alpilles13 ALPILLES13

15/03/2009

Chapitre 12/1 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre  12/1

 

 

Quelques heures après avoir, en quelques coups d’ailes, touché terre, les deux lascars roulaient à bord d’une Cadillac sur l’autoroute reliant Los Angeles à San Francisco. Ils avaient projeté de se rendre dans la ré­gion nou­velle de Silicon Valley, vouée corps, âmes et puces à la haute technologie.

Auparavant, ils n’avaient pas résisté à l’envie de visiter Los Angeles comme de simples touristes et de faire trempette dans le Pacifique. Ils éprouvaient un plaisir intense à renouer avec la vie ter­restre, à respirer à pleins poumons, à entendre à nouveau ces bruits familiers qui les étourdis­saient, à voir ces rues animées de mille terriens qui vaquaient à leurs affaires. Il leur fallut néanmoins réapprendre des gestes simples pour ne pas se faire remarquer par une attitude équi­voque et donner l’impression d’être at­teints de trisomie.

Le Paradis n’avait pas été pingre avec ses deux émissaires en les dotant de toutes les facultés mentales et physiques d’un humain. Ils s’en aperçurent d’ailleurs très vite sur la plage de Malibu lorsque leur sexe se mit en alerte à la vue de déesses plantureuses, alanguies sous des parasols multicolores ! Après quelques mois de vie as­cétique, ils renouèrent avec la bonne chère en s’empiffrant d’un énorme T-bone steak arrosé d’un merlot californien à faire pâlir de jalousie un premier cru de St-Emilion. Malgré les aléas de leurs vies passées ici-bas, Victor et Steve étaient d’avis que la Terre n’avait pas lésiné sur les moyens de convaincre les humains d’y demeurer le plus longtemps possible, notamment en Californie.

À peine le repas fini, le Paradis les informa que Lucifer était au courant de leur mission et qu’il avait envoyé une co­horte de démons à leurs basques aux fins de leur coller aux fesses et de les espionner. Dans leur dos, sans qu’ils s’en aperçoivent, des anges et des démons se livraient donc à un combat de l’ombre que n’aurait pas renié James Bond.

L’horloge céleste ayant sonné la fin de la récréation, les deux compères décidèrent de visiter les start-up de Silicon Valley et en parti­culier Netscape Corporation, le fabricant du premier logiciel de navigation sur Internet. Pour se mettre dans le bain, prendre connaissance des derniè­res découvertes, ils en­trèrent en contact avec une multitude de cerveaux en ébullition. Mais il n’était pas question, lors de cette première entre­vue, de les informer du but réel de leur visite. Steve maîtrisait suffi­samment le domaine informatique pour juger si le niveau actuel de la recherche lui permettrait de réaliser son pari fou.

L’installation et le branchement d’un serveur Internet sur terre repré­sentaient une simple réalisation technique alors qu’il s’avérait pratiquement impossible d’expédier et d’implanter ce matériel au Ciel. Pour des raisons appa­remment indépendantes de leur volonté, Fedex et DHL tar­daient, en effet, à établir une liaison avec le Ciel. L’unique solution consistait donc à caser le site sur le plancher des vaches, dans un en­droit sûr et secret, à l’abri de toutes curiosités. Le problème le plus complexe à résoudre résidait dans la program­mation du site par les élites du Paradis. Pour le rendre crédible, il était in­dispensable de l’alimenter en temps réel, au fur et à mesure des événements terrestres et des décisions célestes.

L’information étant le péché mignon de Victor (il l’avait, d’ailleurs, payé de sa vie), il proposa une solution relativement simple :

- Nous pourrions organiser une navette entre le Ciel et la Terre avec le concours d’estafettes, des anges formés aux techniques informa­tiques. Dieu ne va tout de même pas, à nouveau, déléguer ses pouvoirs à des représen­tants réactionnaires, qu’ils soient papes, ayatollahs ou rabbins. Comme ce Jean-Paul II qui, peu avant son décès, avait encore pété les plombs en pu­bliant un brûlot comparant l’avortement aux camps de concentration !

- Je trouve ton idée d’estafettes inutile, digne de l’épopée des croi­sades, mais indigne de notre époque. Les informaticiens ont déjà ré­alisé l’enregistrement des données sur ordinateur par le son de la voix et l’écriture manuscrite. Ceux que j’ai rencontrés aujourd’hui sont en passe de mettre au point la transmission des pensées… directement sur le disque dur de nos computers ! Ils collaborent étroitement avec les physiciens du CERN, mes anciens collègues. Au moyen d’un code d’accès confidentiel, j’imagine déjà Dieu et Ses acolytes diffusant leurs messages en « live » sur le serveur céleste. Pour plus de sécurité, et en cas de pannes toujours possibles, on pourrait, c’est vrai, doubler l’exploitation de cette innovation par ta pratique dé­suète.

- Tu vois qu’elle n’est pas si obsolète que ça, mon idée. Tout ce que l’on crée découle du vécu, de l’expérience passée. D’étape en étape, d’invention en invention, on en est arrivé aujourd’hui aux circuits in­tégrés, aux puces qui révolutionnent l’informatique et les hautes tech­nologies. Mais si une panne d’électricité survient, tu seras tout content de re­trouver un crayon et une feuille de papier quadrillé pour faire tes additions ou écrire tes mémoires ! Si les Mésopotamiens n’avaient pas utilisé des troncs d’arbres pour déplacer des blocs de pierre, ils n’auraient pas eu l’idée d’inventer la roue et nous ne serions pas en train de nous pavaner à bord de cette Cadillac.

Ayant fait leurs emplettes aux Supermarchés de haute technologie, Steve et Victor avaient décidé de quitter la Californie pour aller à Genève rencontrer les chercheurs du CERN, et examiner la possibilité d’installer le site en territoire helvétique. Ils avaient jeté leur dévolu sur la Suisse pour plusieurs raisons. D’abord, le pays du secret bancaire était poli­tiquement et religieusement neutre et offrait toutes les condi­tions de sécurité et de discrétion voulues. Ensuite, pour des questions de maintenance, le site devait être installé à proximité du CERN. Res­tait à trouver le site du site ! Victor avait une petite idée en tête et il en fit part à Steve :

- Avant la guerre de 39/45, l’armée suisse a construit des centai­nes de fortifications au cœur de ses montagnes afin de résister à une éventuelle inva­sion allemande. C’est en partie grâce à ces ouvrages de béton armé qu’Hitler a renoncé à conquérir ce petit pays. Ils ont creusé des cavernes dans les rochers et leurs accès se confondent avec la nature environ­nante. Au détour d’un sentier, tu crois découvrir un chalet de vacances, alors qu’en réalité, c’est un leurre qui cache un canon d’artillerie. On dit même que la totalité de l’armée helvéti­que pouvait se mettre à l’abri à l’intérieur de ces bunkers avec canons, chars et camions ! Des écuries étaient aussi aménagées pour accueillir les soldats du train et leurs ca­nassons. Ce système de défense étant suranné, le ministère des armées helvétiques a mis en vente ces constructions pour le franc symbo­lique. Aux nouveaux propriétaires d’en faire ce qu’ils veulent et de maintenir les installations techniques en état de marche, sauf la grosse Bertha et l’armement, bien entendu, qui ont dû passer à la casserole d’une fonderie teutonne. Mais ils peuvent, si cela leur chante, en faire une champi­gnonnière ou un bordel clandestin !

- Victor, tu as vraiment de ces trouvailles qui dépassent l’imagination. Il nous faut donc dénicher l’un de ces bunkers puis faire ap­pel aux Suisses, passés maîtres dans l’art du camouflage, pour dissimuler une antenne parabolique orientée vers le Ciel.

Leur tâche s’avéra autrement plus délicate lorsque les deux com­plices d’une aventure qu’ils avaient eux-mêmes engendrée atterrirent dans la cité de Calvin où Steve avait vécu plusieurs années. Il craignait de se trouver en pré­sence de personnes, d’amis qu’il avait connus de son vivant ou surtout de sa veuve qui, à sa connaissance, était toujours de ce monde. Ou bien il passerait pour un sosie pur sucre ou il provoquerait une syncope chez le quidam qui l’aurait reconnu. Afin d’éviter pareil incident et les foudres du Paradis, il s’affubla d’une barbe postiche et de grosses lunettes d’écaille.

Pendant que Steve revisitait sa ville en long et en large, notam­ment le quartier des Délices où il avait habité, deux siècles après Voltaire, Victor se rendit au CERN pour rencontrer l’équipe de cher­cheurs, à la place de son compagnon. Ils avaient décidé cette substitu­tion par mesure de précaution, du moins pour la première approche. Faisant état de sa fonction de journa­liste au mensuel Technologies du Futur et se référant aux chercheurs améri­cains, Victor vit s’ouvrir les portes du laboratoire comme sous l’effet d’un sé­same. Il glana toutes les informations qu’on voulut bien lui donner pour les transmettre ensuite à Steve.

 

(à suivre)

 

 

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