alpilles13 ALPILLES13

20/01/2009

Il était une fois l'Amérique!

18/01/2009

Chapitre 8 - www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre 8

Quand l’excitation qu’avait provoquée l’entrevue avec Jésus se fut apai­sée, Victor fit un retour sur sa propre vie, évoquant les êtres qu’il aimait. C’est alors qu’il entendit une tendre plainte monter vers lui…

Mon cher Victor,

Je me réveille souvent en pleine nuit, je me tourne vers toi, pensant que tu es revenu et que tu t’es couché sans faire de bruit, comme tu le fai­sais parfois, à l’improviste, au retour de tes voyages. Le temps de sortir de mon sommeil, de re­prendre mes esprits, je m’aperçois que le lit est froid, que tu n’es pas là et je pa­nique à l’idée que tu ne reviendras jamais.

Auparavant, je me disais que ce n’était qu’un mauvais rêve, que tu allais surgir d’un moment à l’autre. Puis de jour en jour, mon espoir in­sensé a fait place à l’évidence cruelle de ta disparition.

L’un de tes confrères a été kidnappé, en Asie, par un mouvement ré­volu­tionnaire inconnu. Je me suis retrouvée avec des centaines de personnes sur la place de l’Hôtel de Ville pour protester contre ces méthodes barbares. On a cité ton nom, relaté ton assassinat dans des conditions qui ne sont tou­jours pas élucidées.

Je suis à bout de forces, je ne peux plus pleurer, je voudrais ne plus souffrir de ton absence qui me ronge les sangs. J’essaie de me raisonner, de me distraire pour dissiper mes idées noires, de reprendre goût à la vie comme lorsque tu étais là.

Toi seul, Victor, peux me dire ce que je dois faire de ma vie. Je ne peux pas rester seule, sans quelqu’un à qui parler, sans un ami à qui ouvrir mon cœur et mon esprit. Je sais que tu m’entends de là-haut et que tu ne désires pas que je demeure triste à mourir.

Fais-moi signe, réponds-moi vite !

Ta Clotilde

Très ému, Victor formula en son cœur un message d’amour et d’encouragement à Clotilde. Mais il fut vite détourné de sa nostalgie par l’arrivée de la convocation, qui leur avait été annoncée par l’ange bourru, à la première séance de la Commission du Futur. Il s’y rendit en compagnie de Steve, convoqué également. Il s’agissait d’une pre­mière prise de contact entre les différents membres pressentis pour constituer ce groupe de travail.

Tout le gratin du Paradis se pressait pour oc­cuper les premières places de cet amphithéâtre imaginaire. Ils devaient tous figurer sous la rubrique des noms propres du Petit Larousse. Au centre de cet aréopage, une quin­zaine de personnalités formaient le comité chargé de conduire et d’arbitrer les débats.

Victor et Steve se regardaient, ébahis de faire partie de cette docte as­semblée de vieux ringards. Ils se demandaient bien pour quelles rai­sons les Instances célestes avaient choisi un journaliste assassiné et un informaticien au génie méconnu. Pour témoigner de leur vécu ? Pour que l’un transmette des informations vers la Terre, comme Eva l’avait laissé entendre ? Pour que l’autre informatise le Paradis, en attendant la venue de Bill Gates ? Qui sait ? Le Seigneur avait peut-être détecté des aptitudes insoupçonnées chez les deux compères.

Le débonnaire Pape Jean XXIII prit la parole :

- Mes chers frères et sœurs. Dans sa grande bonté, le Créateur m’a chargé de vous transmettre Ses salutations et Ses divins encouragements pour le succès de la Commission du Futur. J’ai l’insigne hon­neur d’avoir été désigné comme son porte-parole et le rapporteur de nos futures conférences auprès du Seigneur et du Triumvirat. En retour, je vous communiquerai leurs avis et leurs suggestions. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que Dieu est très préoccupé par la situation du monde. Vous n’êtes pas sans savoir également que le Ministère de la communication, de la recherche et du futur traverse une période sté­rile. Il est urgent de rechercher et de trouver de nouvelles pistes. C’est l’action que nous attendons de vous. Je ne vous cite­rai qu’un exemple pour illustrer mon propos : mon encyclique de 1963, Pacem in terris, qui avait pour but de promouvoir une paix fondée sur la vé­rité, la jus­tice, la charité et la liberté n’a, hélas, pas porté ses fruits. Bien au contraire. Les conflits ethniques et religieux se perpétuent, la misère et la famine frappent près de deux milliards d’êtres humains. Les droits de l’homme sont bafoués sur l’ensemble de la Terre. Dans un souci de précision historique, les Instances célestes ont voulu que les membres de la Commission aient vécu au vingtième siècle, de façon à être en phase avec la situation actuelle. Ils ont également désigné un grand nombre de personnalités ayant assumé des responsabilités religieuses, poli­tiques et sociales au plus haut niveau. Le mo­ment est venu de vous pré­senter les membres de notre comité choisis par notre Seigneur en fonc­tion des diverses sensibilités religieuses et laïques. Le judaïsme sera re­présenté par le Grand rabbin de France Jacob Kaplan, le philosophe autrichien Sigmund Freud et Madame Golda Meir, ancienne Première ministre d’Israël. Mère Teresa, prix Nobel de la paix, le Président John Fitzgerald Kennedy et votre serviteur exposeront le point de vue des catholiques romains. Pour parler au nom des catholiques orthodoxes et des communautés protestantes, voici le Patriarche Athënagoras, l’actrice et mi­nistre Mélina Mercouri, le Docteur Albert Schweitzer et le pas­teur Martin Luther King. Le choix d’Allah s’est porté sur l’ayatollah Khomeiny, le prési­dent égyptien Anouar El-Sadate et le rappeur Mohammed de Saint-Ouen qui présenteront le point de vue de l’Islam. La présidence de notre comité sera assurée, à tour de rôle, par l’un ou l’une d’entre nous. Pour conclure, mes chers frères et sœurs, je me ré­jouis de cette première réunion œcuménique de l’histoire, groupant nos trois religions monothéistes, moi qui ai été l’ardent partisan de l’œcuménisme lors de mon séjour au Vatican.

Une main féminine s’éleva dans l’assemblée pour demander la pa­role.

- Avec tout le respect que je vous dois, Votre sainteté, je déplore que votre comité ne compte que trois femmes. Il en est de même pour cette as­semblée qui est essentiellement machiste. Le Paradis ne fait que reproduire ce qui se passe sur la Terre, bien que de nombreux pays aient commencé à lé­giférer au sujet de l’égalité des sexes. Le monde irait certaine­ment moins mal si l’on avait donné à la femme la place qu’elle mérite.

Le bienheureux Jean XXIII se trouva quelque peu surpris par cette in­tervention imprévue. Le temps de toussoter et de ravaler sa salive, le ron­douillard monseigneur Roncalli répondit de sa douce voix :

- Chère sœur en Jésus-Christ, je comprends vos doléances. Au cours des siècles, de par sa nature de mâle, l’homme a pris presque na­turellement l’ascendant sur la femme, la confinant dans son rôle de mère. C’est ce que nous appelons le partage des tâches. On pourrait le concevoir au­trement au plan religieux, comme cela se fait déjà progressivement dans la laïcité, avez-vous dit. Mais attention, il ne faudrait pas idéaliser la femme, au point de l’ériger en déesse, comme cela se faisait à l’époque du paganisme. La Commission dont vous faites partie aura tout loisir d’aborder cette ques­tion, ma chère Simone de Beauvoir ! Cette réunion n’était qu’un prélimi­naire à nos prochains travaux. À bientôt, donc.

La séance levée, ce fut l’occasion pour certains membres de se re­trouver et, pour d’autres, de faire connaissance et de sympathiser. Parmi eux, Kennedy et Martin Luther King semblaient se connaître de longue date. De Gaulle dominait l’assemblée d’une tête et cherchait Mitterrand. Constatant son absence, il se rabattit sur Churchill. Le grand Charles avait des comptes à régler aussi bien avec l’un qu’avec l’autre. Yitzhak Rabin conversait avec Sadate, se remémorant les ac­cords de Camp David.

Les critiques allaient bon train à propos de la composition du comité. Com­ment se faisait-il que d’anciens terroristes soient au Paradis et fas­sent partie de la Commission ? Si telle était la volonté de Dieu, elle ne se discutait pas. Les voies du Seigneur étaient impénétrables. Dont acte !

Découvrant que le Ciel avait la faculté originale de mettre en présence des ex-terriens ayant vécu à des époques différentes, Victor et Steve profitèrent de l’occasion pour approcher quelques célé­brités du passé qui déambulaient dans les parages.

Ils aperçoivent Émile Zola questionnant Céline sur Mort à crédit, où celui-ci décrit sa famille de pauvres petits bourgeois bringuebalés de logement en logement dans le Paris du début de siècle. L’auteur des Roulon-Maquart, défenseur de Dreyfus s’étonne que ce plébéien, ce médecin des pauvres, devenu un écrivain de talent, fasse l’apologie du racisme et de l’antisémitisme. Le débat s’envenime, Céline critiquant violemment le J’accuse de Zola. Sartre, s’étant inspiré de Céline pour La Nausée, intervient pour calmer le jeu.

Steve et Victor rencontrent ensuite Saint-Exupéry qui n’a jamais si bien porté son surnom de Chevalier du ciel, se montrant jovial et affable avec tous. Le ciel, où il a tant aimé jouer à la vie, à la mort, a eu raison, trop tôt, de son audace légendaire. Comme le Petit Prince, il continue d’observer d’en haut cette Terre des hommes « qui ne procure rien qui vaille vivre ».

A ses côtés, Malraux, un autre pilote, qui n’est pas peu fier d’être entré dans l’histoire, se plaît à disserter sur la condition des hommes. Il rappelle l’un de ses mots préférés : « Croyez-vous que toute vie réellement religieuse ne soit pas une conversion de chaque jour ? »

Aux alentours, se presse une pléiade d’artistes, d’acteurs, de musiciens, de peintres qui se groupent par affinités. Impossible de les citer tous, tant ils sont nombreux. James Dean, les mains dans les poches, semble se prélasser à l’est d’Eden en compagnie de son ami Rock Hudson. Picasso et Dali dessinent des arabesques surréalistes avec leurs bras comme s’ils voulaient donner la réplique aux chefs d’orchestre italiens, à Vivaldi, Verdi, Puccini qui leur font face.

Brassens est là aussi, et nos deux amis regrettent qu’il n’ait pas sa guitare pour leur interpréter une chanson de circonstance : Les Corbillards d’antan.

Mais, à l’apparition de Beethoven, c’est maintenant la cinquième symphonie qui retentit aux oreilles de Victor et Steve comme au concert.

 

(à suivre...)

 

 

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12/01/2009

Chapitre 7 - www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre 7

 

 

Si l’on avait dit à Victor qu’il se trouverait, un jour, en face du Christ, il aurait éclaté de rire et pris cette prédiction pour une farce de pota­che.

Dès son jeune âge, il avait bien rêvé du petit Jésus, emmailloté dans la crèche d’une étable, entre le bœuf et l’âne. Lorsque sa maman le prenait dans ses bras, le berçait pour le consoler de ses chagrins, elle l’appelait : « mon petit ange ». Comme celui, tout de blanc vêtu, une auréole d’or sur la tête, qui étendait ses ailes au-dessus de la masure en carton. Il ne manquait que l’âne et le bœuf pour qu’il s’identifie totale­ment à l’enfant de la crèche.

 

Victor se remémorait les veillées de Noël, aux Baux-de-Provence, où l’on reconstituait la nuit de la Nativité, en grandeur nature, avec de vrais personnages en chair et en os. Les bergers des Alpilles pénétraient à l’intérieur de la vieille église de pierre avec en tête le bélier, puis les brebis et les agneaux enroulés comme une écharpe sur le dos de ces hommes rusti­ques et fiers. Le tambou­rinaire martelait la cadence des joueurs de ga­loubet. Suivaient le meunier, le boulanger, le charcutier qui faisaient la révérence à l’enfant Dieu et dépo­saient leurs offrandes. Marie, la plus belle fille du pays, remerciait en dodeli­nant de la tête. Un vieux barbu hirsute et renfrogné, que l’on nommait Jo, dit « Petit jaune », en­fournait, pareil à un avare, les présents dans un sac de jute. Le nou­veau-né criait à tue-tête, couvrant le beuglement du bœuf et les cla­quements de sabots du bourricot.

Victor faisait partie, depuis plus de cinquante ans, de la confrérie « des petits Jésus ». Car, lors de sa première année, il avait été choisi pour inter­préter le rôle de l’Enfant roi, à la messe de minuit, ce qui lui donnait maintenant de l’assurance pour approcher son « confrère » Jésus. Cependant, la pers­pec­tive de cette rencontre le mettait dans un état fébrile qu’il n’avait jamais res­senti au cours de sa carrière, lors de ses contacts avec des per­sonnalités célè­bres.

Eva lui avait dit que Jésus ne prenait pas de rendez-vous. Il était dispo­nible pour tous les élus du Ciel, comme à l’époque, en Palestine, où il prenait langue, au bord des chemins, avec des pauvres, des vieux, des riches ou des pharisiens qui tentaient de lui tailler des crou­pières. On l’avait même aperçu au Purgatoire, en train de prêcher pour sa paroisse. Il aimait les fem­mes et elles le lui rendaient bien, toutes ces groupies qui s’agglutinaient au­tour de lui dans les travées du Paradis. Franchir ce barrage pour parvenir jusqu’à lui ne fut pas chose facile. Après de multiples tentatives, Victor réus­sit enfin à prendre Jésus à part, avec son camarade Steve.

Depuis sa mort sur la croix, au mont des Oliviers, le Christ n’avait pris au­cune ride. Il était beau comme un dieu ! Identique à toutes les images pieu­ses qui le représentaient depuis des siècles. Malgré lui, il avait contribué à la notoriété de peintres devenus célèbres : Michel-Ange avec les fresques de la Chapelle Sixtine, Rubens avec la Descente de croix et la Mise au tombeau, Jérôme Bosch avec le Jardin des déli­ces, Botticelli avec ses madones, pour ne citer que les œuvres connues auxquelles s’ajoutaient les tableaux codés de Léonard De Vinci. Des centaines d’artistes avaient exprimé leur foi, tout au long des siècles, sur la toile ou sur une par­tition musicale.

Victor et Steve furent surpris de la petite taille de ce grand Homme. Comparable à celle d’un adolescent qui aurait oublié de gran­dir… ou à la bonne moyenne des hommes de l’époque. Rien, dans son comportement, ne manifestait une nature exceptionnelle. Comment se faisait-il qu’un être aussi simple et avenant soit le fils de Dieu ?

« Je sais que vous souhaitiez me voir depuis toujours », leur dit-il, en s’avançant vers eux, le pas décidé et le regard engageant. Il est diffi­cile de dé­crire l’émotion des deux compères à se trouver face à Jésus-Christ ! Ils balbutièrent quelques mots de politesse à peine audibles. Mais il les mit tout de suite à l’aise en les tutoyant et en parlant simplement de la Terre qu’il observait, d’en haut, depuis près de deux mille ans. Il était ma­nifestement insatisfait des dérives de son message originel et de la tournure des événements. Il exprima son dé­sappointement en ces termes :

- Je dois vous dire que les propos rapportés par les évangélistes méritent de sérieuses corrections. Ils se sont mis à quatre, au moins, sans compter Paul de Tarse ; mais aucun d’eux n’a écrit exactement la même chose. Je leur pardonne, car ils n’ont pas vécu les faits en temps réel, comme toi Victor lors de tes re­portages aux quatre coins de la planète. L’occasion m’a été donnée de m’expliquer avec eux lorsque, à leur tour, ils sont venus me rejoindre ici. En particulier avec Paul qui a exagéré dans ses épîtres à tel point que je me suis fâché avec lui. Il m’a prêté des intentions que je ne n’avais pas et des thèses qui n’ont jamais été miennes. Ce complexé ne devait pas aimer la vie pour avoir banni l’amour, la sexualité, la culture et considérer la femme comme un être tout juste capable de procréer. La mémoire orale n’est pas fiable. Elle a souvent tendance à idéaliser les hommes et les événements. On a débordé d’imagination à mon égard, disant tout et n’importe quoi ! Puis, l’Eglise de Rome et les conciles s’en sont mêlés, ins­tituant le droit canon et de nouvelles pratiques chrétiennes. Je n’étais, d’ailleurs, pas le seul à prêcher, avec la foi en Dieu, les thèses pacifistes des Araméens et des Esséniens en opposition aux lois de Moïse qui prônaient la violence. Le plus connu, Jean le Baptiste, le plongeur du Jourdain, m’a joué un sale tour en me désignant comme le Messie tant attendu par les Juifs. J’eus beau lui dire qu’il se trompait, que si je croyais en Dieu, je n’étais pas son fils, mais un simple prêcheur. Rien n’y fit. Mes adeptes, qui se pressaient au bord du Jourdain, se tournè­rent vers moi et ne me quittèrent plus d’une sandale tout au long de mes pérégrinations en Galilée. La nouvelle se répandit en ville comme une traînée de poudre. Les pharisiens et les sadducéens n’allaient tout de même pas croire qu’un modeste menuisier, un va-nu-pieds qui men­diait sa pitance le long des chemins, puisse être le fils de Yahvé. On m’a mis au ban de la société palestinienne comme un usurpateur. Ma fa­mille, ma mère, mes frères et sœurs furent l’objet d’exactions et de poursuites de la part de la police d’Hérode. Heureusement que mon père, Joseph, n’était plus de ce monde, car il serait mort de chagrin. On me traitait de mythomane, de révolutionnaire. On m’a collé des aventures avec des filles de joie. Jusqu’à faire courir le bruit que le céli­bataire endurci de Nazareth entretenait des relations homosexuelles avec ses amis. Il est vrai qu’ils avaient laissé femmes et enfants à la mai­son pour courir l’aventure et prêcher la bonne parole avec moi. Les temps n’ont pas changé, puisque l’on se pose, encore aujourd’hui, des questions à propos du célibat des ecclésiastiques.

Steve et Victor restaient muets de stupéfaction, abasourdis par les pro­pos de Jésus. Cela remettait en cause l’enseignement religieux qu’ils avaient reçu dans leur jeunesse. Il n’était pas question de douter de la parole directe de Jésus, alias le Fils de Dieu, émise de vive voix. À cet instant-là, Victor pensa à son père qui se morfondait au Purgatoire parce qu’il doutait de la version officielle de l’Eglise.

Les deux compères n’étaient pas au bout de leur étonnement ; Jésus avait d’autres révélations à leur faire.

- Une fois embrigadé dans cette aventure avec mes camarades, que vous appelez les apôtres, je ne pouvais plus faire marche arrière. Je me suis réfugié dans le désert pour implorer Yahvé, Le prier pour qu’Il m’éclaire sur ce que je devais faire. Il m’incita à jouer le rôle du Messie jusqu’au bout. M’avait-il désigné par l’intermédiaire de Jean le Baptiste ? La question demeure ou­verte. J’étais convaincu que le mes­sage que j’avais à transmettre au monde devait apporter plus d’amour et d’humanité entre mes concitoyens.

- Fallait-il pour cela endurer le calvaire jusqu’à la mort, au Golgotha, alors que tu n’étais pas le fils de Dieu, questionna Victor ?

- Mes chers amis, nous sommes tous des fils du Créateur ! À cette épo­que, sous l’administration d’Hérode, supervisée par le préfet de Rome Ponce Pilate, les châtiments corporels, la lapidation et la mise à mort par crucifixion étaient monnaie courante pour les fauteurs de troubles et les malfrats. J’ai songé un moment à modérer mes propos, à battre en re­traite, à me cacher, pour échapper au supplice. J’aurais pu faire jouer les relations que j’avais nouées, en haut lieu, notamment avec la femme de Pilate qui, jusqu’au dernier mo­ment, insista auprès de son mari pour que je sois épargné. J’ai pensé également que mon Père adoptif m’avait aban­donné. Mais Il savait que j’étais déterminé à aller jusqu’au bout et que mon supplice Lui rendrait service. Il fallait frapper fort. Il fallait que j’y aille, que je de­vienne un martyr, pour que mon message parvienne aux hommes et franchisse les siècles jusqu’à vous. Et après vous. J’ai vécu un moment in­tense lorsque je portais ma croix, soutenu par Simon de Sirène, l’ami fi­dèle. Les autres, ces renégats, s’étaient éclipsés de peur d’être ar­rêtés comme complices. Le long du calvaire, une foule s’était amassée pour voir la bête curieuse. Mes partisans m’acclamaient, mes détrac­teurs me lançaient des quolibets ou me crachaient à la figure. À l’écart, se tenait ma mère, Marie, entourée de ses autres enfants, mes frères et sœurs, et d’amis. Il me semblait lire dans le regard de maman, à la fois une tristesse infinie et une certaine fierté de voir son fils accomplir son destin jusqu’au bout de ses forces. Mes douleurs s’estompaient par mi­racle, je ne sentais plus les épines qui me la­bouraient la tête. Il me semblait être en représentation sur une scène. Le pressentiment que ce spectacle serait rejoué d’année en année, jusqu’à la nuit des temps, me dopait. Je me surpris à éprouver une sorte d’orgueil, de vanité même, comme une star du show-biz aujourd’hui. Arrivé au sommet du mont des Oliviers, j’ai sombré dans l’inconscience lorsque les gardes d’Hérode ont cloué mes mains et mes pieds sur la croix.

Victor ne put s’empêcher de provoquer Jésus, de le pousser dans ses derniers retranchements :

- Tu racontes ton histoire, ta condamnation, ta mise à mort, sans acri­monie envers tes bourreaux. Honnêtement… tu l’as désirée, tu l’as provo­quée cette mort, pareil à un kamikaze d’aujourd’hui. Cela valait-il la peine d’accomplir cet acte suicidaire pour racheter les péchés du monde, quand on voit ce qu’il en est aujourd’hui ?

- Sous un certain angle, on peut admettre que j’ai été le premier kami­kaze de l’histoire. Si l’on songe aux répercussions de cet acte, j’ai eu raison de l’accomplir. J’ai peut-être suscité des vocations parmi ces jeunes Palestiniens, mes descendants, qui sacrifient leur vie pour la cause de ce peu­ple opprimé. Je rends hommage à leur courage, à leur foi, mais je suis en to­tal désaccord avec eux sur leur manière d’agir parce qu’en se donnant la mort, ils la donnent aussi à des innocents. Certes, la Terre ne tourne pas rond comme je l’aurais souhaité. Il fau­dra encore des années, voire des siècles, pour faire passer mon message d’amour et de tolé­rance parmi les peuples. Reconnaissez que depuis deux mille ans, de­puis le Nouveau Testament, des progrès notables ont été accomplis… Hélas, je n’ai aucun pouvoir miraculeux pour raisonner les hom­mes, les guérir du Mal endémique dont ils souffrent.

- Tu sais, Jésus, que les croyants se posent un tas de questions à ton sujet. Et les mécréants ont beau jeu de contester les faits rapportés par la Bible et l’Église. Ces doutes commencent déjà à propos de ta conception par l’opération du Saint-Esprit et de la virginité de ta mère, Marie. Tu viens de rétablir la vérité en citant l’existence de tes frères et sœurs, alors que nous l’ignorions jusqu’à ce jour. À part quelques ra­gots au sujet de Marie-Madeleine, on ne sait rien de ta vie sentimen­tale. Certains prétendent que tu aurais donné la vie, que tu aurais des descendants. Et tes miracles, Jésus, qui, aujourd’hui encore, fascinent les croyants, qu’en est-il, au juste ?

- J’avais tout simplement des dons de guérisseur comme beaucoup d’autres en ce temps-là. Il n’y avait pas d’autre médecine que celle qu’on ap­pelle aujourd’hui naturelle. On se servait des plantes, des po­tions que l’on dit magiques. Aujourd’hui, quand un magnétiseur im­pose ses mains sur le corps d’un malade et le soulage, on ne crie pas au miracle ! Lorsqu’un ostéo­pathe remet les nerfs, les muscles à leur place par simple pression sur la par­tie malade, on ne crie pas au miracle ! Il y a aussi l’aide psychologique, l’écoute, le conseil à ceux qui se complaisent dans de pseudo maladies. Soigner l’esprit aboutit souvent à guérir le corps. Ce qu’on a rapporté à mon sujet comporte beaucoup d’inexactitudes et d’exagérations. J’ai enseigné l’amour de Dieu et des hommes par des paraboles. Référez-vous à la fable de votre poète fran­çais, La Fontaine : « à la fin de sa vie, le laboureur convoque ses enfants pour leur recommander de piocher la terre, parce qu’un trésor est caché dedans ». Ce n’est rien d’autre qu’une image pour les inciter à travail­ler, à produire le blé indispensable à leur existence. Quant à ma vie privée, dois-je vous rap­peler que j’ai été un homme comme vous et qu’à ce titre, je souhaite que mon intimité familiale soit sauvegar­dée... 

Steve et Victor étaient stupéfiés par la dernière repartie de Jésus. No comment ! Ils avaient posé la question qui dérange… Cela leur rappelait l’attitude d’un homme politique français contemporain qui avait caché offi­ciellement l’existence d’une fille illégitime pendant plus de vingt ans ! Ce fut vite, à notre époque, un secret de polichinelle pour les initiés qui ne le criè­rent pas sur les toits. Deux mille ans plus tôt, la communication en était à ses balbutiements – sauf pour la bonne cause - et les magazines « people » ne tapissaient pas la devan­ture des libraires. Dans sa réponse, Jésus avait men­tionné : « intimité familiale », ce qui laissait la porte ouverte à toutes les supputations… et même à des ragots rapportés par Dan Brown dans son bouquin, Da Vinci Code, qui excita la curiosité des lecteurs de romans de gare. Ce pseudo historien américain a pondu un thriller de plus de cinq cents pa­ges tendant à prouver que l‘Eglise catholique dissimule que Jésus et Marie-Madeleine auraient eu un enfant et forcément des descendants.

Un mystère taraudait encore l’esprit de Victor depuis sa venue au Paradis et il s’enhardit à essayer de tirer quelque éclaircissement de Jésus :

- Avant d’avoir la joie immense de te rencontrer, j’ai souhaité être  in­troduit auprès du Seigneur, notre père à tous. A mon grand désappointe­ment, Eva m’a confirmé qu’il demeurait invisible pour les Terriens. Mais toi, Jésus, son digne fils spirituel, tu as dû l’approcher, lui parler, après tout ce que tu as fait pour Lui ?

- Détrompe-toi, Victor, je n’ai ni aperçu, ne serait-ce que l’ombre de Sa silhouette, ni entendu le moindre filet de Sa voix. Son message n’est qu’intérieur pour celui qui veut bien l’entendre et le comprendre.

Il fallut du temps, aux deux camarades, pour digérer cet entretien du troisième type. De prime abord, Jésus les avait subjugués par sa franchise en leur avouant qu’Il n’était pas le Messie. Il s’était montré d’une sincérité ab­solue en contant sa vie et ses déboires en Galilée. Ce­pendant, à la réflexion, ils n’étaient pas loin de songer que Jésus avait fait preuve de faiblesse et peut-être d’opportunisme en acceptant le jeu de rôle imaginé par Jean le Baptiste.

Si l’on se replace dans le contexte de l’époque, on réalise que les prêcheurs se comptaient par centaines. Pour quelques pièces de monnaie, ces conteurs faisaient rêver le peuple de Palestine à la recherche d’une spiritua­lité que les Docteurs de la loi ne pouvaient lui offrir. Et ce Messie, ils l’attendaient depuis des siècles.

La concurrence aidant, chacun avait son truc pour retenir le pas­sant. Pour être allé trop vite en besogne, en créant un « scoop », Jean le Baptiste y laissa sa tête, sur ordre de la cruelle belle-fille d’Hérode. Et celui-ci, qui n’était pas moins sanguinaire, fit coup double en exigeant la cruci­fixion de Jésus !

La vraie biographie de Jésus, racontée par lui-même, éveilla des souve­nirs dans la mémoire de Victor. Au lycée, en classe d’histoire, le prof avait abordé une période trouble du christianisme.

C’était au début du 4èmesiècle, en Égypte, à Alexandrie, sous le règne de l’empereur ro­main Constantin. Un prêtre érudit, Arius, défendait la thèse que Jésus n’était pas le fils de Dieu, mais qu’il avait été adopté pour la bonne cause. Cela remettait en question la nature divine du Christ, divisait les communautés chrétiennes et menaçait l’unité de l‘Église sur laquelle l’empereur Constantin souhaitait établir la stabilité de l’empire. C’est à la suite de querelles entre les partisans et les ad­versaires d’Arius que Constantin convoqua les évêques au premier concile de Nicée qui confirma que le « Fils était de même nature que le Père ! » Malgré sa condamnation sans appel, l’arianisme domina, durant des siècles, les Églises orientales, mais il finit par disparaître de la doctrine chrétienne. Arius fut exilé et décéda brutalement un an plus tard. Il avait pourtant raison… Jésus venait de le confirmer !

 

(à suivre...)

 

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10/01/2009

La presse purée...

RACHIDA-compress.jpg

 

L’hebdomadaire VOICI fait la une de sa page numérique en publiant, en premier, dit-il, les photos de la petite Zohra, le bébé de qui vous savez. Du coup, on se dit qu’un photographe malin a réussi à soulever le lange immaculé de la conception pour croquer dans l’objectif une petite blonde aux yeux bleus, des fois que les gènes se soient mélangés les pinceaux avec pour résultat l'inversion des couleurs.

Curieux s’abstenir. Vous ne verrez rien d’autre qu’un petit paquet blanc aperçu depuis trois jours à la télé. Pour en avoir le cœur net, je me suis précipité à la Maison de la presse pour chiper l’édition papier de la dite feuille de chou. A voir la mine déconfite des mémères du quartier, j’ai vite compris qu’il n’y avait rien à voir. Le « people » du vendredi manquait à l’appel, sans doute croupissant dans un camion à cause de la neige provençale…

Les affaires sont les affaires, comme celle d’un publicitaire astucieux qui a réussi à placarder son annonce tout à côté de celle des Dati, mère et fille, intitulée, je vous le donne en mille, : « Comment perdre 5 à 25 kg en une semaine », en ajoutant que le traitement fait une « percée » étonnante en Europe. Rien de vaut une bonne césarienne pour maigrir en 5 jours !

06/01/2009

Incontinence...

03/01/2009

Chapitre 6 - www.paradis-ciel.info

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« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre  6

 

Depuis quelques jours, Victor se désolait de ne pas rencontrer son père Henri. Où pouvait-il bien se planquer dans cette immensité céleste ? Certes, ce représentant de commerce avait habitué les siens à des absences de plusieurs jours, occupé à visiter ses clients par monts et par vaux. Quand il s’en revenait, la mine réjouie, il exhibait son carnet de commandes plein à craquer. À chaque fois, lors des retrouvailles, c’était la fête. Il extrayait de son break Peugeot des cadeaux pour toute la famille, comme s’il voulait se faire pardonner de lui avoir manqué.

À la maison, le chef de famille, c’était la maman. Une femme qui, pour élever quasiment seule ses deux garçons, en l’absence de son mari, se mon­trait sévère pour deux.

 

Parfois, en veine de confidences, Henri parlait de son adolescence à Paris, pendant l’occupation. Trop jeune pour entrer dans la Résistance, il était passé maître dans l’art d’esquiver les contrô­les de la Gestapo, le cartable bourré de victuailles. C’est à cette époque, sans doute, qu’il attrapa la bosse du commerce. Existentialiste convaincu, il connut l’après-guerre à Saint-Germain-des-Prés, fré­quenta les caves à jazz, Claude Luther et sa clarinette, Boris Vian et sa trompette. Ce fut en été qu’il décou­vrit la Provence, comme tout bon Parigot d’au­jourd’hui. À cette différence près qu’il ne remonta pas à Paris à l’automne et retapa, à temps perdu, un vieux mas en ruine, y demeura, prit femme et fit naître ses fils au soleil.

Jusqu’à quelques jours avant son décès, Henri avait caché la mala­die qui le rongeait inexorablement. Une sorte de pudeur ou le souci de ne pas alarmer les siens au cas où le mal se serait résorbé. Des signes avant-coureurs auraient pourtant dû les alerter. Lorsqu’ils s’étonnèrent que son embonpoint fît place progressivement à la maigreur, il répon­dit d’une boutade qu’il avait entrepris un régime pour perdre les kilos ac­cumulés au cours de repas gar­gantuesques.

Un frisson parcourut l’esprit de Victor. « Si papa n’est pas au Paradis, où est-il donc ? Au Purgatoire ? Tout de même pas en Enfer ?  Ce cachottier a-t-il commis sur terre un acte répréhensible connu seulement du Ciel ? S’était-il converti à l’hindouisme ou au bouddhisme ? Se trouve-t-il dans les limbes ?

Craignant le pire, il hésita longuement à s’informer de la réalité, à s’enquérir auprès d’Eva de l’endroit de son séjour. Quelle serait sa ré­action, lorsqu’elle apprendrait que le père de son protégé ne figurait pas sur les ta­belles du Paradis ? Il lui était insupportable de res­ter dans l’incertitude quant au sort de son père et il prit son courage à deux mains pour interroger son ange favori. Elle demeura impassible en lui annonçant qu’Henri croupis­sait au Purgatoire. « Ouf ! S’exclama Victor.  Sa vie est sauve… Je suis sou­lagé. Ce n’est pas le Paradis, mais cela aurait pu être pire.  »

Il dévala à grandes enjambées l’escalier en colimaçon pour se précipiter au Purgatoire où il découvrit, en un endroit écarté, son père en lévitation. Henri pla­nait, tournait en rond comme un fauve à l’intérieur de sa cage, prêt à bondir sur le premier arrivant. À la vue de son fils, il stoppa net, se planta sur ses jambes, écarquilla les yeux de surprise et lui lança :

- De Dieu, de Dieu… qu’est-ce que tu fous là ?

- Papa, je suis mort comme toi, il y a quelques semaines. Je suis monté au Ciel, je t’ai cherché partout et, enfin, je te découvre ici. Je réside à l’étage supérieur, au Paradis. Et toi, que fais-tu ici, au Purgatoire ?

Pendant quelques instants, Henri demeura coi,  cherchant à expliquer sa présence en ce lieu, en fonction des supputations de son fils.

- C’est une vieille histoire, dont je n'ai jamais parlé, ni à toi, ni à ton frère Pierre. Votre maman était au courant, mais nous n’abordions pas les questions qui dérangent. Durant mon enfance, j’ai reçu une instruction reli­gieuse, comme vous. Pourtant l’accumulation des cataclysmes, guerres, occupa­tions, tueries, génocide des juifs, et j’en passe, a fait chanceler ma foi et j’ai commencé à douter de l’existence de Dieu. Comment le Créateur pouvait-Il tolérer de telles pratiques, à moins de n’avoir aucun pouvoir sur les hommes ? Après de nombreuses réflexions, je suis de­venu progressivement incroyant. Pour ne pas vous perturber, vous, mes fils, je faisais semblant de croire, je vous accompagnais à la messe de minuit, aux cé­rémonies de Pâques, et même parfois aux offices du dimanche. Votre mère vous a inculqué ce que je ne pouvais vous transmettre. Tu penses peut-être que ma maladie est la punition de mon incroyance. A ma connaissance, il n’y a pas que les athées qui meurent du cancer… Par leurs prières, leurs neu­vaines, leurs pèlerinages, les croyants espèrent obtenir la rémission de leurs maux. Sinon, l’attente d’une vie meilleure dans l’au-delà les aide à supporter leurs souffrances et à mourir. Ce n’était pas mon cas, parce que je n’avais plus la foi. Lors de mon séjour à l’hôpital, en attendant sereinement la mort, j’ai eu le temps de lire et de relire la Bible, le catéchisme de mon enfance et le dernier en date, celui de 1992. Ces lectures n’ont fait que rafraîchir ma mémoire, me confirmant dans mon opinion sur la philosophie des religions monothéistes qui, depuis la fable du péché originel, n’ont fait que prescrire interdits et obligations. Le croyant est corvéable à merci : ne fais pas ceci et fais cela si tu veux gagner le Paradis et la vie éternelle. Une existence terrestre où l’hédonisme est foutu en l’air par les réacs que sont les curetons, les imams et les rabbins ! Maqués avec les politiciens dans le seul intérêt de dominer et d’asservir le petit peuple, de le maintenir à l’intérieur d’un carcan. A propos des soi-disant miracles du Christ, j’ai lu, dans l’Evangile de Jean, une phrase qui éclaire le but de ces mensonges : « Ces signes ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, croyant, vous ayez la vie en son nom » (Jean 20,30-31). Bien que malmené par son ordre, le jésuite et scientifique Teilhard de Chardin avait ouvert la voie en disant dans son livre, L’Apparition de l’homme : « La Foi a besoin de toute la Vérité ». Grâce à ce chercheur infatigable, les théologiens sont désormais habiles à présenter les faits en tenant compte des récentes découvertes paléontologiques et anthropologiques. Mais sur le fond, ils ne changent pas d’un iota, comme moi d’ailleurs. Ton Dieu, existait-il déjà à l’époque de Lucy, il y a trois millions d’années ? L’Homo erectus et, bien plus tard, l’Homo sapiens, croyaient-ils en Dieu ? J’ai la faculté de réfléchir, ici, et plus je ré­fléchis, plus je suis convaincu d’avoir raison. À part ça, j’ai une confi­dence à te faire au sujet de mon décès. Mon mal étant irréversible et mes souffrances insup­portables, j’ai souhaité abréger mes jours, sans que cela se sache. Avec l’aide d’un médecin compréhensif, ce ne fut qu’une simple formalité.

Il fallait que Victor ait l’estomac bien accroché pour découvrir, en un instant, les raisons pour lesquelles son père végétait au Purgatoire. Il ne laissa rien paraître de son trouble et enchaîna d’une voie enjouée :

- Alors Papa, maintenant que tu es au Ciel, dans l’antichambre du Paradis, tu dois bien admettre qu’Il existe, pardieu ! Recycle-toi, deviens un élu et rejoins-moi au premier étage. C’est un séjour sans rapport avec celui-ci. Tu pourras communiquer avec la Terre, y retourner et re­voir les tiens et tes amis, si je te refile mon passeport.

- Mon fils, les choses ne sont pas aussi simples que tu crois, pour un ir­réductible comme moi. Dieu, l’as-tu seulement rencontré ? Crois-tu vrai­ment que nous sommes au Ciel ? Ne vivons-nous pas plutôt un rêve infini ? Au fait, comment va la famille ? Depuis le temps que je suis ici, je n’ai pas de nouvelles de vous. Les nouveaux arrivants, et ils sont nombreux, ne nous rapportent que des informations sans intérêt. Les événements du monde ne font que se répéter. Toujours le même merdier ! Tantôt les conflits précè­dent la paix, tantôt la paix succède à la guerre.                                                                                      

Aveugle, buté, résigné, lucide… ou rêveur, tels étaient les qualifi­catifs auxquels songeait Victor pour désigner son père. Il aurait fort à faire pour le sortir de l’impasse dans laquelle il se fourvoyait depuis sa jeunesse.

L’éternel dilemme humain avait la vie dure : les croyants repro­chaient aux athées de nier l’existence de Dieu sans avoir la certitude qu’Il n’existait pas. Et les mécréants répliquaient aux croyants qu’ils n’avaient aucune preuve de Son existence. Match nul ! Sauf au Ciel, pensa Victor.

 

(à suivre....)

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