alpilles13 ALPILLES13

04/02/2009

Chapitre 9 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

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« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre 9

 

 

Le lendemain… mais il n’y avait pas de lendemain au Paradis, ni de jours, ni de nuits. Le Ciel ne tournait pas autour du soleil. Le vécu terrestre ayant la vie dure, même après la mort, il n’était pas évident que les « céles­tes » changent leurs habitudes terriennes du jour au len­demain.

À la séance suivante (division du temps en usage au Ciel), l’historien François Furet vint rafraîchir la mémoire des membres de la Commission. Il survola l’Ancien testament, commun aux trois religions monothéistes, puis il rappela que l’avènement du christianisme avait suscité un premier conflit idéologique avec le judaïsme, mais surtout avec le paganisme ambiant, celui de Rome en particulier.

Plus tard, les révélations de Mahomet, au septième siècle, ajoutèrent au trouble des esprits, les croyants ne sachant plus à quel Dieu se vouer, alors qu’en réalité, il n’y en avait qu’un Seul ! Il n’était pas facile pour eux de faire le tri entre des idéologies contradictoires qui s’affrontaient jusqu'à engendrer des massacres et des guerres.

Le conflit le plus sanguinaire entre la chrétienté et l’islam, les croisades, s’échelonna durant quatre siècles et fit des milliers de victimes de part et d’autre. Pour les musulmans, c’est de cette époque que datait la rupture avec le christianisme. Dans leur mémoire, la blessure ne s’était jamais cicatrisée et expliquait en partie l’appel au djihad d’aujourd’hui.

En outre, déplora-t-il, les schismes, les réformes successives et la formation de sectes, au sein même de chaque religion, compliquaient à l’excès la pratique de la foi. Et cette si­tuation se perpétuait et s’amplifiait. En un certain sens, elle pouvait être in­terprétée comme un signe de bonne santé métaphysique.

Furet ne ménagea pas la Commission en affirmant que les religions avaient été une entrave à l’émancipation naturelle de l’homme. Leurs dogmes et leurs règles n’avaient d’autre but que de maintenir les croyants dans un état de dépendance vis-à-vis de Dieu. Durant des siècles, l’homme n’avait guère eu le choix, sous peine d’être banni de la société. Cela perdurait dans la plupart des pays islamistes, ajouta-t-il.

Pour conclure, l’orateur se montra très critique à l’encontre des trois religions fondamenta­les du Livre, fustigeant le comportement parfois maléfique de leurs adeptes et de leurs guides, depuis l’origine du monothéisme.

Cette dernière assertion incita Jean XXIII à prendre la parole.

- Mes chers frères et sœurs, le moment est venu de vous faire part de la communication que notre Seigneur m’a chargé de vous transmet­tre :

« Depuis la Création, l’histoire humaine ne s’est pas déroulée, hélas, telle que je l’avais prévue. C’est ma faute, ma très grande faute, d’avoir offert à l’homme la possibilité de choisir entre le Bien et le Mal. Par cette mise à l’épreuve, j’accordais une liberté totale à l’être que j’avais créé. À tous les niveaux, des meneurs ont trahi ma confiance et continuent de le faire chaque jour. Toutes les tentatives de ramener ces brebis égarées au bercail se sont soldées par des échecs relatifs. La montée de l’intégrisme et l’accroissement des attentats qui en découlent me préoccupent fortement. Je n’arrive plus à faire le distinguo entre les revendications d’ordre social, politique et religieux. Tout s’entremêle de manière confuse et anarchique. Mes délégués sur Terre n’ont pas toujours été à la hauteur de leurs tâches. Ils se sont même parfois grave­ment four­voyés en soutenant des régimes qui répandaient la terreur et la ségrégation parmi les hommes. Ces potentats se sont arrogé le droit de vie et de mort sur leurs semblables et les tribunaux de certains pays, dits civilisés, continuent d’appliquer la peine capitale avec l’aval et la présence des prélats. Honnêtement, je dois vous avouer que les Instances célestes ont été dépassées par les événements. Cependant, des signes avant-coureurs m’indiquent que l’on s’achemine peu à peu vers un monde meilleur. Mais cela prendra du temps, beaucoup trop de temps, à mon avis. C’est la raison pour laquelle j’ai pris la décision de mettre sur pied la Com­mission du Fu­tur. »

Steve, ne pouvant cacher sa stupéfaction, en fit part à Victor :

- Tu te rends compte des propos de Dieu ! Lui, le Seigneur tout puis­sant, S’accuse d’avoir commis des fautes… Humblement, il recon­naît S’être fait berner par les hommes et par Ses ministres, et avoir été impuissant face à leurs dérives. Durant des siècles, les hommes ont cru en Son pouvoir divin et il faut que nous soyons ici pour apprendre qu’Il n’a que des moyens limités pour les aider. Et les terriens ne risquent pas de le sa­voir demain. C’est le Ciel à l’envers ! Il en a mis du temps pour dire la vé­rité. Ne serait-Il pas devenu sénile ? Entre nous, vous êtes compli­qués, vous, les catholiques. Il faut toujours qu’Il vous transmette Ses messa­ges, Ses instructions, par des intermédiaires. D’abord par le pape, les évêques, puis les curés. Chez nous, les protestants, on a simplifié le processus, comme à l’époque de Jésus, Il s’adresse directement à nous.

- Ta remarque est pertinente, Steve. Moi aussi, je suis troublé, ému par Ses aveux. Dieu se modernise. Il prend le train en mar­che. Qui sait ? La prochaine fois, Il communiquera par Internet ! Alors, à toi de jouer, monsieur l’informaticien.

La séance se poursuivit par l’inventaire de l’état du monde. Un peu comme aux USA où, une fois l’an, le président dresse l’état de l’Union. En l’occurrence, il s’agissait plutôt de faire l’état de la dé­sunion… Un tra­vail de titan auquel s’attelèrent aussitôt les commissai­res. Il n’était pas évi­dent de faire le tri entre ce qui allait et ce qui n’allait pas. À les entendre, on aurait pu penser que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Que de susceptibilités ne fallut-il pas ménager pour trouver un terrain d’entente. L’éternel antagonisme Nord-Sud exacerbait les passions. On au­rait dit une conférence au sommet. Avec le risque qu’elle finisse en eau de boudin, car chacun défendait avec acharnement son pré carré.

Les progressistes s’accordaient à l’idée d’adapter les religions au mode de vie actuel, de faire preuve de plus tolérance, alors que d’autres, nostalgiques de l’époque féodale, voulaient conserver leur fief.

Albert Schweitzer se montra très virulent à l’encontre des catholi­ques et de Jean-Paul II en particulier :

- Votre pape s’entête à vouloir proscrire le préservatif. L’a-t-il seule­ment utilisé une fois dans sa vie, pour se permettre d’en parler ? À cause de lui, les petits-enfants des Africains que j’ai bien connus et soi­gnés à Lambaréné meurent comme des mouches. Les multinationales pharmaceuti­ques vendent leurs médicaments à des prix prohibitifs, inaccessibles à ceux qui en ont le plus besoin. L’humanité (mais peut-on encore l’appeler ainsi ?) se préoccupe davantage des animaux en voie de disparition que des humains. Si cela continue, des ethnies entières vont disparaître.

Le pasteur Martin Luther King approuva son collègue et ajouta :

- Depuis des siècles, le comportement des Arabes et surtout des Blancs à l’égard des Noirs n’a fondamentalement pas changé. Après la traite de nos peuples, ce furent l’esclavage, la colonisation, l’apartheid et maintenant, on les laisse mourir du sida. Avec l’approbation des églises et celle de Rome, pour ne pas la nom­mer.

Un catholique d’extrême droite, qui ne pouvait guère répondre à ces propos accusateurs, trouva la parade en dénonçant l’intégrisme mu­sulman.

Cela provoqua un tel tohu-bohu parmi l’assemblée que la prési­dente en exercice, Mère Teresa, dut ramener les intervenants à plus de séré­nité : « Du calme, s’il vous plaît », s’exclama-t-elle, « n’oubliez pas que nous sommes au Paradis, bon Dieu ! »

Puis elle rappela aux assistants, l’une des dernières tentatives du Seigneur, au 19ème siècle, visant à établir l’égalité entre les hommes. Il incita le révolutionnaire allemand Karl Marx et le socialiste Friedrich Engels à éla­borer la théorie du communisme. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces deux hommes s’étaient libérés de leurs croyances religieuses, ce qui n’empêcha pas Dieu de les pressentir pour accomplir cette mission.

Bien qu’Il n’ait pas voulu, à l’origine, que la religion in­terfère avec le politique et le social, Il jugea urgente une intervention sur l’évolution de la société hu­maine et, notamment, sur la mise en com­mun des biens matériels. Sa déci­sion comporta une exception pour les pays islamiques dont la religion, depuis son avènement, faisait un tout avec la politique et le mode de vie.

« Contrairement à ce que l’on pense, le communisme ne date pas d’hier », ajouta-t-elle. « Les premiers signes d’une société égalitaire re­montent au Vème siècle avant notre ère, en Orient et en Grèce. Cependant, c’est au premier siècle après Jésus-Christ que le christianisme primitif prit un caractère in­contestablement communiste. Les premiers chré­tiens vivaient ensemble et leurs biens étaient mis en commun. Il n’est pas étonnant que notre Seigneur ait souhaité renouveler cette expé­rience qui, hélas, a été détournée de son but initial et s’est révélée ca­tastrophique. Lénine, Staline et leurs successeurs ont changé de camp, choisissant celui de Satan pour le malheur de leur peu­ple. »

Mais le dada de Mère Teresa était l’action caritative à laquelle elle consacra toute sa vie au cœur des bidonvilles de Calcutta. Elle ne pou­vait donc passer sous silence la première institution humanitaire digne de ce nom, la Croix-Rouge, qui avait vu le jour en 1863, à Genève, ville que l’on surnommait la Rome protes­tante. De retour de la bataille de Solferino, où les blessés se comptaient par milliers, le philanthrope genevois Henri Dunant créa la Croix-Rouge dont la mission consistait à venir en aide aux victimes de la guerre. Pourquoi un homme d’affaire helvétique aurait-il pris une telle décision, s’il n’avait pas été inspiré par Dieu ? questionna-t-elle. Cependant, la bienheureuse déplorait que les organisations humanitai­res soient le service après vente des conflits.

John Fitzgerald Kennedy demanda la parole :

- Au début de ma présidence, un homme d’une quarantaine d’années s’est trouvé soudainement à l’intérieur de mon bureau ovale, sans que mon secrétariat m’avertisse de son arrivée. Sans doute étais-je distrait ou plongé dans un dossier, mais je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir, ni se refermer derrière lui. Au moment où j’allais l’éconduire et appeler le Service de sécurité de la Maison blanche, il mit son index sur ses lèvres, en signe de silence, et me tendit un document. Ma curiosité coutumière m’incita à le parcourir. Imaginez ma surprise lors­que je découvris que ce parchemin émanait du Paradis et que c’était une procuration accré­ditant cet être auprès de moi, en tant qu’ange émissaire. Celui-ci me pria de lui accorder immédiatement un entretien sur lequel je devais garder un secret absolu. Et il commença à m’informer de sa mission. De prime abord, j’ai pensé avoir affaire à un mythomane, mais il éma­nait de ce personnage énigmatique une telle faculté de persuasion qu’il m’a convaincu de l’écouter. C’était un ange ayant retrouvé momenta­nément la personnalité humaine pour rencontrer les « grands » de ce monde, groupe dans lequel je venais tout juste d’entrer. Dois-je vous dire que j’étais inter­loqué et qu’il m’a fallu un sacré sang-froid pour reprendre mes esprits ! Il m’expliqua que Dieu avait décidé de passer par-dessus les instances religieu­ses terrestres pour contacter « les déci­deurs », les conseiller et les guider dans leur politique. De fait, il me fit quantité de recommandations au sujet de mes fonctions. Durant ma courte présidence, nous nous sommes rencontrés plu­sieurs fois en aparté pour discuter des affaires de l’État. Nous étions presque devenus des amis, même s’il ne m’épargnait pas ses critiques, notamment quand je me suis laissé convaincre par la CIA d’envahir la baie des Cochons, à Cuba. Catholique pratiquant, je dois reconnaître que ma politi­que a toujours été influencée par mes idéaux chrétiens. J’éprouve tout de même une certaine rancœur à l’égard de cet ange qui ne m’a pas dé­tourné clairement d’aller à Dallas, le 22 novembre 1963. Il avait seu­lement fait naî­tre en moi un pressentiment, me laissant libre d’aller vers mon destin. Cette liberté, à mon avis, est le destin voulu par le Seigneur pour toutes ses ouail­les.

Jean XXIII acquiesça d’un signe de la tête et ajouta :

- Ce que vous dites est vrai, cher John. Je l’ai appris après mon ar­rivée ici. Les Instances célestes ont eu effectivement recours à l’envoi d’anges pléni­potentiaires peu après la dernière guerre mondiale. Avec un certain succès, puisque le troisième conflit n’a pas eu lieu, même s’il n’a pas été facile de convaincre les Russes. L’intervention des émissaires de Notre Seigneur n’est pas non plus étrangère à la création de l’ONU, à la dé­colonisation en Afrique et aux trai­tés de Rome, donnant naissance à la Communauté européenne.

Jean XXIII fit remarquer à l’assemblée que la cause des conflits actuels était essentiellement d’ordre ethnique, religieux et révolutionnaire et il ajouta :

- Notre bon pape Jean-Paul II a exhorté les nations à se donner un droit au devoir d’ingérence lorsque des chefs d’État sont incapables de maintenir l’ordre et la démocratie dans leurs pays. Bien souvent, d’ailleurs, ce sont ces mêmes potentats qui attisent les combats. Les succès médiati­ques de mon confrère Jean-Paul, une centaine de voyages sur tous les continents, ses messages de paix n’ont pas réussi à infléchir la folie meurtrière des hommes. Malgré toutes les exhortations pontificales, le bilan demeure catastrophique car il n’y a jamais eu autant de conflits et de génocides. Je souhaite illustrer mon propos par le témoignage de notre collègue Victor qui a vécu, en tant que journa­liste, un conflit sangui­naire qui aurait dû être évité si l’on était intervenu à temps.

 

 

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