alpilles13 ALPILLES13

18/01/2009

Chapitre 8 - www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre 8

Quand l’excitation qu’avait provoquée l’entrevue avec Jésus se fut apai­sée, Victor fit un retour sur sa propre vie, évoquant les êtres qu’il aimait. C’est alors qu’il entendit une tendre plainte monter vers lui…

Mon cher Victor,

Je me réveille souvent en pleine nuit, je me tourne vers toi, pensant que tu es revenu et que tu t’es couché sans faire de bruit, comme tu le fai­sais parfois, à l’improviste, au retour de tes voyages. Le temps de sortir de mon sommeil, de re­prendre mes esprits, je m’aperçois que le lit est froid, que tu n’es pas là et je pa­nique à l’idée que tu ne reviendras jamais.

Auparavant, je me disais que ce n’était qu’un mauvais rêve, que tu allais surgir d’un moment à l’autre. Puis de jour en jour, mon espoir in­sensé a fait place à l’évidence cruelle de ta disparition.

L’un de tes confrères a été kidnappé, en Asie, par un mouvement ré­volu­tionnaire inconnu. Je me suis retrouvée avec des centaines de personnes sur la place de l’Hôtel de Ville pour protester contre ces méthodes barbares. On a cité ton nom, relaté ton assassinat dans des conditions qui ne sont tou­jours pas élucidées.

Je suis à bout de forces, je ne peux plus pleurer, je voudrais ne plus souffrir de ton absence qui me ronge les sangs. J’essaie de me raisonner, de me distraire pour dissiper mes idées noires, de reprendre goût à la vie comme lorsque tu étais là.

Toi seul, Victor, peux me dire ce que je dois faire de ma vie. Je ne peux pas rester seule, sans quelqu’un à qui parler, sans un ami à qui ouvrir mon cœur et mon esprit. Je sais que tu m’entends de là-haut et que tu ne désires pas que je demeure triste à mourir.

Fais-moi signe, réponds-moi vite !

Ta Clotilde

Très ému, Victor formula en son cœur un message d’amour et d’encouragement à Clotilde. Mais il fut vite détourné de sa nostalgie par l’arrivée de la convocation, qui leur avait été annoncée par l’ange bourru, à la première séance de la Commission du Futur. Il s’y rendit en compagnie de Steve, convoqué également. Il s’agissait d’une pre­mière prise de contact entre les différents membres pressentis pour constituer ce groupe de travail.

Tout le gratin du Paradis se pressait pour oc­cuper les premières places de cet amphithéâtre imaginaire. Ils devaient tous figurer sous la rubrique des noms propres du Petit Larousse. Au centre de cet aréopage, une quin­zaine de personnalités formaient le comité chargé de conduire et d’arbitrer les débats.

Victor et Steve se regardaient, ébahis de faire partie de cette docte as­semblée de vieux ringards. Ils se demandaient bien pour quelles rai­sons les Instances célestes avaient choisi un journaliste assassiné et un informaticien au génie méconnu. Pour témoigner de leur vécu ? Pour que l’un transmette des informations vers la Terre, comme Eva l’avait laissé entendre ? Pour que l’autre informatise le Paradis, en attendant la venue de Bill Gates ? Qui sait ? Le Seigneur avait peut-être détecté des aptitudes insoupçonnées chez les deux compères.

Le débonnaire Pape Jean XXIII prit la parole :

- Mes chers frères et sœurs. Dans sa grande bonté, le Créateur m’a chargé de vous transmettre Ses salutations et Ses divins encouragements pour le succès de la Commission du Futur. J’ai l’insigne hon­neur d’avoir été désigné comme son porte-parole et le rapporteur de nos futures conférences auprès du Seigneur et du Triumvirat. En retour, je vous communiquerai leurs avis et leurs suggestions. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que Dieu est très préoccupé par la situation du monde. Vous n’êtes pas sans savoir également que le Ministère de la communication, de la recherche et du futur traverse une période sté­rile. Il est urgent de rechercher et de trouver de nouvelles pistes. C’est l’action que nous attendons de vous. Je ne vous cite­rai qu’un exemple pour illustrer mon propos : mon encyclique de 1963, Pacem in terris, qui avait pour but de promouvoir une paix fondée sur la vé­rité, la jus­tice, la charité et la liberté n’a, hélas, pas porté ses fruits. Bien au contraire. Les conflits ethniques et religieux se perpétuent, la misère et la famine frappent près de deux milliards d’êtres humains. Les droits de l’homme sont bafoués sur l’ensemble de la Terre. Dans un souci de précision historique, les Instances célestes ont voulu que les membres de la Commission aient vécu au vingtième siècle, de façon à être en phase avec la situation actuelle. Ils ont également désigné un grand nombre de personnalités ayant assumé des responsabilités religieuses, poli­tiques et sociales au plus haut niveau. Le mo­ment est venu de vous pré­senter les membres de notre comité choisis par notre Seigneur en fonc­tion des diverses sensibilités religieuses et laïques. Le judaïsme sera re­présenté par le Grand rabbin de France Jacob Kaplan, le philosophe autrichien Sigmund Freud et Madame Golda Meir, ancienne Première ministre d’Israël. Mère Teresa, prix Nobel de la paix, le Président John Fitzgerald Kennedy et votre serviteur exposeront le point de vue des catholiques romains. Pour parler au nom des catholiques orthodoxes et des communautés protestantes, voici le Patriarche Athënagoras, l’actrice et mi­nistre Mélina Mercouri, le Docteur Albert Schweitzer et le pas­teur Martin Luther King. Le choix d’Allah s’est porté sur l’ayatollah Khomeiny, le prési­dent égyptien Anouar El-Sadate et le rappeur Mohammed de Saint-Ouen qui présenteront le point de vue de l’Islam. La présidence de notre comité sera assurée, à tour de rôle, par l’un ou l’une d’entre nous. Pour conclure, mes chers frères et sœurs, je me ré­jouis de cette première réunion œcuménique de l’histoire, groupant nos trois religions monothéistes, moi qui ai été l’ardent partisan de l’œcuménisme lors de mon séjour au Vatican.

Une main féminine s’éleva dans l’assemblée pour demander la pa­role.

- Avec tout le respect que je vous dois, Votre sainteté, je déplore que votre comité ne compte que trois femmes. Il en est de même pour cette as­semblée qui est essentiellement machiste. Le Paradis ne fait que reproduire ce qui se passe sur la Terre, bien que de nombreux pays aient commencé à lé­giférer au sujet de l’égalité des sexes. Le monde irait certaine­ment moins mal si l’on avait donné à la femme la place qu’elle mérite.

Le bienheureux Jean XXIII se trouva quelque peu surpris par cette in­tervention imprévue. Le temps de toussoter et de ravaler sa salive, le ron­douillard monseigneur Roncalli répondit de sa douce voix :

- Chère sœur en Jésus-Christ, je comprends vos doléances. Au cours des siècles, de par sa nature de mâle, l’homme a pris presque na­turellement l’ascendant sur la femme, la confinant dans son rôle de mère. C’est ce que nous appelons le partage des tâches. On pourrait le concevoir au­trement au plan religieux, comme cela se fait déjà progressivement dans la laïcité, avez-vous dit. Mais attention, il ne faudrait pas idéaliser la femme, au point de l’ériger en déesse, comme cela se faisait à l’époque du paganisme. La Commission dont vous faites partie aura tout loisir d’aborder cette ques­tion, ma chère Simone de Beauvoir ! Cette réunion n’était qu’un prélimi­naire à nos prochains travaux. À bientôt, donc.

La séance levée, ce fut l’occasion pour certains membres de se re­trouver et, pour d’autres, de faire connaissance et de sympathiser. Parmi eux, Kennedy et Martin Luther King semblaient se connaître de longue date. De Gaulle dominait l’assemblée d’une tête et cherchait Mitterrand. Constatant son absence, il se rabattit sur Churchill. Le grand Charles avait des comptes à régler aussi bien avec l’un qu’avec l’autre. Yitzhak Rabin conversait avec Sadate, se remémorant les ac­cords de Camp David.

Les critiques allaient bon train à propos de la composition du comité. Com­ment se faisait-il que d’anciens terroristes soient au Paradis et fas­sent partie de la Commission ? Si telle était la volonté de Dieu, elle ne se discutait pas. Les voies du Seigneur étaient impénétrables. Dont acte !

Découvrant que le Ciel avait la faculté originale de mettre en présence des ex-terriens ayant vécu à des époques différentes, Victor et Steve profitèrent de l’occasion pour approcher quelques célé­brités du passé qui déambulaient dans les parages.

Ils aperçoivent Émile Zola questionnant Céline sur Mort à crédit, où celui-ci décrit sa famille de pauvres petits bourgeois bringuebalés de logement en logement dans le Paris du début de siècle. L’auteur des Roulon-Maquart, défenseur de Dreyfus s’étonne que ce plébéien, ce médecin des pauvres, devenu un écrivain de talent, fasse l’apologie du racisme et de l’antisémitisme. Le débat s’envenime, Céline critiquant violemment le J’accuse de Zola. Sartre, s’étant inspiré de Céline pour La Nausée, intervient pour calmer le jeu.

Steve et Victor rencontrent ensuite Saint-Exupéry qui n’a jamais si bien porté son surnom de Chevalier du ciel, se montrant jovial et affable avec tous. Le ciel, où il a tant aimé jouer à la vie, à la mort, a eu raison, trop tôt, de son audace légendaire. Comme le Petit Prince, il continue d’observer d’en haut cette Terre des hommes « qui ne procure rien qui vaille vivre ».

A ses côtés, Malraux, un autre pilote, qui n’est pas peu fier d’être entré dans l’histoire, se plaît à disserter sur la condition des hommes. Il rappelle l’un de ses mots préférés : « Croyez-vous que toute vie réellement religieuse ne soit pas une conversion de chaque jour ? »

Aux alentours, se presse une pléiade d’artistes, d’acteurs, de musiciens, de peintres qui se groupent par affinités. Impossible de les citer tous, tant ils sont nombreux. James Dean, les mains dans les poches, semble se prélasser à l’est d’Eden en compagnie de son ami Rock Hudson. Picasso et Dali dessinent des arabesques surréalistes avec leurs bras comme s’ils voulaient donner la réplique aux chefs d’orchestre italiens, à Vivaldi, Verdi, Puccini qui leur font face.

Brassens est là aussi, et nos deux amis regrettent qu’il n’ait pas sa guitare pour leur interpréter une chanson de circonstance : Les Corbillards d’antan.

Mais, à l’apparition de Beethoven, c’est maintenant la cinquième symphonie qui retentit aux oreilles de Victor et Steve comme au concert.

 

(à suivre...)

 

 

12:59 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.