alpilles13 ALPILLES13

26/02/2009

Chapitre 11 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre  11

Un événement avait bousculé le train-train de la Commission : la mort du pape Jean-Paul II et la nomination de son succes­seur. Lors de l’hospitalisation du représentant de Dieu sur terre et de la tra­chéotomie pratiquée sur son corps épuisé, le Paradis avait été en efferves­cence car son décès était imminent. Il avait fallu à tout prix gagner du temps pour organiser sa succession, prolonger autant que possible son agonie. Sa popularité, son côté médiatique avaient, tout au long de son règne, suscité de vives critiques au sein des Instances cé­lestes. Le Polonais en avait trop fait, jusqu’à faire de l’ombre à Dieu Lui-même. Des rumeurs couraient dans les dédales du Vatican prétendant que Dieu lui serait apparu. Le raz de marée de millions de fidèles qui s’étaient massés, dans des conditions plus que précaires, sur la place Saint-Pierre, faisait penser à un culte rendu à un dieu terrestre. L’hystérie collective qui s’était emparée des foules s’écartait manifestement des vraies valeurs spirituelles.

Les Instances célestes avaient donc pris la décision d’exercer une sorte de lobbying auprès des cardinaux chargés d’élire le nouveau pape. Le courant progressiste qui émanait du Paradis souhaitait remplacer le conservateur Karol Wojtyla par une personnalité plus proche du tiers-monde, en particu­lier de l’Amérique du Sud qui compte près de la moitié des catholiques.

Quelle ne fut pas sa déception lorsque Radio Vatican annonça la no­mination de Joseph Ratzinger, alias Benoît XVI, un cardinal réac­tionnaire, pourfendeur des homosexuels, des femmes et de la capote ! En fait, un com­promis avait été trouvé entre la Curie romaine et le Paradis. Compte tenu de son âge avancé, l’Allemand ne ferait pas long feu. Il serait un pape de transi­tion, le temps de préparer un candidat plus en phase avec son époque…

À la suite du témoignage sur l’Afrique et de l’intermède papal, Victor fit part de ses ré­flexions à Steve :

- Tu vois, mon cher, ces événements démontrent que, sans les hommes, Dieu ne peut pas réaliser toutes les améliorations souhaitables. À nous de jouer mainte­nant. Il faut que nous nous concertions avec nos collègues pour faire des propositions qui tiennent la route. Qu’en penses-tu ?

- Moi, je serais d’avis de créer un site Internet, pour autant que cela soit possible depuis ici. Par exemple, on pourrait le baptiser : www.paradis-ciel.info ou encore mieux : www.dieu.ciel Ce serait bien la première fois que l’on écrirait Dieu (pour notre Dieu de l’Ancien Testament) avec un « d » minuscule ! Il y a bien quelques in­formaticiens qui traînent leurs « Nike » par ici. Et l’on prendrait contact avec Bill Gates et mes homologues terriens pour leur proposer de nous concocter un super logiciel.

- Ah! non, Steve, surtout pas Microsoft qui monopolise déjà, avec ar­rogance, l’informatique terrestre. Tu ne vas tout de même pas leur offrir le Paradis en prime ! Pourquoi ne choisirais-tu pas des logiciels libres, par exemple Linux ? C’est gratuit. Tiens, il me vient une idée toute bête : Macintosh ! C’est ton nom, mais c’est aussi « Apple », comme la pomme du Jardin d’Eden !

À la séance suivante, Steve prit son courage à deux mains, alors qu’il ne lui en fallait qu’une pour attirer l’attention du Président. Il ne pouvait pas plus mal tomber car, ce jour-là, c’était l’ayatollah Khomeiny qui dirigeait les débats, de son air courroucé.

- Mes chers collègues, dit Steve, mon ami Victor et moi, nous avons remarqué que la communication avec la Terre est très limitée. Je dirais même qu’elle brille souvent par les non-dits et par un manque de transpa­rence certain. Or, elle pourrait être améliorée. N’ayez crainte, je ne vais pas vous proposer de créer une chaîne de télévision, puisque nous sommes invi­sibles aux yeux des terriens. Cependant, il existe, depuis une décennie, un nouveau moyen de communication entre les hommes, que l’on appelle l’Internet. Le Web se développe sur l’ensemble du globe, y compris dans les pays du tiers-monde qui, par ce moyen télématique simple et bon marché, peuvent enfin sortir de leur ghetto. A priori, il semble possible de faire fonc­tionner cette technologie entre le Ciel et la Terre, moyennant quelques aménagements. Grâce à ce nouveau média, les fidèles de nos trois reli­gions pourraient être en liaison directe avec le Paradis, sans intermé­diaires.

L’ayatollah ne manqua pas l’occasion de proférer une de ses dia­tribes coutumières :

- C’est encore un coup de l’Occident, du diable américain, cette in­vention. Pour intoxiquer nos populations orientales. C’est mettre un pas dans l’engrenage de ceux qui se prétendent les maîtres du monde, ces scélé­rats qui nous ont obligés à déclarer le djihad. Hélas, la décision n’appartient pas à moi seul. Notre comité va examiner démocratique­ment votre proposi­tion qui me paraît, à première vue, utopique et mal­venue.

Steve lui répondit, dare-dare :

- Avec tout le respect que je vous dois, très honoré ayatollah Khomeiny, je tiens à vous préciser que si la technologie de ce nouveau média est d’origine occidentale, le contenu serait purement céleste. Vos fidèles d’Iran, qui se désespèrent de votre disparition, pourraient à nouveau com­muniquer avec vous, par courriel. Surtout, vous pourriez leur trans­mettre vos exhortations comme vous le faisiez au­trefois à Qom.

Victor exultait ; il ne put s’empêcher, à voix basse, de brocar­der son pote :

- Avec tout le respect que je te dois, mon cher Steve, on ne fait pas mieux dans le genre « lèche-bottes ». Ta manière d’enrober de flat­teries ta réponse à ce sinistre personnage est remarquable. Tu aurais pu réussir une carrière diplomatique, avec rang d’ambassadeur !

- Ecoute, Victor, si on veut réussir, il faut s’en donner les moyens. Quelques secondes de honte sont vite bues… Il a un tel pouvoir de per­sua­sion que, si j’arrive à le convaincre, il persuadera les autres à son tour.

Steve avait raison de penser que la partie n’était pas encore ga­gnée. La condamnation du projet tomba comme un coup de tonnerre en provenance des travées catholiques, par la voix d’un évêque italien qui avait quitté son diocèse pour le Paradis avant Vatican II.

- Si l’on adhère à votre concept, Steve, le Vatican, le pape, les cardi­naux et les évêques n’auront plus de raison d’être. Ils n’auront plus qu’à s’inscrire au chômage et à l’ANPE ! Seul le bas clergé continuera à célé­brer les offices et à administrer les sacrements. Vous n’allez tout de même pas jeter les dogmes de l’Eglise et le droit canon aux orties !

À la suite de ces tentatives avortées, Steve et Victor pensèrent que la seule chance de réaliser leur projet ambitieux consistait à faire du lobbying auprès des membres de la Commission. Une analyse des pro­babilités de votes les amena à conclure qu’ils pouvaient compter sur les voix des protestants, des orthodoxes, opposés à Rome depuis un millé­naire, des juifs progressistes et sur quelques voix éparses glanées parmi les musulmans et les cathos.

La proposition la plus avant-gardiste, en réalité rétrograde, fut émise par le rabbin Jacob Kaplan :

- Puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu, Yahvé, pourquoi ne pas revenir au statu quo ante ? La fusion des trois religions monothéistes en une seule ! Il y a déjà une base commune : l’Ancien testament, Abraham et les autres Prophètes. Si chacun fait un effort, met un peu d’eau dans son vin (sauf les isla­mistes), on peut certainement trouver un terrain d’entente…

Le tollé fut général, englobant également les collègues du rabbin. Et pourtant, l’idée de repartir de l’an zéro de notre ère, de tout remettre à plat au plan religieux ne manquait pas d’intérêt. Ce scénario pouvait être de nature à exciter l’esprit des intellectuels et des philosophes. Certains ne s’étaient, d’ailleurs, pas privés de souhaiter refaire le monde… En ima­ginant l’inimaginable, une seule religion monothéiste, celle de Moïse et des prophètes, on pouvait pen­ser que l’évolution de la société humaine aurait été totalement différente de­puis deux mille ans. Toutefois, il était im­possible de ne pas tenir compte de l’histoire, de l’évolution des mœurs et des mentalités. Il était utopique de faire fi des doctrines qui avaient vu le jour et s’étaient opposées au cours des siècles. À moins que Dieu l’eût voulu ainsi… dès le départ. Apparem­ment, tel n’avait pas été le désir du Créateur.

Kaplan trouva, cependant, un allié de poids en la personne de Sigmund Freud. Le célèbre psychanalyste adorait Rome, mais, en rai­son de ses origines israélites, il n’était pas en odeur de sainteté au Vatican. Il ne ménagea donc pas ses efforts pour convaincre la Com­mission d’inscrire à l’ordre du jour cette suggestion à première vue ir­réaliste. « Examinons-la en toute objecti­vité, dit-il, avant de l’enterrer précipitamment ». Il se porta même candidat à la présidence d’une sous-commission chargée d’approfondir la question.

Cet explorateur invétéré de l’inconscient humain salivait déjà à l’idée de pouvoir à nouveau décortiquer les pulsions irrationnelles de ses congénè­res. Au fond de lui-même, Freud n’avait que faire de l’idée de fondre les religions dans un moule originel identique. Son intérêt consistait surtout à reve­nir sur son dernier ouvrage, Moïse et le mono­théisme, publié l’année de son décès, et qui traitait précisément de l’origine des religions monothéistes. De sa part, on pouvait s’attendre à tout, y compris à quelques séances de ce di­van qui avait fait sa célé­brité ! Hélas, il dut vite déchanter car, malgré son intervention pas­sionnée, la Commission décida à la quasi unanimité de ne pas entrer en matière.

À la séance suivante, Steve et Victor eurent partie gagnée. Ils de­vaient une fière chandelle au grand rabbi Jacob et à sa proposition sau­grenue. De deux maux, la Commission avait choisi le moindre : elle s’était ralliée à la proposition de Steve de créer un site Internet. Mis­sion fut confiée aux deux compères de descendre sur la Terre afin de mettre au point la technologie nécessaire. En leur absence, la Commis­sion du Futur aurait tout le loisir de préparer le contenu du site sous la supervision du Triumvirat et de ses aco­lytes.

Pour se lancer dans cette expédition hors du commun, les deux missionnai­res devaient prendre une forme humaine, comme cela avait été le cas pour les anges plénipotentiaires. On peut imaginer leur enthousiasme à l’idée de re­naître et de parcourir à nouveau cette planète qu’ils avaient dû quitter préma­turément. Le décret céleste comportait, toutefois, un code de bonne conduite qu’il fallait respecter à la lettre, sous peine d’être exfil­tré séance tenante ! Autant que possible, il leur était recom­mandé de ne pas rencontrer des per­sonnes qu’ils avaient approchées de leur vivant… Ce qui mettait un bémol à leur exaltation première. La raison en était toute simple. Dieu avait eu bien assez de problèmes avec la pseudo résurrection de Jésus, pour ne pas renou­veler cette opération scabreuse. Il n’était pas question qu’une Marie-Madeleine de petite vertu aille crier sur les toits qu’elle avait croisé l’un de ses anciens amants, mort et enterré depuis belle lurette.

L’enthousiasme de Steve avait vite cédé la place à l’inquiétude. « Victor il faut que je te parle, » lui dit-il, en le prenant à part à l’issue de la séance.

- La consigne céleste de ne pas entrer en contact avec des person­nes connues me pose problème car le développement du Web, pour le grand pu­blic, a été réalisé au CERN, près de Genève. Et c’est mon collègue Tim Berners-Lee et son équipe, dont je faisais partie, qui ont conçu le procédé permettant de présenter l’information sous une forme multimédia et inte­ractive, telle qu’elle existe aujourd’hui. À première vue, il me paraît impossi­ble de créer un site céleste sans faire appel au savoir de ce team de cher­cheurs. C’est d’ailleurs en pensant à eux que je me suis lancé dans cette aventure. Si tu désires en savoir plus à propos de mes ex-collègues, branche-toi sur leur site : www.cern.ch

- Attends d’abord que nous soyons redescendus sur terre pour que je puisse pianoter sur le Net. Nous voici face à un dilemme, Steve : soit nous informons la Commission et nous courons le risque qu’elle annule notre projet, soit nous ne disons rien et, dans le meil­leur des cas, nous nous fe­rons taper sur les doigts au retour.

- Pour ma part, Victor, je suis d’avis de ne rien dévoiler de notre plan au dé­part, notre entreprise ayant toutes les chances de réussir. Le retentisse­ment sera d’une telle importance pour l’avenir du Ciel qu’ils ne vont tout de même pas nous punir pour un éventuel écart à cette injonction céleste.

- Toi, tu raisonnes en informaticien, quasiment sûr d’aboutir avec l’aide de tes potes. Mais en cas d’échec, ils ne vont pas nous don­ner l’absolution moyennant trois Pater et deux Ave ! On peut aussi être tenté de faire signe à d’autres personnes, ou les croiser par hasard… Vois-tu à qui je pense ? Comme tu le sais, j’ai toujours pris des risques sur terre et je veux bien me jeter à l’eau ou plutôt dans les nuages avec toi au Paradis.

 

A SUIVRE…

21:58 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

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