrogatoire par des juges soupçonneux, ils pouvaient espérer devenir des anges à part entière, gravir les escaliers célestes, être libres de circuler dans le ciel et, selon les cas, sur la Terre. À titre d’exemple de la rigueur des examinateurs, si l’on décelait le moindre doute dans ses conceptions religieuses, le candidat au bonheur éternel n’avait au­cune chance de rejoindre l’étage Paradisiaque. Il lui fallait donc faire allé­geance au Dieu tout-puissant et prouver, par son comportement, que sa foi n’était pas feinte. Aucune possibilité de biaiser ou de mentir, le sérum de vérité détectant aussitôt une velléité de fourberie.

Le Purgatoire accueillait donc tous ceux qui, de leur vivant, n’avaient pas pratiqué l’une des trois religions du Livre. Les pécheurs récidivistes et ceux qui avaient quitté le monde d’en bas dans le doute ou la non pratique des sacrements ou des prières n’échappaient pas à l’antichambre du Paradis. Dans sa grande bonté, Dieu organisait donc des classes de repêchage au cours desquelles une ribambelle de prêcheurs s’appliquait à leur enseigner la bonne parole et à les convertir. Mieux valait tard que jamais ! Les repentis accom­plissaient leur période de ré­demption au sein de l’une des trois religions mono­théistes en fonction de leur culture ou de leurs origines spirituelles. Ceux que l’on nommait, en langage chrétien, les catéchumènes, su­bissaient donc le harcèlement des prédicateurs de tout genre. Comme quoi l’histoire terrestre ne faisait que se répéter au Paradis. La concur­rence atteignait son paroxysme chez les chrétiens d’obédience ro­maine, orthodoxe ou protestante.

Il n’était pas nécessaire que les VRP du purgatoire se plient en quatre, promettent monts et merveilles, si ce n’est le Paradis, pour convaincre la clientèle du Purgatoire de signer le contrat de rédemp­tion… C’était le che­min à prendre pour atteindre la résurrection tant espérée, le retour de la mort à la vie, lors du Jugement Dernier qui se faisait attendre… Des croyants ne disaient-ils pas : « S’il n’y a pas de ré­surrection, notre foi n’est rien » ?

Dans l’islam, ni les sourates, ni les recueils des hadiths, d’origine plus récente, ne faisaient mention du Purgatoire. Selon les visions de Mahomet, seuls existaient le Paradis et l’Enfer. Le prophète avait pour mission d’intercéder auprès d’Allah, le jour de la Résurrection, pour faire le tri des cas litigieux. Entre-temps, il fallait bien que les sursitaires croupissent quelque part… ce qu’il n’avait pas prévu ! L’interprétation du Coran donnait lieu à des bagarres d’arrière-garde entre les grands penseurs de l’islam des siècles passés qui devaient également compter avec les intégristes d’aujourd’hui.

Seuls les israélites demeuraient fidèles à leurs prophètes et au « numerus clausus » en vigueur depuis la nuit des temps. L’on était fils d’Israël ou pas !

Les Limbes abritaient le jardin des enfants morts sans baptême et les « justes » en attente de la rédemption. On appelait « justes » les hom­mes justes qui n’avaient pas pratiqué l’une des trois religions du Livre.

De toute éternité, l’Enfer, que l’on appelle communément le royaume de Lucifer, avait exercé une fascination sur les hommes et suscité en eux une curio­sité morbide. Victor apprit qu’il se situait au sous-sol du Paradis. On chuchotait que Dieu et Lucifer avaient conclu un gentleman’s agreement pour se partager équitablement le sort des ter­riens. Ils correspondaient par ambas­sadeurs interposés et refusaient toute rencontre au sommet.

Malgré son insistance, on refusa à Victor la visite de cet antre, qui a toujours été la hantise des enfants désobéissants. Il réussit cependant à ex­torquer les confidences d’un colosse, un diable immonde qui officiait comme vigile à l’entrée de ce territoire maudit.

Un énorme trou noir happait les âmes damnées et les précipitait sur un toboggan en colimaçon qui s’enfonçait dans les ténèbres. Les constructeurs de parkings souterrains s’étaient certainement inspirés de l’architecture des lieux. Cela rappelait aussi les oubliettes du temps ja­dis. On ne décelait au­cune trace du feu de l’Enfer si souvent décrit au cours des siècles. Pas l’ombre d’une flamme qui vous grillait les côtes jusqu’à la moelle. Ni de diablotins qui s’acharnaient avec leur trident sur des corps meurtris. Ces croyances an­ciennes avaient, sans doute, pour origine le noir des ténèbres. Pour l’inconscient humain, tout ce qui était noir avait forcément dû passer par les flammes. Dans l’obscurité totale, les âmes damnées brûlaient du tourment de ne pouvoir jouir des Béatitudes du Ciel et des promesses divines de ré­surrection et de réincarnation. La punition de l’enfer privait les suppli­ciés de la perception des autres et de la communication entre eux. C’était une éternité d’enfermement, de solitude, de remords, de souf­france morale, qui rappelait les cachots de haute sécurité.

Victor considérait que ces mesures draconiennes et irréversibles étaient en contradiction fondamentale avec la promesse divine d’accorder « à tout pécheur miséricorde ». Il se promettait d’aborder la question en temps voulu avec un responsable. L’Enfer avait au moins le mérite de déceler les innocents condamnés à tort par la justice des hommes. Pour éviter la contamination de ces blanches brebis sur le territoire des loups, on les expédiait dare-dare au Paradis, car ils le méritaient plus que bien d’autres.

Victor avait vécu d’autres enfers terrestres bien plus terribles et sans commune mesure avec l’enfer céleste décrit par le colosse. En 1993, il parcourut l’Afrique de l’Est : l’Erythrée, l’Ethiopie, le Soudan, la Somalie, pour couvrir les événements de la région et té­moigner des troubles sanglants qui y sévissaient. À l’automne, il se rendit au Burundi et ensuite au Rwanda où il assista aux génocides qui ravagèrent ces deux pays. Non seulement, il relata les faits à son Journal, mais il dénonça la lâcheté et les complicités de la France lors de ce conflit ethnique. À l’époque, Victor fut l’objet d’un blâme et de pressions pour qu’il mette une sourdine à ses propos.

 

(à suivre…)

 

 

Si vous êtes impatients de connaître la suite je peux aussi vous

l’envoyer gracieusement par Internet.

Il suffit pour cela de me le demander par courriel:

aeo-editeur@club.lemonde.fr

14:13 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.