alpilles13 ALPILLES13

29/03/2009

EN DIRECT SUR MEDIAPART !

A découvrir sur Mediapart l’excellente analyse de ma collègue Marie-Anne KRAFT :

 

Bilan financier mondial et leçons de la crise

 

28 Mars 2009 Par Marie-Anne Kraft

23:39 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0)

24/03/2009

MEDIAPART, un autre journal

MEDIAPART, une bouffée d’oxygène pour la démocratie

 

mediapart+logo.jpgIl y a un an, le 16 mars 2008, naissait MEDIAPART, nouveau journal indépendant, fondé par Edwy Plenel, François Bonnet et Laurent Mauduit, anciens journalistes au Monde. Rejoignant le club des journaux citoyens du Web, où l’on retrouve AgoraVox, la Télélibre, Rue89, Backchich, … MEDIAPART a conquis de nombreux lecteurs par la qualité de ses analyses, par ses informations inédites, scoops relayés ensuite par les médias traditionnels, par la redécouverte d’un journalisme d’investigation et d’engagement politique de défense des valeurs de la démocratie, par sa vigilance démocratique, ainsi que par sa relation étroite et participative avec ses lecteurs. Il nous a donné une véritable bouffée d’oxygène dans ce monde médiatique pollué par la dépendance financière à l’égard des actionnaires ou des annonceurs en connivence avec le gouvernement.

MEDIAPART a fait le pari Internet, ne subissant ainsi pas les coûts d’édition et de distribution de la « vieille presse » papier, tout en bénéficiant des nouveaux outils multimédias disponibles sur Internet ainsi que de la participation interactive des lecteurs internautes sur leurs blogs, au sein d’éditions participatives sur des thèmes et par leurs commentaires à la fois critiques, enrichissants et constructifs, attestant aussi l’adhésion ou au contraire l’aversion des lecteurs aux faits relatés et aux analyses produites.

MEDIAPART a aussi fait le choix délibéré de l’actionnariat indépendant des groupes financiers, les journalistes fondateurs étant majoritaires et le reste de l’actionnariat étant composé d’actionnaires privés indépendants, de lecteurs soutenant le projet. Il a aussi opté pour  l’abonnement payant, même si le prix est très raisonnable (9 euros par mois, avec possibilité d’annuler l’abonnement librement sans frais). Ceci pour ne pas subir le joug des annonceurs.

Ce nouveau modèle est intéressant et peut se révéler précurseur face à une presse traditionnelle subissant une grave crise économique et démocratique, incapable de rentabiliser ses coûts face à des recettes en chute libre et à la baisse de son lectorat, suicidaire en fournissant gratuitement sur Internet ses contenus payants sous forme papier, assujettie aux pressions de ses actionnaires et de ses annonceurs.

Ce nouveau modèle paraît aussi novateur en tant que nouvel outil politique de vigilance démocratique citoyenne sur des thèmes transcendant les partis politiques, comme la défense des valeurs de la démocratie. Quelle que soit la couleur politique éventuelle des lecteurs ou leur neutralité politique, ceux qui se reconnaissent dans ces valeurs et sont animés de la volonté de les défendre se retrouvent au sein de ce journal. Il est vrai que MEDIAPART a la réputation d’être « de gauche » (de l’extrême gauche au centre d’opposition sans exclure des membres de la droite attachée aux valeurs républicaine), la réputation surtout d’être « anti-sarkozyste », du fait des critiques ouvertement faites par Edwy Plenel et d’autres de ses journalistes envers la façon dont Nicolas Sarkozy conduit la présidence du pays, que ce soit dans la manière dont il exerce le pouvoir comme dans ses prises de position qu’il impose maintenant au pays, sans contrepouvoir ou face à des contrepouvoirs annihilés, émasculés, impuissants. Mais ce n’est pas la personne de Nicolas Sarkozy qui est visée, ni même le parti qui l’a porté au pouvoir qu’est l’UMP, c’est bien les faits, les décisions prises lorsqu’elles contreviennent au respect de la démocratie et de la République, à l’intérêt général des citoyens, ou dans le comportement irrespectueux à l’égard de ces derniers ou de la loi que l’Etat est sensé garantir, qui motivent ces critiques.

Rappelons ainsi que la démocratie, idéal de gouvernance de la société par le peuple, exige pour fonctionner correctement :

1- un cadre institutionnel garantissant la représentation fidèle des citoyens, des courants d’opinion, la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs, judiciaires et aussi financiers et médiatiques, la liberté individuelle et le droit de vote,

2- un droit à l’éducation pour tous les citoyens afin de leur permettre d’exercer leur conscience et leur responsabilité, de savoir analyser l’information, de tirer des conséquences de l’histoire, de discerner le vrai du faux, les propositions crédibles des discours démagogiques,

3- un accès libre à l’information et la liberté de la presse, la garantie d’un pluralisme des courants d’opinion et de l’indépendance de la presse et des médias.

Aujourd’hui ces trois piliers sont mis à mal. La séparation des pouvoirs n’est pas respectée. La justice est mise au pas par le gouvernement, son indépendance est niée, le parquet est sous l’autorité de la Chancellerie, du Garde des Sceaux qui lui-même est membre du gouvernement. La connivence entre le pouvoir exécutif et les puissances financières, qui elles-mêmes détiennent en majorité le pouvoir médiatique, la soumission de l’audiovisuel public (40% d’audience) à l’autorité du chef de l’Etat, sont une entrave au fonctionnement démocratique. La soumission de fait de l’Assemblée Nationale au bon vouloir présidentiel par le fait majoritaire qui donne beaucoup plus de pouvoir, dans des proportions considérables, au parti du gouvernement comparé au score des votes au législatives, donc ne représentant pas les citoyens de façon équitable, fait partie de ces anomalies.

L’éducation remplit de moins en moins sa mission, toujours plus privée de moyens, bénéficiant de fait plus aux populations favorisées. Le décervelage organisé des citoyens au travers des émissions télévisées débilisantes, les jeux d’argent et le star system, utilisant les minutes ou les heures de cerveau disponible à anesthésier les citoyens plutôt qu’à éveiller leur conscience et leur responsabilité, la peopolisation de la vie politique, participent  à cette démobilisation, à cette déculturation, à la perte de confiance dans les politiques, le désintérêt croissant qu’ont les citoyens envers la chose publique et la presse écrite.

MEDIAPART, en défendant ces valeurs et en redonnant goût aux citoyens pour la presse, la lecture, la politique, est un véritable outil politique et démocratique, fait œuvre de salubrité publique, mais il est plus que ça. Il nous redonne de l’espoir, de l’oxygène, de l’enthousiasme.

Hier, en accueillant ses lecteurs dans ses locaux du XIIème arrondissement rue Brûlon, pour une série de débats thématiques passionnants, MEDIAPART nous a montré qu’il n’était pas virtuel, mais bien humain, ancré dans la réalité, concret et tourné vers l’avenir.

DECOUVRIR MEDIAPART:

http://www.mediapart.fr/

 

Et l'article sur Libération:

Samedi, 21 mars, la journaliste Frédérique Roussel et le photographe Jean-Michel Sicot de Libération ont rendu visite à Mediapart lors de la journée portes ouvertes organisée à l’occasion du premier anniversaire de la naissance de notre journal en ligne.

Pour tous ceux qui n’auraient pas lu le Libé de lundi 23 mars, je prends la liberté de publier, ci-dessous, le lien de l’article objectif et amical paru dans les colonnes du journal :

http://www.ecrans.fr/Sur-Mediapart-l-info-paye,6698.html

20/03/2009

Chapitre 12/2 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre  12/2

 

À son retour, il le retrouva en train de sangloter dans sa cham­bre de l’Hôtel de la Paix, un palace qui dominait la rade de Genève et son célèbre jet d’eau, narguant le ciel de toute sa hauteur.

- Que se passe-t-il, Steve ?

- Je n’ai pu résister à l’envie de me poster devant l’entrée de mon im­meuble de jadis. Et ce que je pressentais est arrivé. Mon épouse a parqué sa vieille Rover au bord du trottoir et j’ai failli me précipiter pour lui ouvrir la portière. Au dernier moment, je me suis ravisé et j’ai déambulé, comme le fantôme que je suis, jusqu’à l’hôtel. Tu ne peux pas savoir la souffrance que j’éprouve de l’avoir vue de si près, en chair et en os, et de n’avoir pas osé l’approcher et la serrer dans mes bras. Et lui dire : Margaret, je suis là, je suis revenu, je ne te quitterai plus !

- Mon vieux, j’ai vécu cette même frustration, lors de mes venues inco­gnito sur terre. À la différence que j’étais immatériel, que j’étais invisible, qu’il m’était impossible d’aborder, de toucher ceux que j’aime ; je pouvais seulement les voir et les entendre. Depuis notre arrivée, je me suis demandé si le Paradis ne se livre pas sur nous à une expérience, comme sur des cobayes, afin de tester notre résistance à la tentation, en prévision de la réaction des individus lors de la Résurrection promise. En plus des démons, je te parie qu’une kyrielle d’anges gardiens nous entoure, épie le moindre de nos comportements et rap­porte immédiatement en Haut lieu nos faits et gestes. Nous avons été réincarnés en nous-mêmes pour la durée de notre mission et, au premier faux pas, ils mettront fin à notre entreprise, quel que soit l’avancement de nos travaux.

- Je souhaiterais, Victor, que tu ailles prendre des nouvelles de ma femme, en te faisant passer pour une ancienne connaissance, revenue de l’étranger et ignorant que je ne suis plus de ce monde.

- Ce n’est pas tout à fait exact, Steve. Du moins pour l’instant ! Ne crois-tu pas qu’on joue avec le feu ? Si cela peut te réconforter, je veux bien prendre rendez-vous avec ta Margaret. Et si nous étions à Paris, je serais tenté de te demander le même service auprès de Clotilde. Mais dans l’immédiat, je te propose un bon resto pour nous changer les idées.

Ils se rendirent au Restaurant de l’Hôtel de Ville, situé dans la partie ancienne de la cité calviniste, à proximité de la cathédrale Saint-Pierre qui avait la particularité, depuis la Réforme, d’avoir été subtilisée aux catholi­ques pour être affectée au culte protestant. Tous les édiles et les artistes de la République fréquentaient le restaurant du Père Glozu, un tavernier débon­naire, un émule du célèbre clown Grock, qui avait plus d’un tour dans sa boîte à malices.

Ils dégustèrent le plat typique des Genevois : la longeole et son gratin de cardons, arrosés d’un Pinot noir AOC de Russin. Sous sa fausse barbe, Steve se délectait de revoir quelques-uns des personnages qu’il avait connus, pendant que Victor conversait, à la table d’hôtes, avec un confrère journaliste, Charly Matty.

Comme de simples touristes, ils passèrent la nuit à l’hôtel et le lende­main, ils embarquèrent au quai Wilson à bord d’un bateau à aubes de la Compa­gnie Générale de Navigation sur le lac Léman. La traversée du lac, d’une ex­trémité à l’autre, leur donnait le temps de faire le point sur le résultat de leurs in­vestigations, en toute quiétude. Globalement, il n’y avait pas d’obstacles technologiques majeurs à la réalisation de leur projet. Quelques mois suffi­raient à mettre en activité : www.paradis-ciel.info Quelques mois où ils fe­raient la navette entre le Ciel et la Terre.

Le but de leur voyage nautique, la recherche du fortin, avait déterminé cet itinéraire : ral­lier l’embouchure du Rhône, située à l’autre bout du lac, puis remon­ter le long d’une vallée encaissée entre des montagnes proches du Col du Grand Saint-Bernard. Le journaliste Charly avait informé Victor de l’existence de plusieurs fortifications dans cette vallée mythique qui rejoint le Val d’Aoste, en Italie. Forts de ces indications, ils se mirent en quête du gardien de ces bunkers désaffectés, Jean-Pierre Dorsière, un montagnard vigou­reux, un solide gaillard jovial et tout en rondeur. Peut-être un descen­dant d’un grognard de Napoléon qui avait troussé une fille du pays lors de sa retraite de Russie ?

Dans ce pays du Valais où le petit vin blanc coulait à flots comme le Rhône bouillonnant, les deux aventu­riers durent honorer leur hôte en éclusant une bouteille de « Fendant ». Puis, à bord d’une ancienne Jeep mili­taire, ils engagèrent un véritable parcours du combattant sur des che­mins caillouteux et vertigineux, à la limite de l’adhérence. Les tripes au fond des talons, ils finirent par dénicher le site idéal du site… un nid d’aigle percé à flanc de rocher.

Toutes galeries confondues, ce fortin devait bien cumuler les dimensions de deux à trois terrains de foot­ball. Selon Jean-Pierre, qui s’occupait également de l’entretien technique, les ins­tallations étaient en parfait état de fonctionnement. Tout était « propre en ordre », comme disent les soldats helvétiques en présentant leur pa­que­tage. L’armée suisse avait tout de même pris soin de retirer ses ca­nons d’artillerie avant de brader ses souterrains à l’encan ! Il leur pro­posa, s’ils le désiraient, de passer la nuit dans les chambres réser­vées aux gradés dont le confort, à part la vue, rivalisait avec celui d’une pension de famille. Au mess des officiers, le rude montagnard débou­cha une fine bouteille de « Malvoisie » pour sceller leur amitié naissante et leur promit de les régaler d’une raclette lors de leur pro­chaine visite.

Avant de reprendre le chemin du Paradis, Victor avait encore une mis­sion à accomplir, la plus délicate de son périple terrestre, le rendez-vous avec la veuve de son ami.

Quand la porte s’ouvrit, au quatrième étage de l’immeuble cossu, na­guère habité par Steve, une dame coquette et sans âge le salua avec un léger accent british. Elle fit entrer avec empressement cette soi-disant an­cienne connaissance de son époux et le pria de prendre place sur un ca­napé Chesterfield marbré par l’usage. Il n’avait pas encore pipé mot qu’il savait déjà tout de la vie et des circonstances de la mort de Steve. Devant une théière qui se refroidissait, Margaret ne tarissait pas d’éloges à l’égard de ce mari idéal, irremplaçable, un vrai gentleman comme on n’en fait plus, qui avait commis une seule erreur dans sa vie, celle de mourir trop tôt ! Elle n’en finissait pas d’ouvrir ses albums de photos soigneusement rangés à l’intérieur d’une vitrine de style chippendale plaquée de bois précieux. Plus d’un demi-siècle de prises de vues émouvantes s’étalait sous leurs yeux, de la naissance à la mort de Steve, dont la dernière, couvrant toute une page, le représentait, telle une momie embaumée, dans son cercueil d’acajou. Désormais, Margaret vouait un culte du souvenir à son dieu, qui la re­gardait de là-haut, près des étoiles. Victor dut faire preuve d’une pa­tience infinie avant de pou­voir prendre congé en lui promettant qu’il reviendrait.

Cette entrevue hors du commun l’avait tourne­boulé, à la pensée que, d’un instant à l’autre, les vieux tourtereaux au­raient pu se re­trouver face à face. L’éventualité d’une rencontre lui avait d’ailleurs traversé l’esprit pendant que Margaret faisait le panégy­rique de son époux. Il s’était demandé comment il pourrait bien la pré­parer à ce coup de théâtre, sans qu’elle tombe en pâmoison ou sombre dans la folie. Mais il se rappela l’interdiction des autorités célestes et les efforts qu’il avait faits pour convaincre Steve de ne pas commettre l’irréparable… sous peine de sanctions disciplinaires à leur retour.

En le rejoignant à l‘Académie, un bistrot du quartier où Steve avait, jadis, ses habitudes, il lui remit l’enregistreur qu’il avait eu la présence d’esprit de mettre en marche discrètement. Les propos de Margaret ne pou­vaient que flatter l’ego de son collègue et le rassurer quant au sort de sa veuve.

- Steve, depuis que nous sommes à nouveau sur terre, je me de­mande si la réalisation du site Internet www.paradis-ciel.infoper­mettra de changer radicalement le comportement des hommes. La communication directe entre le Ciel et la Terre sera certainement amé­liorée, notamment pour les croyants, mais je doute qu’elle puisse in­fluencer les irréductibles, ceux qui choisissent le Mal plutôt que le Bien. Et en ce moment, on assiste à une es­calade de la terreur, les mé­dias s’en faisant l’écho à longueur de journée. Soyons réalistes, et ad­mettons le constat de faillite des trois religions mono­théistes. C’est l’homme qu’il faut changer, de manière drastique, et arrêtons le bla-bla-bla ! Les confidences des chercheurs de Silicon Valley ont mis mes méninges en ébullition et je crois entrevoir une solution-miracle.

- Victor, tu y vas un peu fort. Ma parole, le Paradis t’est monté à la tête ! Arrête de fantasmer. Pour l’instant, menons à terme ce que nous avons entrepris, ce n’est pas le boulot qui manque.

En matière de fantasme, Victor n’avait pas résisté au désir de faire signe à sa compagne, avant de s’en retourner au Ciel…

 

 

Clotilde, mon amie,

Ne cherche pas à savoir par quel moyen ce mail va te parvenir… Considère que c’est un miracle ! Depuis que je suis ici, le Paradis est en ef­fervescence. Dans les mois à venir, les vivants seront peut-être informés des initiatives prises pour rendre le monde meilleur. Crois-moi, ce n’est pas ma préoccupation ma­jeure. C’est à toi et à ton devenir que je pense tous les jours que Dieu fait. Quelques bribes de ta vie me sont parvenues dans des circonstances diffici­les à t’expliquer. Au risque de te troubler, je peux te dire que les âmes ont parfois la possibilité de faire des incursions incognito sur terre. Mais sache que je ne suis pas ton ange gar­dien ! J’aurais refusé si cette éventualité s’était présentée. Vivre dans ton sillage, tout à côté de toi, témoin de ta vie qui n’est plus la nôtre… sans pouvoir te parler, de toucher, t’embrasser, qui plus est, sans que tu t’en aperçoi­ves, serait un calvaire insupportable.

Depuis ici, je t’imagine dans ta boutique, une fleur, parmi les fleurs. Pour ne pas raviver tes souvenirs, j’ai hésité à t’adresser ce courrier. Je le fais car mon souhait le plus cher est que tu prennes soin de toi, que l’on prenne soin de toi. Les paroles d’une chanson de Léo Ferré me reviennent à l’esprit : « Avec le temps, il faut ou­blier… » Et par amour, je te demande de m’oublier, d’enfouir tes souve­nirs pour continuer à vivre sans moi.

Ton vieux Victor

21:29 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

15/03/2009

Chapitre 12/1 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre  12/1

 

 

Quelques heures après avoir, en quelques coups d’ailes, touché terre, les deux lascars roulaient à bord d’une Cadillac sur l’autoroute reliant Los Angeles à San Francisco. Ils avaient projeté de se rendre dans la ré­gion nou­velle de Silicon Valley, vouée corps, âmes et puces à la haute technologie.

Auparavant, ils n’avaient pas résisté à l’envie de visiter Los Angeles comme de simples touristes et de faire trempette dans le Pacifique. Ils éprouvaient un plaisir intense à renouer avec la vie ter­restre, à respirer à pleins poumons, à entendre à nouveau ces bruits familiers qui les étourdis­saient, à voir ces rues animées de mille terriens qui vaquaient à leurs affaires. Il leur fallut néanmoins réapprendre des gestes simples pour ne pas se faire remarquer par une attitude équi­voque et donner l’impression d’être at­teints de trisomie.

Le Paradis n’avait pas été pingre avec ses deux émissaires en les dotant de toutes les facultés mentales et physiques d’un humain. Ils s’en aperçurent d’ailleurs très vite sur la plage de Malibu lorsque leur sexe se mit en alerte à la vue de déesses plantureuses, alanguies sous des parasols multicolores ! Après quelques mois de vie as­cétique, ils renouèrent avec la bonne chère en s’empiffrant d’un énorme T-bone steak arrosé d’un merlot californien à faire pâlir de jalousie un premier cru de St-Emilion. Malgré les aléas de leurs vies passées ici-bas, Victor et Steve étaient d’avis que la Terre n’avait pas lésiné sur les moyens de convaincre les humains d’y demeurer le plus longtemps possible, notamment en Californie.

À peine le repas fini, le Paradis les informa que Lucifer était au courant de leur mission et qu’il avait envoyé une co­horte de démons à leurs basques aux fins de leur coller aux fesses et de les espionner. Dans leur dos, sans qu’ils s’en aperçoivent, des anges et des démons se livraient donc à un combat de l’ombre que n’aurait pas renié James Bond.

L’horloge céleste ayant sonné la fin de la récréation, les deux compères décidèrent de visiter les start-up de Silicon Valley et en parti­culier Netscape Corporation, le fabricant du premier logiciel de navigation sur Internet. Pour se mettre dans le bain, prendre connaissance des derniè­res découvertes, ils en­trèrent en contact avec une multitude de cerveaux en ébullition. Mais il n’était pas question, lors de cette première entre­vue, de les informer du but réel de leur visite. Steve maîtrisait suffi­samment le domaine informatique pour juger si le niveau actuel de la recherche lui permettrait de réaliser son pari fou.

L’installation et le branchement d’un serveur Internet sur terre repré­sentaient une simple réalisation technique alors qu’il s’avérait pratiquement impossible d’expédier et d’implanter ce matériel au Ciel. Pour des raisons appa­remment indépendantes de leur volonté, Fedex et DHL tar­daient, en effet, à établir une liaison avec le Ciel. L’unique solution consistait donc à caser le site sur le plancher des vaches, dans un en­droit sûr et secret, à l’abri de toutes curiosités. Le problème le plus complexe à résoudre résidait dans la program­mation du site par les élites du Paradis. Pour le rendre crédible, il était in­dispensable de l’alimenter en temps réel, au fur et à mesure des événements terrestres et des décisions célestes.

L’information étant le péché mignon de Victor (il l’avait, d’ailleurs, payé de sa vie), il proposa une solution relativement simple :

- Nous pourrions organiser une navette entre le Ciel et la Terre avec le concours d’estafettes, des anges formés aux techniques informa­tiques. Dieu ne va tout de même pas, à nouveau, déléguer ses pouvoirs à des représen­tants réactionnaires, qu’ils soient papes, ayatollahs ou rabbins. Comme ce Jean-Paul II qui, peu avant son décès, avait encore pété les plombs en pu­bliant un brûlot comparant l’avortement aux camps de concentration !

- Je trouve ton idée d’estafettes inutile, digne de l’épopée des croi­sades, mais indigne de notre époque. Les informaticiens ont déjà ré­alisé l’enregistrement des données sur ordinateur par le son de la voix et l’écriture manuscrite. Ceux que j’ai rencontrés aujourd’hui sont en passe de mettre au point la transmission des pensées… directement sur le disque dur de nos computers ! Ils collaborent étroitement avec les physiciens du CERN, mes anciens collègues. Au moyen d’un code d’accès confidentiel, j’imagine déjà Dieu et Ses acolytes diffusant leurs messages en « live » sur le serveur céleste. Pour plus de sécurité, et en cas de pannes toujours possibles, on pourrait, c’est vrai, doubler l’exploitation de cette innovation par ta pratique dé­suète.

- Tu vois qu’elle n’est pas si obsolète que ça, mon idée. Tout ce que l’on crée découle du vécu, de l’expérience passée. D’étape en étape, d’invention en invention, on en est arrivé aujourd’hui aux circuits in­tégrés, aux puces qui révolutionnent l’informatique et les hautes tech­nologies. Mais si une panne d’électricité survient, tu seras tout content de re­trouver un crayon et une feuille de papier quadrillé pour faire tes additions ou écrire tes mémoires ! Si les Mésopotamiens n’avaient pas utilisé des troncs d’arbres pour déplacer des blocs de pierre, ils n’auraient pas eu l’idée d’inventer la roue et nous ne serions pas en train de nous pavaner à bord de cette Cadillac.

Ayant fait leurs emplettes aux Supermarchés de haute technologie, Steve et Victor avaient décidé de quitter la Californie pour aller à Genève rencontrer les chercheurs du CERN, et examiner la possibilité d’installer le site en territoire helvétique. Ils avaient jeté leur dévolu sur la Suisse pour plusieurs raisons. D’abord, le pays du secret bancaire était poli­tiquement et religieusement neutre et offrait toutes les condi­tions de sécurité et de discrétion voulues. Ensuite, pour des questions de maintenance, le site devait être installé à proximité du CERN. Res­tait à trouver le site du site ! Victor avait une petite idée en tête et il en fit part à Steve :

- Avant la guerre de 39/45, l’armée suisse a construit des centai­nes de fortifications au cœur de ses montagnes afin de résister à une éventuelle inva­sion allemande. C’est en partie grâce à ces ouvrages de béton armé qu’Hitler a renoncé à conquérir ce petit pays. Ils ont creusé des cavernes dans les rochers et leurs accès se confondent avec la nature environ­nante. Au détour d’un sentier, tu crois découvrir un chalet de vacances, alors qu’en réalité, c’est un leurre qui cache un canon d’artillerie. On dit même que la totalité de l’armée helvéti­que pouvait se mettre à l’abri à l’intérieur de ces bunkers avec canons, chars et camions ! Des écuries étaient aussi aménagées pour accueillir les soldats du train et leurs ca­nassons. Ce système de défense étant suranné, le ministère des armées helvétiques a mis en vente ces constructions pour le franc symbo­lique. Aux nouveaux propriétaires d’en faire ce qu’ils veulent et de maintenir les installations techniques en état de marche, sauf la grosse Bertha et l’armement, bien entendu, qui ont dû passer à la casserole d’une fonderie teutonne. Mais ils peuvent, si cela leur chante, en faire une champi­gnonnière ou un bordel clandestin !

- Victor, tu as vraiment de ces trouvailles qui dépassent l’imagination. Il nous faut donc dénicher l’un de ces bunkers puis faire ap­pel aux Suisses, passés maîtres dans l’art du camouflage, pour dissimuler une antenne parabolique orientée vers le Ciel.

Leur tâche s’avéra autrement plus délicate lorsque les deux com­plices d’une aventure qu’ils avaient eux-mêmes engendrée atterrirent dans la cité de Calvin où Steve avait vécu plusieurs années. Il craignait de se trouver en pré­sence de personnes, d’amis qu’il avait connus de son vivant ou surtout de sa veuve qui, à sa connaissance, était toujours de ce monde. Ou bien il passerait pour un sosie pur sucre ou il provoquerait une syncope chez le quidam qui l’aurait reconnu. Afin d’éviter pareil incident et les foudres du Paradis, il s’affubla d’une barbe postiche et de grosses lunettes d’écaille.

Pendant que Steve revisitait sa ville en long et en large, notam­ment le quartier des Délices où il avait habité, deux siècles après Voltaire, Victor se rendit au CERN pour rencontrer l’équipe de cher­cheurs, à la place de son compagnon. Ils avaient décidé cette substitu­tion par mesure de précaution, du moins pour la première approche. Faisant état de sa fonction de journa­liste au mensuel Technologies du Futur et se référant aux chercheurs améri­cains, Victor vit s’ouvrir les portes du laboratoire comme sous l’effet d’un sé­same. Il glana toutes les informations qu’on voulut bien lui donner pour les transmettre ensuite à Steve.

 

(à suivre)

 

 

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