alpilles13 ALPILLES13

26/02/2009

Chapitre 11 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre  11

Un événement avait bousculé le train-train de la Commission : la mort du pape Jean-Paul II et la nomination de son succes­seur. Lors de l’hospitalisation du représentant de Dieu sur terre et de la tra­chéotomie pratiquée sur son corps épuisé, le Paradis avait été en efferves­cence car son décès était imminent. Il avait fallu à tout prix gagner du temps pour organiser sa succession, prolonger autant que possible son agonie. Sa popularité, son côté médiatique avaient, tout au long de son règne, suscité de vives critiques au sein des Instances cé­lestes. Le Polonais en avait trop fait, jusqu’à faire de l’ombre à Dieu Lui-même. Des rumeurs couraient dans les dédales du Vatican prétendant que Dieu lui serait apparu. Le raz de marée de millions de fidèles qui s’étaient massés, dans des conditions plus que précaires, sur la place Saint-Pierre, faisait penser à un culte rendu à un dieu terrestre. L’hystérie collective qui s’était emparée des foules s’écartait manifestement des vraies valeurs spirituelles.

Les Instances célestes avaient donc pris la décision d’exercer une sorte de lobbying auprès des cardinaux chargés d’élire le nouveau pape. Le courant progressiste qui émanait du Paradis souhaitait remplacer le conservateur Karol Wojtyla par une personnalité plus proche du tiers-monde, en particu­lier de l’Amérique du Sud qui compte près de la moitié des catholiques.

Quelle ne fut pas sa déception lorsque Radio Vatican annonça la no­mination de Joseph Ratzinger, alias Benoît XVI, un cardinal réac­tionnaire, pourfendeur des homosexuels, des femmes et de la capote ! En fait, un com­promis avait été trouvé entre la Curie romaine et le Paradis. Compte tenu de son âge avancé, l’Allemand ne ferait pas long feu. Il serait un pape de transi­tion, le temps de préparer un candidat plus en phase avec son époque…

À la suite du témoignage sur l’Afrique et de l’intermède papal, Victor fit part de ses ré­flexions à Steve :

- Tu vois, mon cher, ces événements démontrent que, sans les hommes, Dieu ne peut pas réaliser toutes les améliorations souhaitables. À nous de jouer mainte­nant. Il faut que nous nous concertions avec nos collègues pour faire des propositions qui tiennent la route. Qu’en penses-tu ?

- Moi, je serais d’avis de créer un site Internet, pour autant que cela soit possible depuis ici. Par exemple, on pourrait le baptiser : www.paradis-ciel.info ou encore mieux : www.dieu.ciel Ce serait bien la première fois que l’on écrirait Dieu (pour notre Dieu de l’Ancien Testament) avec un « d » minuscule ! Il y a bien quelques in­formaticiens qui traînent leurs « Nike » par ici. Et l’on prendrait contact avec Bill Gates et mes homologues terriens pour leur proposer de nous concocter un super logiciel.

- Ah! non, Steve, surtout pas Microsoft qui monopolise déjà, avec ar­rogance, l’informatique terrestre. Tu ne vas tout de même pas leur offrir le Paradis en prime ! Pourquoi ne choisirais-tu pas des logiciels libres, par exemple Linux ? C’est gratuit. Tiens, il me vient une idée toute bête : Macintosh ! C’est ton nom, mais c’est aussi « Apple », comme la pomme du Jardin d’Eden !

À la séance suivante, Steve prit son courage à deux mains, alors qu’il ne lui en fallait qu’une pour attirer l’attention du Président. Il ne pouvait pas plus mal tomber car, ce jour-là, c’était l’ayatollah Khomeiny qui dirigeait les débats, de son air courroucé.

- Mes chers collègues, dit Steve, mon ami Victor et moi, nous avons remarqué que la communication avec la Terre est très limitée. Je dirais même qu’elle brille souvent par les non-dits et par un manque de transpa­rence certain. Or, elle pourrait être améliorée. N’ayez crainte, je ne vais pas vous proposer de créer une chaîne de télévision, puisque nous sommes invi­sibles aux yeux des terriens. Cependant, il existe, depuis une décennie, un nouveau moyen de communication entre les hommes, que l’on appelle l’Internet. Le Web se développe sur l’ensemble du globe, y compris dans les pays du tiers-monde qui, par ce moyen télématique simple et bon marché, peuvent enfin sortir de leur ghetto. A priori, il semble possible de faire fonc­tionner cette technologie entre le Ciel et la Terre, moyennant quelques aménagements. Grâce à ce nouveau média, les fidèles de nos trois reli­gions pourraient être en liaison directe avec le Paradis, sans intermé­diaires.

L’ayatollah ne manqua pas l’occasion de proférer une de ses dia­tribes coutumières :

- C’est encore un coup de l’Occident, du diable américain, cette in­vention. Pour intoxiquer nos populations orientales. C’est mettre un pas dans l’engrenage de ceux qui se prétendent les maîtres du monde, ces scélé­rats qui nous ont obligés à déclarer le djihad. Hélas, la décision n’appartient pas à moi seul. Notre comité va examiner démocratique­ment votre proposi­tion qui me paraît, à première vue, utopique et mal­venue.

Steve lui répondit, dare-dare :

- Avec tout le respect que je vous dois, très honoré ayatollah Khomeiny, je tiens à vous préciser que si la technologie de ce nouveau média est d’origine occidentale, le contenu serait purement céleste. Vos fidèles d’Iran, qui se désespèrent de votre disparition, pourraient à nouveau com­muniquer avec vous, par courriel. Surtout, vous pourriez leur trans­mettre vos exhortations comme vous le faisiez au­trefois à Qom.

Victor exultait ; il ne put s’empêcher, à voix basse, de brocar­der son pote :

- Avec tout le respect que je te dois, mon cher Steve, on ne fait pas mieux dans le genre « lèche-bottes ». Ta manière d’enrober de flat­teries ta réponse à ce sinistre personnage est remarquable. Tu aurais pu réussir une carrière diplomatique, avec rang d’ambassadeur !

- Ecoute, Victor, si on veut réussir, il faut s’en donner les moyens. Quelques secondes de honte sont vite bues… Il a un tel pouvoir de per­sua­sion que, si j’arrive à le convaincre, il persuadera les autres à son tour.

Steve avait raison de penser que la partie n’était pas encore ga­gnée. La condamnation du projet tomba comme un coup de tonnerre en provenance des travées catholiques, par la voix d’un évêque italien qui avait quitté son diocèse pour le Paradis avant Vatican II.

- Si l’on adhère à votre concept, Steve, le Vatican, le pape, les cardi­naux et les évêques n’auront plus de raison d’être. Ils n’auront plus qu’à s’inscrire au chômage et à l’ANPE ! Seul le bas clergé continuera à célé­brer les offices et à administrer les sacrements. Vous n’allez tout de même pas jeter les dogmes de l’Eglise et le droit canon aux orties !

À la suite de ces tentatives avortées, Steve et Victor pensèrent que la seule chance de réaliser leur projet ambitieux consistait à faire du lobbying auprès des membres de la Commission. Une analyse des pro­babilités de votes les amena à conclure qu’ils pouvaient compter sur les voix des protestants, des orthodoxes, opposés à Rome depuis un millé­naire, des juifs progressistes et sur quelques voix éparses glanées parmi les musulmans et les cathos.

La proposition la plus avant-gardiste, en réalité rétrograde, fut émise par le rabbin Jacob Kaplan :

- Puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu, Yahvé, pourquoi ne pas revenir au statu quo ante ? La fusion des trois religions monothéistes en une seule ! Il y a déjà une base commune : l’Ancien testament, Abraham et les autres Prophètes. Si chacun fait un effort, met un peu d’eau dans son vin (sauf les isla­mistes), on peut certainement trouver un terrain d’entente…

Le tollé fut général, englobant également les collègues du rabbin. Et pourtant, l’idée de repartir de l’an zéro de notre ère, de tout remettre à plat au plan religieux ne manquait pas d’intérêt. Ce scénario pouvait être de nature à exciter l’esprit des intellectuels et des philosophes. Certains ne s’étaient, d’ailleurs, pas privés de souhaiter refaire le monde… En ima­ginant l’inimaginable, une seule religion monothéiste, celle de Moïse et des prophètes, on pouvait pen­ser que l’évolution de la société humaine aurait été totalement différente de­puis deux mille ans. Toutefois, il était im­possible de ne pas tenir compte de l’histoire, de l’évolution des mœurs et des mentalités. Il était utopique de faire fi des doctrines qui avaient vu le jour et s’étaient opposées au cours des siècles. À moins que Dieu l’eût voulu ainsi… dès le départ. Apparem­ment, tel n’avait pas été le désir du Créateur.

Kaplan trouva, cependant, un allié de poids en la personne de Sigmund Freud. Le célèbre psychanalyste adorait Rome, mais, en rai­son de ses origines israélites, il n’était pas en odeur de sainteté au Vatican. Il ne ménagea donc pas ses efforts pour convaincre la Com­mission d’inscrire à l’ordre du jour cette suggestion à première vue ir­réaliste. « Examinons-la en toute objecti­vité, dit-il, avant de l’enterrer précipitamment ». Il se porta même candidat à la présidence d’une sous-commission chargée d’approfondir la question.

Cet explorateur invétéré de l’inconscient humain salivait déjà à l’idée de pouvoir à nouveau décortiquer les pulsions irrationnelles de ses congénè­res. Au fond de lui-même, Freud n’avait que faire de l’idée de fondre les religions dans un moule originel identique. Son intérêt consistait surtout à reve­nir sur son dernier ouvrage, Moïse et le mono­théisme, publié l’année de son décès, et qui traitait précisément de l’origine des religions monothéistes. De sa part, on pouvait s’attendre à tout, y compris à quelques séances de ce di­van qui avait fait sa célé­brité ! Hélas, il dut vite déchanter car, malgré son intervention pas­sionnée, la Commission décida à la quasi unanimité de ne pas entrer en matière.

À la séance suivante, Steve et Victor eurent partie gagnée. Ils de­vaient une fière chandelle au grand rabbi Jacob et à sa proposition sau­grenue. De deux maux, la Commission avait choisi le moindre : elle s’était ralliée à la proposition de Steve de créer un site Internet. Mis­sion fut confiée aux deux compères de descendre sur la Terre afin de mettre au point la technologie nécessaire. En leur absence, la Commis­sion du Futur aurait tout le loisir de préparer le contenu du site sous la supervision du Triumvirat et de ses aco­lytes.

Pour se lancer dans cette expédition hors du commun, les deux missionnai­res devaient prendre une forme humaine, comme cela avait été le cas pour les anges plénipotentiaires. On peut imaginer leur enthousiasme à l’idée de re­naître et de parcourir à nouveau cette planète qu’ils avaient dû quitter préma­turément. Le décret céleste comportait, toutefois, un code de bonne conduite qu’il fallait respecter à la lettre, sous peine d’être exfil­tré séance tenante ! Autant que possible, il leur était recom­mandé de ne pas rencontrer des per­sonnes qu’ils avaient approchées de leur vivant… Ce qui mettait un bémol à leur exaltation première. La raison en était toute simple. Dieu avait eu bien assez de problèmes avec la pseudo résurrection de Jésus, pour ne pas renou­veler cette opération scabreuse. Il n’était pas question qu’une Marie-Madeleine de petite vertu aille crier sur les toits qu’elle avait croisé l’un de ses anciens amants, mort et enterré depuis belle lurette.

L’enthousiasme de Steve avait vite cédé la place à l’inquiétude. « Victor il faut que je te parle, » lui dit-il, en le prenant à part à l’issue de la séance.

- La consigne céleste de ne pas entrer en contact avec des person­nes connues me pose problème car le développement du Web, pour le grand pu­blic, a été réalisé au CERN, près de Genève. Et c’est mon collègue Tim Berners-Lee et son équipe, dont je faisais partie, qui ont conçu le procédé permettant de présenter l’information sous une forme multimédia et inte­ractive, telle qu’elle existe aujourd’hui. À première vue, il me paraît impossi­ble de créer un site céleste sans faire appel au savoir de ce team de cher­cheurs. C’est d’ailleurs en pensant à eux que je me suis lancé dans cette aventure. Si tu désires en savoir plus à propos de mes ex-collègues, branche-toi sur leur site : www.cern.ch

- Attends d’abord que nous soyons redescendus sur terre pour que je puisse pianoter sur le Net. Nous voici face à un dilemme, Steve : soit nous informons la Commission et nous courons le risque qu’elle annule notre projet, soit nous ne disons rien et, dans le meil­leur des cas, nous nous fe­rons taper sur les doigts au retour.

- Pour ma part, Victor, je suis d’avis de ne rien dévoiler de notre plan au dé­part, notre entreprise ayant toutes les chances de réussir. Le retentisse­ment sera d’une telle importance pour l’avenir du Ciel qu’ils ne vont tout de même pas nous punir pour un éventuel écart à cette injonction céleste.

- Toi, tu raisonnes en informaticien, quasiment sûr d’aboutir avec l’aide de tes potes. Mais en cas d’échec, ils ne vont pas nous don­ner l’absolution moyennant trois Pater et deux Ave ! On peut aussi être tenté de faire signe à d’autres personnes, ou les croiser par hasard… Vois-tu à qui je pense ? Comme tu le sais, j’ai toujours pris des risques sur terre et je veux bien me jeter à l’eau ou plutôt dans les nuages avec toi au Paradis.

 

A SUIVRE…

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25/02/2009

La vérité sur le secret bancaire et les paradis fiscaux

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La Suisse n’est pas considérée comme un paradis fiscal que le sont Monaco, le Liechtenstein, Hong Kong, Panama, les Iles Caïmans et compagnie… Il ne faut pas confondre le secret bancaire en vigueur avec l’absence de fiscalité et l’anonymat. Il faut montrer patte blanche pour déposer des fonds dans une banque suisse.

 

Depuis 1977, l’Association suisse des banquiers a établi une Convention de diligence, une mesure permettant d'identifier chaque client, la provenance et l'utilisation des fonds, afin d’éviter le blanchiment d’argent sale. Le droit pénal suisse punit toutes les infractions commises dans le cadre du crime organisé (blanchiment, corruption, fraude, trafic de drogue, trafic illégal d'armes, etc.) La Commission Fédérale des Banques peut en tout temps vérifier si une banque remplit toujours les conditions et, si ce n'est pas le cas, retirer l'autorisation d’exercer son activité et engager des poursuites pénales. En raison du secret bancaire, les banques n'ont, de ce fait, pas le droit de renseigner le fisc suisse ni le fisc étranger.

 

En revanche, grâce à son forfait fiscal, la Suisse, attire les très grandes fortunes ayant leurs revenus hors du pays. Le forfait fiscal est un mode de calcul d'impôt simplifié où le montant à régler par le contribuable est calculé sur la base d'une somme fixe ou d'un simple pourcentage, de l’ordre de 2 à 3% seulement sur ses gains. Personnellement, je trouve cette pratique amorale, d’autant plus qu’elle crée une discrimination avec les Suisses qui ne peuvent en profiter. Le canton de Zurich vient de supprimer cette opportunité lors de la votation populaire du 8 février 2009. L’hypocrisie atteint son comble lorsqu’un champion sportif domicilié en Suisse est sur le podium et que l’on joue l’hymne national de son pays d’origine. C’était le cas de Prost, de Schumacher et de Noah.

 

On ne peut nier que la Suisse profite de son réseau bancaire, de sa discrétion et de la solidité de sa monnaie. Mais pour bénéficier des avantages d’un paradis fiscal, il faut créer une société « Offshore », une entité juridique qui sera domiciliée, en principe, outre-mer ou à Monaco…

 

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Il suffit de requérir les services d’un bureau spécialisé qui se chargera de le faire. À Paris, l’un de ces organismes a pignon sur rue et un site Internet décrit les avantages : pas d’impôt sur les sociétés, pas de T.V.A, pas de droit de succession, pas d’obligations administratives, pas de comptabilité à présenter, pas de capital minimum, une garantie d’anonymat.

www.france-offshore.fr

www.cib-offshore.com

 

Ni plus, ni moins que le paradis ! Ces sociétés-écrans sont surtout utilisées pour dissimuler l’argent noir, les fraudes fiscales, les commissions, les licences ou même les droits d’auteur. On estime à plus de deux millions le nombre de ces sociétés-écrans domiciliées dans une soixantaine de pays. La plupart ont été créées à l’instigation des banques pour elles-mêmes et pour leurs clients.

 

Un paradis qui ressemblerait plutôt à l’enfer si les Etats intervenaient pour lutter contre cette pratique qui les prive de rentrées fiscales importantes. En France, on estime à 50 milliards d’euros l’évasion annuelle vers les paradis fiscaux. À croire que les politiciens sont de mèche avec les filous.

24/02/2009

Barack Obama en Provence?

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Photo AFP

 

Cette photo, parue lundi matin dans le journal « La Provence » , donne à penser que le président américain a passé le week-end dans les parages du moulin d’Alphonse Daudet.

Au bistrot, à l’heure du petit noir, certains allaient jusqu’à dire qu’il avait rencontré secrètement son homologue français au village des Baux de Provence… Que ne ferait-on pas pour juguler la crise !

Déception au moment de lire l’article où l’on apprend que ce « Moulin de Provence » se trouve à Ottawa, créé par un varois, Claude Bonnet, qui régale les canadiens et le président des Etats-Unis avec des confiseries françaises !

Une pâtisserie vaut bien un fromage, même un roquefort, banni du temps de l’ancien président US.

 

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Une Aixoise, Alix Tabet, aux côtés de Barack Obama

 

13/02/2009

L'addition des crises...

 

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(à ne pas pas confondre crises avec cerises, ce dessin représente la commutativité de l'addition¨)

 

Tout a commencé par une crise boursière qui germait depuis quelque cinq ans pour éclater en pétales de malheurs à l’automne 2008.

 

Elle engendra une crise financière mondiale, un effondrement du système bancaire international, où plus personne ne savait à quel banquier se fier. Des enseignes prestigieuses, accrochées aux fiers buildings de Manhattan, s’éteignaient l’une après l’autre en un gigantesque court-circuit. L’arc électrique franchissait l’atlantique pour bouter l’incendie aux quatre coins de la vieille Europe jusqu’au cœur de la City, de Paris, de Francfort, brûlant au passage les gnomes de Zurich.

 

Les pseudo-économistes, enfin réveillés par le tocsin, annonçaient, dans un désordre indescriptible, l’arrivée imminente de la crise économique. Et chacun de dire ce qu’on aurait dû faire au lieu de n’avoir rien fait ! Pardi, une bonne crise, ça ne fait pas de mal, ça secoue le cocotier, ça se soigne et ça repartira comme avant. Il suffit que les Banques centrales, les Etats fassent marcher la planche à billets pour venir en aide à ces pauvres capitalistes démunis quand l’hiver fut venu.

 

C’était sans compter avec la crise de la consommation ! Parbleu, on l’avait oublié celle-là. Et que je te fabrique des millions de bagnoles, que je te délocalise à tout va, que je t’importe des containers par milliers des pays émergents. Toute cette masse de consommateurs, on en fera notre affaire. Elle travaille plus, elle gagne plus, donc elle dépense plus, CQFD !

 

Comble de malheur, en voilà encore une de crise qui pointe le bout de son nez avec insistance : la crise de confiance !

Parce que l’on a mis au pouvoir un gringalet dépassé par ce qui arrive, parce qu’il agit au coup par coup, sans concertation. Parce que les banquiers et les industriels lui dansent sur le ventre. Parce que ce roitelet dit tout et son contraire, parce que le peuple, les chômeurs, les smicards, les enseignants, les fonctionnaires ne lui font plus confiance.

 

Qu’il s’en aille ! Pour reprendre confiance.

10/02/2009

Chapitre 10 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

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« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre  10

 

 

Victor se sentit très honoré de se voir confier un rôle important au sein de cette auguste assemblée.

- Je peux en effet, dit-il, témoigner d’un drame assez récent : J’ai séjourné en Afrique, au Burundi, pendant la période qui a suivi l’assassinat, en 1993, du premier prési­dent hutu de l’histoire, démocratiquement élu 4 mois auparavant. Voici la teneur du texte, que j’ai transmis à ma rédaction, au début de mon reportage.

« À la suite du coup d’État manqué au Burundi, la guerre civile se dé­chaîne dans les collines, à quelques lieues de la capitale. Des hordes de Hutus poursuivent les Tutsis, les accusant d’avoir organisé l’assassinat du président. Des maisons sont incendiées, des cadavres de civils, hommes, femmes et enfants gisent dans les rues. J’aperçois au loin des colonnes de fumée qui indiquent l’étendue des dévastations. Un blessé agonisant a juste pu me dire, avant de mourir, que ce sont des militaires, en prin­cipe tutsis, qui ont encerclé son vil­lage et qui lui ont tiré dessus à bout por­tant. En revanche, les blessures d’autres suppliciés montrent qu’ils ont été exécutés à la machette, vrai­semblablement par des civils comme vous et moi… Impossible de savoir, des Hutus ou des Tutsis, qui tue qui ! »

- J’ai pu ensuite recueillir quelques informations sur les causes de cette flambée de violences. J’ai appris d’un chef de village que les rancunes sanguinaires opposant Hutus et Tutsis dataient du conflit ethnique de 1972. Il avait causé plus de 100.000 morts de part et d’autre et des milliers de Hutus avaient fui en Tanzanie. Les terres et les maisons abandonnées avaient été confisquées par leurs voisins tutsis. Les hostilités de ce genre au sein de ces peuples de même origine et de même langue ne dataient pas d’hier. Certains les consi­déraient comme une des séquelles de l’épopée coloniale où l’occupant avait favorisé les bergers tutsis, minoritaires, au détriment des agriculteurs hutus, majoritaires.

Jean XXIII l’interrompit pour lui demander si des casques bleus étaient intervenus pour tenter de stopper les belligérants.

- À ma grande surprise, je n’ai pas aperçu l’ombre d’un képi à l’horizon. L’armée burundaise est restée cloîtrée dans ses casernes, lais­sant les civils s’entretuer. L’appel lancé par la Première ministre, Ma­dame Sylvie Kingsley, aux pays occidentaux, Etats-Unis, Belgique et France, est resté sans réponse... Seuls le Haut-commissa­riat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), la Croix-Rouge et les missions humanitaires sont intervenus aux frontières, notamment en Tanzanie, pour venir en aide à plus de 700.000 réfugiés qui avaient fui leur pays.

John Kennedy jugea bon de justifier la passivité de son pays au cours de ce conflit :

- À force de passer pour les gendarmes du monde, nous avons pris quelques distances vis-à-vis des conflits qui ne nous concernaient pas direc­tement. Si c’était à refaire, nous n’irions pas aujourd’hui au Viêt-Nam, ni au Cambodge. Nous privilégions l’intervention des soldats des Nations Unies, organisation que nous finançons en grande partie.

- C’est sans doute par souci de non-ingérence que vos successeurs n’ont pas déclenché la Guerre du Golfe en 1991, ni envahi l‘Irak en 2003 !... ironisa le Général de Gaulle. Les derniers faits de guerre de votre pays ont tous un arrière-goût de pétrole, mon cher John. Quand je vois ce qui se passe en Afrique, je me reproche parfois d’avoir réalisé la décolonisation et d’avoir confié ce continent à des hommes qui n’étaient pas préparés au pou­voir.

- Allons, allons, Messieurs, ce n’est pas le moment d’entamer un dé­bat sur ce que vous auriez dû faire ou pas, sermonna Jean XXIII. Continuez, Victor :

- Votre sainteté, ce que je vous ai décrit n’est qu’un avant-goût, qu’un hors-d'œuvre de ce qui allait se produire, cinq mois plus tard, en avril 1994, au Rwanda voisin. À la suite de la mort du président rwan­dais lors de l’explosion de son avion, de violents combats avaient éclaté au centre de la capitale. J’ai réussi à rejoindre Kigali dans les premières heures des massacres et j’ai communiqué à mon journal les horreurs que je découvrais, à peu près en ces termes :

« Des miliciens, des civils, des militaires participent à la tuerie. J’ignore qui donne les ordres de ces massacres, mais il apparaît que les victimes sont du côté des Hutus aussi bien que des Tutsis. Les autorités rwandaises accusent le FPR, le Front patriotique rwandais, d’origine tutsie, d’avoir perpétré l’attentat contre leur président. Comme tou­jours en pareille circonstance, le premier souci des ambassades consiste à évacuer leurs ressortissants par la route et par les airs. Les secouristes de la Croix-Rouge interviennent tant bien que mal pour évacuer les blessés vers le centre hospitalier. L’organisation « Médecins sans fron­tières » a installé des tentes dans le jardin de l’hôpital pour donner les premiers soins. Le commandant des casques bleus de l‘ONU a offert sa médiation entre le gouvernement et le FPR en vue d’un cessez-le-feu. Il semble bien qu’il ne soit pas écouté car les com­bats se poursui­vent à l’arme lourde. L’on assiste à des pillages de magasins et d’habitations abandonnés par des familles entières qui tentent de re­joindre par tous les moyens possibles le Burundi et la Tanzanie. Pour atteindre l’aéroport, il faut franchir des barrages tenus tantôt par des miliciens hutus tantôt par des rebelles du FPR. Il s’agit bien d’un conflit ethnique du même type que celui auquel j’ai assisté au Burundi. Tout le monde se méfie et es­pionne tout le monde dans un climat dé­létère de délation. De jour en jour, arrivent des nouvelles alarmantes provenant de villages disséminés dans le pays. Une psychose de peur s’est emparée des Rwandais, chacun craignant d’être abattu par son voi­sin. Ils se comportent comme des bêtes sauvages : tuer ou fuir avant d’être tué. Avec l’aide des milices hutues, de simples citoyens filtrent la po­pulation, pénètrent dans les demeures, poursui­vent les fuyards dans les collines. Hommes, femmes, enfants, dont la carte d’identité mentionne leur appartenance à l’ethnie tutsie, sont systéma­tique­ment abattus à coup de machettes et de gourdins. Les Hutus mo­dérés qui veulent s’interposer subissent le même sort. Celui qui tente de désobéir aux ordres de tuer est menacé de mort. Ce n’est plus une guerre civile, c’est un véritable génocide, certainement programmé et organisé de longue date ! »

- Comment avez-vous réagi, Victor, face à ces atrocités ?

- Devant les risques encourus et l’horreur que je découvrais de village en village, j’ai envisagé de rebrousser chemin, de rentrer au pays pour alerter l’opinion internationale. Ma rédaction m’a enjoint de poursuivre mes témoignages avec mes collègues reporters. Je priais, j’implorais bêtement Dieu de faire quelque chose, et je vous assure qu’à ce moment-là, j’ai douté de Lui comme jamais. Des centaines de cada­vres gisaient sur les chemins et flottaient sur les cours d’eau, gonflés comme des baudruches. Aucune assis­tance ne pouvait être portée aux blessés qui mouraient après d’horribles souffrances. J’ai découvert des charniers où les corps s’entassaient les uns sur les autres, comme des sacs poubelles dans une déchetterie. Les maisons, les cases des victimes brûlaient pareilles à des fétus de paille. Une armée de gueux fouillait les restes, à la recherche d’un maigre butin. Les yeux rouges de sang, ils violaient les femmes avant de les abattre comme du menu bétail. Ils s’enivraient de bière pour se donner le courage de tuer et de tuer encore. Entre un dis­que et l’autre, la Radio des Mille Collines, aux mains des Hutus, ex­hortait ses auditeurs à écraser les « cancrelats » comme de la vermine ! Un rescapé m’a raconté que des bandes de tueurs, ma­chette à la main, ont pénétré dans l’enceinte de l’église catholique de Nyarubuyé pour abattre les paroissiens qui s’y étaient réfugiés. Les prêtres qui s’interposaient ont été tués sans sommation. Parmi les assaillants, il a reconnu des fidèles qui, avant les événements, assistaient régulièrement aux offices religieux. Des amas de corps ensanglantés, de membres, de têtes, jonchaient la pelouse, à l’ombre de massifs floraux qui se confondaient avec le sang des victimes. Des femmes étaient mortes éventrées, leurs enfants sur les bras. Leurs visages, leurs yeux, ou ce qu’il en restait, étaient figés par la terreur qu’elles avaient vécue avant d’être abattues. Par­tout, c’était une vision d’apocalypse qui me faisait vomir toutes mes tripes. J’ai encore appris qu’un massacre similaire avait eu lieu à l’intérieur de l’église de Kibuye, lors de la messe du dimanche.

Le bon Docteur Schweitzer, qui avait observé ces effroyables évé­ne­ments depuis le Paradis, ajouta :

- Pendant la durée de cet enfer terrestre, l’opinion internationale est restée quasi muette, ne réagissant pas, malgré les multiples articles publiés dans la presse internationale par les nombreux confrères de Victor et par lui-même. Lors du génocide nazi, de la Shoah, des camps d’extermination, on a eu de bonnes ou de mauvaises raisons de dire que l’on ne savait pas… Comme au Cambodge avec Pol Pot. Mais au Rwanda, le monde entier sa­vait !

Kennedy ne s’expliquait pas pourquoi le Conseil de sécurité de l’ONU, par l’intermédiaire de son secrétaire général, un Africain de bonne souche, avait ordonné à la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda de battre en retraite, de retirer deux mille casques bleus, alors qu’il en au­rait fallu dix mille pour tenter d’empêcher cette tuerie.

Victor lui confirma que l’ONU était, certes, dépassée par les évé­ne­ments mais, n’ayant pu convaincre les bel­ligérants de conclure un cessez-le feu, elle s’était retirée sur la pointe des rangers. Ne restaient en place que les organisations humanitaires aux moyens dérisoires par rapport à l’ampleur des massacres qui s’étaient étendus à tout le pays.

- Que s‘est-il passé ensuite, demanda Kennedy, vivement choqué par son témoignage ?

- Lors de mon retour à Paris, vers la fin mai, pour prendre quel­ques jours de repos et essayer d’évacuer ce cauchemar avec force cal­mants, j’ai été informé par mon Journal que le Président de la République sou­haitait me voir. Je m’attendais aux pires reproches pour l’avoir égrati­gné dans mes articles sur le manque de réaction de la France lors du conflit rwandais. À ma grande sur­prise, Mitterrand se montra très ai­mable et parfaitement au courant de mon cursus journalistique depuis une bonne quinzaine d’années. Il me questionna longuement sur le gé­nocide que je venais de vivre sur le terrain. J’en ai pro­fité pour l’exhorter à agir avant qu’il ne soit irrémédiablement trop tard, avant qu’un peuple entier ne disparaisse de la planète. Il ne se livra guère, comme à son habitude, me laissant toutefois entendre que son état-major avait sous-estimé l’escalade du conflit et qu’il n’allait pas rester inactif…

- Victor, je dois vous confier un secret qui ne l’est que pour les Terriens, chuchota Jean XXIII. Votre président Mitterrand ne séjourne pas au Paradis. Il est en quarantaine, au Purgatoire, jusqu’à ce qu’il soit statué sur son sort. Des pans entiers de sa vie ne sont pas clairs et né­cessitent que nous les examinions en détail. Nous nous sommes éton­nés de sa conversion soudaine et de son enterrement religieux à Jarnac alors que nous l’avions toujours considéré comme mécréant. Que se passa-t-il ensuite ?

- À fin juin 1994, quand tout était consommé, ou presque, que l’on fit le compte de près de huit cent mille morts, pour la plupart des ci­vils, la France procédait à l’opération « Turquoise ». Un bien joli nom, turquoise, du nom de cette pierre fine d’un bleu tirant sur le vert comme les reflets du lac Kivu qui sépare le Rwanda du Congo. Un bien joli nom, turquoise, pour une opération, qui devait être « uniquement huma­nitaire ». L’armée française s’empressait d’arriver à la fin du repas des buveurs de sang, alors qu’il ne restait que des ossements à ronger sur les charniers. Un bien joli nom, turquoise, pour une action soi-di­sant humanitaire qui com­portait l’envoi d’une armada de soldats aguerris, dotés d’un arsenal de guerre : avions de chasse, hélicoptères de combats et batteries de mortiers lourds ! Un bien joli nom, tur­quoise, venu à l’esprit du Président François Mitterrand, soi-disant humaniste… qui avait déclaré à l’un de ses proches : « Dans ces pays-là, un génocide, c’est pas trop important ».[1] Ce jour-là, Tonton n’était plus Dieu, il était le Diable en personne ! Ce diable-là se prétendait spécia­liste de l’Afrique. N’avait-il pas été Ministre des Colonies durant la quatrième République et Ministre de l’Intérieur au début de la guerre d’Algérie. Puis, au cours de ses deux mandats présidentiels, il avait eu la haute main sur la cellule africaine de l’Elysée et faisait exécuter ses basses œuvres par son fils, Jean-Christophe Mitterrand, plus connu sous le sobri­quet de « Papa m’a dit ».

En retard d’un génocide… l’opération « Turquoise » aura eu tout de même l’occasion de sauver des vies, mais pas n’importe les­quelles ! Celles de milliers de génocidaires hutus qui étaient pourchas­sés à l’intérieur du pays par les re­belles du FPR, avides de venger les exactions commises sur la population tut­sie. Car en quelques semaines, le FPR était parvenu à contrôler les trois-quarts du pays, et ses combattants commettaient, à leur tour, des massacres de tueurs et d’innocents. Si tenace, quasi viscérale, étant la haine de part et d’autre, qu’elle se perpétuait depuis un demi-siècle au pays paradisiaque des mille collines.

De retour au Rwanda, j’étais aux premières lignes, lors de l’arrivée des Français et je continuai ainsi mes reportages :

« Le village de Kirambo abrite un camp de quelque trois cent mille réfu­giés hutus ayant fui l’avancée des rebelles du FPR. Une foule en liesse accueille, au son des tam-tams et des vivats, les hommes du commando français qui rallient le bourg pavoisé aux couleurs de la France et du Rwanda. Les militaires reçoivent des fleurs de la population et serrent des mains qui sont peut-être celles des assassins ! L’un des rôles de l’armée française consiste à créer des zones humanitaires sûres (ZHS) pour endiguer le flot de plus d’un million de réfugiés. Contre toute attente, au bout de trois semaines, Paris met fin à l’opération « Turquoise ». Cette mission, soi-disant huma­nitaire, s’en va, laissant sur place un pays exsangue, des habitants traumati­sés, en proie à des règlements de compte sanguinaires. La France s’en va comme elle l’avait fait au début du conflit, en avril, lors de l’assassinat de son protégé, le Président Habyarimana, non sans avoir exfiltré son épouse et ses sbires à Paris.

Certains observateurs ont estimé que le rôle de la France dans la planification secrète de ce génocide ne pouvait être nié. En effet, de­puis l’insurrection du FPR, en 1990, Paris avait soutenu, sans relâche, le régime du président hutu, lui livrant des ar­mes, entraînant son ar­mée et ses milices pour combattre la rébellion tutsie.

De nombreuses personnalités politiques et militaires françaises ont été mouillées dans ce génocide, dans l‘Enfer rwandais. Les verra-t-on compa­raître un jour par-devant le tribunal d‘Arusha, pour compli­cité ? Ou faut-il attendre le Jugement Dernier…? »

- Ce n’est pas à nous, Victor, de déterminer les responsables de ses horreurs et de sonder les cœurs. Seul détient la vérité le Juge Suprême. Merci de votre précieux témoignage qui clôt cette séance.

 



[1] Phrase rapportée par Patrick de Saint-Exupéry dans son livre :

L’inavouable, La France au Rwanda, Editions des Arènes, 2004

 

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04/02/2009

Chapitre 9 . www.paradis-ciel.info

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« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre 9

 

 

Le lendemain… mais il n’y avait pas de lendemain au Paradis, ni de jours, ni de nuits. Le Ciel ne tournait pas autour du soleil. Le vécu terrestre ayant la vie dure, même après la mort, il n’était pas évident que les « céles­tes » changent leurs habitudes terriennes du jour au len­demain.

À la séance suivante (division du temps en usage au Ciel), l’historien François Furet vint rafraîchir la mémoire des membres de la Commission. Il survola l’Ancien testament, commun aux trois religions monothéistes, puis il rappela que l’avènement du christianisme avait suscité un premier conflit idéologique avec le judaïsme, mais surtout avec le paganisme ambiant, celui de Rome en particulier.

Plus tard, les révélations de Mahomet, au septième siècle, ajoutèrent au trouble des esprits, les croyants ne sachant plus à quel Dieu se vouer, alors qu’en réalité, il n’y en avait qu’un Seul ! Il n’était pas facile pour eux de faire le tri entre des idéologies contradictoires qui s’affrontaient jusqu'à engendrer des massacres et des guerres.

Le conflit le plus sanguinaire entre la chrétienté et l’islam, les croisades, s’échelonna durant quatre siècles et fit des milliers de victimes de part et d’autre. Pour les musulmans, c’est de cette époque que datait la rupture avec le christianisme. Dans leur mémoire, la blessure ne s’était jamais cicatrisée et expliquait en partie l’appel au djihad d’aujourd’hui.

En outre, déplora-t-il, les schismes, les réformes successives et la formation de sectes, au sein même de chaque religion, compliquaient à l’excès la pratique de la foi. Et cette si­tuation se perpétuait et s’amplifiait. En un certain sens, elle pouvait être in­terprétée comme un signe de bonne santé métaphysique.

Furet ne ménagea pas la Commission en affirmant que les religions avaient été une entrave à l’émancipation naturelle de l’homme. Leurs dogmes et leurs règles n’avaient d’autre but que de maintenir les croyants dans un état de dépendance vis-à-vis de Dieu. Durant des siècles, l’homme n’avait guère eu le choix, sous peine d’être banni de la société. Cela perdurait dans la plupart des pays islamistes, ajouta-t-il.

Pour conclure, l’orateur se montra très critique à l’encontre des trois religions fondamenta­les du Livre, fustigeant le comportement parfois maléfique de leurs adeptes et de leurs guides, depuis l’origine du monothéisme.

Cette dernière assertion incita Jean XXIII à prendre la parole.

- Mes chers frères et sœurs, le moment est venu de vous faire part de la communication que notre Seigneur m’a chargé de vous transmet­tre :

« Depuis la Création, l’histoire humaine ne s’est pas déroulée, hélas, telle que je l’avais prévue. C’est ma faute, ma très grande faute, d’avoir offert à l’homme la possibilité de choisir entre le Bien et le Mal. Par cette mise à l’épreuve, j’accordais une liberté totale à l’être que j’avais créé. À tous les niveaux, des meneurs ont trahi ma confiance et continuent de le faire chaque jour. Toutes les tentatives de ramener ces brebis égarées au bercail se sont soldées par des échecs relatifs. La montée de l’intégrisme et l’accroissement des attentats qui en découlent me préoccupent fortement. Je n’arrive plus à faire le distinguo entre les revendications d’ordre social, politique et religieux. Tout s’entremêle de manière confuse et anarchique. Mes délégués sur Terre n’ont pas toujours été à la hauteur de leurs tâches. Ils se sont même parfois grave­ment four­voyés en soutenant des régimes qui répandaient la terreur et la ségrégation parmi les hommes. Ces potentats se sont arrogé le droit de vie et de mort sur leurs semblables et les tribunaux de certains pays, dits civilisés, continuent d’appliquer la peine capitale avec l’aval et la présence des prélats. Honnêtement, je dois vous avouer que les Instances célestes ont été dépassées par les événements. Cependant, des signes avant-coureurs m’indiquent que l’on s’achemine peu à peu vers un monde meilleur. Mais cela prendra du temps, beaucoup trop de temps, à mon avis. C’est la raison pour laquelle j’ai pris la décision de mettre sur pied la Com­mission du Fu­tur. »

Steve, ne pouvant cacher sa stupéfaction, en fit part à Victor :

- Tu te rends compte des propos de Dieu ! Lui, le Seigneur tout puis­sant, S’accuse d’avoir commis des fautes… Humblement, il recon­naît S’être fait berner par les hommes et par Ses ministres, et avoir été impuissant face à leurs dérives. Durant des siècles, les hommes ont cru en Son pouvoir divin et il faut que nous soyons ici pour apprendre qu’Il n’a que des moyens limités pour les aider. Et les terriens ne risquent pas de le sa­voir demain. C’est le Ciel à l’envers ! Il en a mis du temps pour dire la vé­rité. Ne serait-Il pas devenu sénile ? Entre nous, vous êtes compli­qués, vous, les catholiques. Il faut toujours qu’Il vous transmette Ses messa­ges, Ses instructions, par des intermédiaires. D’abord par le pape, les évêques, puis les curés. Chez nous, les protestants, on a simplifié le processus, comme à l’époque de Jésus, Il s’adresse directement à nous.

- Ta remarque est pertinente, Steve. Moi aussi, je suis troublé, ému par Ses aveux. Dieu se modernise. Il prend le train en mar­che. Qui sait ? La prochaine fois, Il communiquera par Internet ! Alors, à toi de jouer, monsieur l’informaticien.

La séance se poursuivit par l’inventaire de l’état du monde. Un peu comme aux USA où, une fois l’an, le président dresse l’état de l’Union. En l’occurrence, il s’agissait plutôt de faire l’état de la dé­sunion… Un tra­vail de titan auquel s’attelèrent aussitôt les commissai­res. Il n’était pas évi­dent de faire le tri entre ce qui allait et ce qui n’allait pas. À les entendre, on aurait pu penser que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Que de susceptibilités ne fallut-il pas ménager pour trouver un terrain d’entente. L’éternel antagonisme Nord-Sud exacerbait les passions. On au­rait dit une conférence au sommet. Avec le risque qu’elle finisse en eau de boudin, car chacun défendait avec acharnement son pré carré.

Les progressistes s’accordaient à l’idée d’adapter les religions au mode de vie actuel, de faire preuve de plus tolérance, alors que d’autres, nostalgiques de l’époque féodale, voulaient conserver leur fief.

Albert Schweitzer se montra très virulent à l’encontre des catholi­ques et de Jean-Paul II en particulier :

- Votre pape s’entête à vouloir proscrire le préservatif. L’a-t-il seule­ment utilisé une fois dans sa vie, pour se permettre d’en parler ? À cause de lui, les petits-enfants des Africains que j’ai bien connus et soi­gnés à Lambaréné meurent comme des mouches. Les multinationales pharmaceuti­ques vendent leurs médicaments à des prix prohibitifs, inaccessibles à ceux qui en ont le plus besoin. L’humanité (mais peut-on encore l’appeler ainsi ?) se préoccupe davantage des animaux en voie de disparition que des humains. Si cela continue, des ethnies entières vont disparaître.

Le pasteur Martin Luther King approuva son collègue et ajouta :

- Depuis des siècles, le comportement des Arabes et surtout des Blancs à l’égard des Noirs n’a fondamentalement pas changé. Après la traite de nos peuples, ce furent l’esclavage, la colonisation, l’apartheid et maintenant, on les laisse mourir du sida. Avec l’approbation des églises et celle de Rome, pour ne pas la nom­mer.

Un catholique d’extrême droite, qui ne pouvait guère répondre à ces propos accusateurs, trouva la parade en dénonçant l’intégrisme mu­sulman.

Cela provoqua un tel tohu-bohu parmi l’assemblée que la prési­dente en exercice, Mère Teresa, dut ramener les intervenants à plus de séré­nité : « Du calme, s’il vous plaît », s’exclama-t-elle, « n’oubliez pas que nous sommes au Paradis, bon Dieu ! »

Puis elle rappela aux assistants, l’une des dernières tentatives du Seigneur, au 19ème siècle, visant à établir l’égalité entre les hommes. Il incita le révolutionnaire allemand Karl Marx et le socialiste Friedrich Engels à éla­borer la théorie du communisme. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces deux hommes s’étaient libérés de leurs croyances religieuses, ce qui n’empêcha pas Dieu de les pressentir pour accomplir cette mission.

Bien qu’Il n’ait pas voulu, à l’origine, que la religion in­terfère avec le politique et le social, Il jugea urgente une intervention sur l’évolution de la société hu­maine et, notamment, sur la mise en com­mun des biens matériels. Sa déci­sion comporta une exception pour les pays islamiques dont la religion, depuis son avènement, faisait un tout avec la politique et le mode de vie.

« Contrairement à ce que l’on pense, le communisme ne date pas d’hier », ajouta-t-elle. « Les premiers signes d’une société égalitaire re­montent au Vème siècle avant notre ère, en Orient et en Grèce. Cependant, c’est au premier siècle après Jésus-Christ que le christianisme primitif prit un caractère in­contestablement communiste. Les premiers chré­tiens vivaient ensemble et leurs biens étaient mis en commun. Il n’est pas étonnant que notre Seigneur ait souhaité renouveler cette expé­rience qui, hélas, a été détournée de son but initial et s’est révélée ca­tastrophique. Lénine, Staline et leurs successeurs ont changé de camp, choisissant celui de Satan pour le malheur de leur peu­ple. »

Mais le dada de Mère Teresa était l’action caritative à laquelle elle consacra toute sa vie au cœur des bidonvilles de Calcutta. Elle ne pou­vait donc passer sous silence la première institution humanitaire digne de ce nom, la Croix-Rouge, qui avait vu le jour en 1863, à Genève, ville que l’on surnommait la Rome protes­tante. De retour de la bataille de Solferino, où les blessés se comptaient par milliers, le philanthrope genevois Henri Dunant créa la Croix-Rouge dont la mission consistait à venir en aide aux victimes de la guerre. Pourquoi un homme d’affaire helvétique aurait-il pris une telle décision, s’il n’avait pas été inspiré par Dieu ? questionna-t-elle. Cependant, la bienheureuse déplorait que les organisations humanitai­res soient le service après vente des conflits.

John Fitzgerald Kennedy demanda la parole :

- Au début de ma présidence, un homme d’une quarantaine d’années s’est trouvé soudainement à l’intérieur de mon bureau ovale, sans que mon secrétariat m’avertisse de son arrivée. Sans doute étais-je distrait ou plongé dans un dossier, mais je n’ai pas entendu la porte s’ouvrir, ni se refermer derrière lui. Au moment où j’allais l’éconduire et appeler le Service de sécurité de la Maison blanche, il mit son index sur ses lèvres, en signe de silence, et me tendit un document. Ma curiosité coutumière m’incita à le parcourir. Imaginez ma surprise lors­que je découvris que ce parchemin émanait du Paradis et que c’était une procuration accré­ditant cet être auprès de moi, en tant qu’ange émissaire. Celui-ci me pria de lui accorder immédiatement un entretien sur lequel je devais garder un secret absolu. Et il commença à m’informer de sa mission. De prime abord, j’ai pensé avoir affaire à un mythomane, mais il éma­nait de ce personnage énigmatique une telle faculté de persuasion qu’il m’a convaincu de l’écouter. C’était un ange ayant retrouvé momenta­nément la personnalité humaine pour rencontrer les « grands » de ce monde, groupe dans lequel je venais tout juste d’entrer. Dois-je vous dire que j’étais inter­loqué et qu’il m’a fallu un sacré sang-froid pour reprendre mes esprits ! Il m’expliqua que Dieu avait décidé de passer par-dessus les instances religieu­ses terrestres pour contacter « les déci­deurs », les conseiller et les guider dans leur politique. De fait, il me fit quantité de recommandations au sujet de mes fonctions. Durant ma courte présidence, nous nous sommes rencontrés plu­sieurs fois en aparté pour discuter des affaires de l’État. Nous étions presque devenus des amis, même s’il ne m’épargnait pas ses critiques, notamment quand je me suis laissé convaincre par la CIA d’envahir la baie des Cochons, à Cuba. Catholique pratiquant, je dois reconnaître que ma politi­que a toujours été influencée par mes idéaux chrétiens. J’éprouve tout de même une certaine rancœur à l’égard de cet ange qui ne m’a pas dé­tourné clairement d’aller à Dallas, le 22 novembre 1963. Il avait seu­lement fait naî­tre en moi un pressentiment, me laissant libre d’aller vers mon destin. Cette liberté, à mon avis, est le destin voulu par le Seigneur pour toutes ses ouail­les.

Jean XXIII acquiesça d’un signe de la tête et ajouta :

- Ce que vous dites est vrai, cher John. Je l’ai appris après mon ar­rivée ici. Les Instances célestes ont eu effectivement recours à l’envoi d’anges pléni­potentiaires peu après la dernière guerre mondiale. Avec un certain succès, puisque le troisième conflit n’a pas eu lieu, même s’il n’a pas été facile de convaincre les Russes. L’intervention des émissaires de Notre Seigneur n’est pas non plus étrangère à la création de l’ONU, à la dé­colonisation en Afrique et aux trai­tés de Rome, donnant naissance à la Communauté européenne.

Jean XXIII fit remarquer à l’assemblée que la cause des conflits actuels était essentiellement d’ordre ethnique, religieux et révolutionnaire et il ajouta :

- Notre bon pape Jean-Paul II a exhorté les nations à se donner un droit au devoir d’ingérence lorsque des chefs d’État sont incapables de maintenir l’ordre et la démocratie dans leurs pays. Bien souvent, d’ailleurs, ce sont ces mêmes potentats qui attisent les combats. Les succès médiati­ques de mon confrère Jean-Paul, une centaine de voyages sur tous les continents, ses messages de paix n’ont pas réussi à infléchir la folie meurtrière des hommes. Malgré toutes les exhortations pontificales, le bilan demeure catastrophique car il n’y a jamais eu autant de conflits et de génocides. Je souhaite illustrer mon propos par le témoignage de notre collègue Victor qui a vécu, en tant que journa­liste, un conflit sangui­naire qui aurait dû être évité si l’on était intervenu à temps.

 

 

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