alpilles13 ALPILLES13

24/04/2009

Chapitre 14 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

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« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre 14

Après cette diversion rocambolesque, il était temps que la Commis­sion reprenne ses travaux en toute sérénité. La présence de Jésus avait ap­porté un souffle nouveau à cette assemblée qui, aupara­vant, se perdait en de vaines discussions, se complaisait dans le train-train quotidien.

Malgré son extravagance, la proposition de Dumont avait suscité un grand intérêt auprès de ceux qui se préoccupaient de la conjoncture actuelle et du devenir de l’espèce humaine. La réduction draconienne de la population améliorerait in­discutablement l’existence de l’homme, au détriment des multinatio­nales et du capita­lisme à tout va ! Avec comme corollaire, une répar­tition équitable et rapide des res­sources et des biens. Car de ce côté-là, la situation était depuis longtemps catastrophique et ne faisait qu’empirer. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, le sociologue genevois Jean Ziegler, tirait la sonnette d’alarme en faisant état, de près d’un milliard de terriens sous-alimentés. Cent mille personnes mourraient chaque jour de faim ! Pour mettre fin à ces crimes chroniques contre l’humanité, il était indispensable de changer les mentalités, ce qui n’était pas à la portée du premier utopiste venu ! Au cours des siècles, l’histoire dé­montrait que ni l’encadrement religieux, ni les lois civiles, ni les mena­ces et les punitions n’avaient été capables de dompter le comportement égoïste et diabolique des hommes, de leurs dirigeants, des rois et des chefs d’Etats cupides et avides de pouvoir. Il fallait impérativement trouver autre chose pour ne pas répéter éternellement ces scénarios sinistres.

Einstein, invité par Dumont à présenter un projet, se récusa en quel­ques mots :

- A partir de la publication, en 1905, de ma théorie de la relativité, on n’a cessé de dire et d’écrire que j’avais changé la face du monde ! J’admets vo­lontiers avoir révolutionné la physique, par ma découverte de la nature de la lumière, de la constitution de la matière et mon in­troduction du concept de l’espace-temps. Malgré cet apport majeur à la science de l’Univers, j’estime n’avoir été d’aucune utilité sur la Terre. Mon engagement pour la paix, mes découvertes scientifiques et celles de mes collègues, n’ont nullement empê­ché les hommes de continuer à se faire la guerre. J’en suis même arrivé, à contrecœur, à convaincre le président Roosevelt de construire la bombe atomique afin de prendre les nazis de vitesse ! Avec les conséquences catas­trophiques que vous sa­vez : la destruction de Hiroshima et de Nagasaki. De­vait-on sacrifier des milliers de vies en signe d’avertissement pour éviter peut-être d’en massacrer des millions par la suite ? Ce dilemme continue de hanter mon esprit au-delà de ma mort. Mon collègue Victor, de retour de son périple à Silicon Valley et au CERN, m’a parlé des dernières réalisa­tions en matière de circuits intégrés de la taille d’un confetti. Des cher­cheurs de l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) et de l’Université de Genève viennent de maîtriser une nouvelle technologie per­mettant de multiplier par mille la capacité actuelle des puces de silicium. Le nombre d’informations qu’elles peuvent contenir est phénoménal et permet de concevoir des applications inimaginables. Si cette technologie avait existé à mon époque, peut-être aurais-je pu envisager de changer le monde. Je n’en dis pas plus et laisse à notre compagnon Victor le soin d’exposer son projet.

- Depuis l’introduction du microprocesseur à des fins médicales, sup­pléant à la défaillance de certains organes, j’ai pensé que son déve­loppement et sa miniaturisation rendraient possible, dans le futur, son action sur les fonctions cérébrales de l’homme. Le jour de ma rencontre avec les chercheurs californiens et genevois, j’ai compris que je n’étais pas le seul à cogiter sur cette idée utopique. Imaginez ma stupéfaction lorsqu’ils m’ont informé, confidentiellement, que leurs travaux dans ce domaine en étaient au stade expérimental ! Les essais effectués depuis plusieurs mois sur nos cousins, les chimpanzés, se sont avé­rés si probants que les futurologues ont engagé le pari fou de tester secrètement cette technologie sur des humains volontaires.

- Que diable, Victor, vous n’allez tout de même pas comparer les hommes à des singes sans âme ! s’exclama un intervenant.

- Je vous prie de bien vouloir me laisser terminer mon exposé et vous aurez tout le loisir ensuite de présenter vos critiques. Sans entrer dans les détails, on m’a appris que la technique consiste à greffer une puce réceptrice émettrice, derrière l’oreille, à fleur de peau. Elle est programmée pour enregistrer et transmettre à un puissant or­dinateur les informations collectées dans le cerveau de l’individu. Grosso modo, les pensées et les pulsions de l’homme sont rassemblées, triées et classées à l’aide d’un logiciel complexe dans la mé­moire d’un disque dur hyper puissant. Une machine techniquement aussi complexe que celle utilisée par la NASA pour catapulter les cosmonautes autour de la Terre. Cette pratique est en quelque sorte le prolongement du sérum de vérité. L’homme n’aura plus de secret pour ce que je nomme le grand ordon­nateur

- Victor, interrogea Jésus, ce grand ordonnateur auquel tu fais al­lusion ne serait-il pas Dieu, tout simplement ?

- On peut effectivement déceler en cet appareil sophistiqué une modeste similitude dans la mesure où il connaîtra tout des individus ; mais il n’en de­meurera pas moins une machine conçue par l’homme qui pourrait être au service du Tout-Puissant… Une manière de renvoyer l’ascenseur !

- Explique-toi, tu en dis trop ou pas assez, Victor.

- Je suis embarrassé car ce projet est à tel point révolutionnaire qu’il risque de froisser certaines susceptibilités dans cette assemblée. Puisque le sujet t’intéresse, Jésus, je ne vais pas y aller par quatre chemins. La plupart des croyants pensent que ton Père adoptif les suit et les écoute un par un, qu’Il a un pouvoir personnalisé sur chacun d’eux. En réalité, certains théolo­giens et toi-même, d’ailleurs, ad­mettez aujourd'hui que ce n’est pas le cas, et que ton Père ne perçoit et n’influence que globalement l’ensemble de Ses fi­dèles. Alors que la puis­sance du grand ordonnateur lui permettra de pénétrer l’esprit de l’homme jusqu’à son tréfonds, de connaître tout de lui de A à Z ! Toute proportion gardée, on peut comparer sa fonction au « copier coller » du PC domestique, à l’échelle du cerveau… Imagine la somme des informations recueillies sur le genre hu­main ! Dans une première phase, période transitoire, il ne fera que rassem­bler des renseignements qui serviront à établir une fiche signalétique anonyme pour chacun d’entre nous, une sorte de portrait-robot des bons et des mau­vais. Puis, dans une deuxième étape, le logiciel émettra automatiquement des directives destinées aux individus qui s’écarteraient du droit chemin. En résumé, le grand ordonnateur résorberait tous les maux dont sont victimes les terriens : l’égoïsme, la jalousie, l’exclusion, la violence, le racisme et j’en passe…

À découvrir l’intérêt que portait Jésus à son projet, Victor se dit qu’il n’y avait là rien d’étonnant. N’avait-il pas changé la face du monde, il y a deux mille ans, contrairement à Einstein, il y a cent ans ? Il n’avait, hélas, réussi que partiellement. Sa curiosité était peut-être le signe qu’il était prêt à renouveler l’opération, en l’améliorant.

- Qui programmera ce logiciel, une machine qui pourra ordonner le bien, mais aussi le mal, selon que l’opérateur sera inspiré par Dieu ou par Lucifer, interrogea-t-il.

- Il va sans dire que des précautions devront être prises pour ne pas laisser le grand ordonnateur à la portée du premier diablotin venu ! Non seu­lement, il sera doté d’un antivirus sophistiqué, mais sa concep­tion de base sera neutre et laïque, puis il s’autoprogrammera de lui-même par rapport aux milliards d’informations reçues, partant du principe que la majorité des humains sont du côté du Bien plutôt que du Mal. Dès sa mise en acti­vité, ni Dieu ni diable ne pourront exercer une quel­conque influence sur lui… J’exagère en vous disant cela car il sera toujours possible d’influer sur le logiciel dans des domaines bien précis, par exemple l’assistance au projet de Dumont. En revanche, toute ten­tative satanique sera immédiatement détec­tée et détruite par l’antivirus.

Les premiers tests effectués, à Silicon Valley, sur un échantillonnage d’un millier d’individus ont prouvé que le pourcen­tage des bien-pensants dépasse largement celui des mal-pensants, de l’ordre de sept contre trois ! Et pour tester ces résultats, les chercheurs ont effectué une expérience si­milaire dans le célèbre pénitencier d’Alcatraz, qui les a amenés à une conclusion inverse. Selon mes renseignements, les savants pro­cèdent actuellement à l’émission de directives sur leurs cobayes et les pre­miers résultats de leurs observations ne sauraient tarder.

Reste à résoudre la mise en place au plan moral, technique et pratique. Et nous n’avons pas le choix. Si nous ne collaborons pas étroitement avec les chercheurs terriens, ils seront tentés de mettre, tôt ou tard, leur propre « ordon­nateur » en acti­vité !

Un vent de panique soufflait dans l’assemblée, effarée par les pro­pos de Victor. Les participants étaient d’avis que si l’on laissait cette machine infer­nale suivre son cours sans intervenir, elle se substituerait peu à peu au pou­voir divin, rendant caduques les religions. Car à quoi servaient-elles, si elles n’avaient plus à orienter l’homme, lui inculquer un code de savoir-vivre et tenter avec plus ou moins de succès de le rendre meil­leur ?

- Comment comptes-tu mettre en œuvre ce projet, ques­tionna Jésus ?

- Einstein, Steve et moi avons pris langue avec Charles Darwin, le père de l’évolution biologique, qui a accepté avec enthousiasme de se joindre à notre entreprise. Celle-ci permettrait de donner un sacré coup de pouce à sa doctrine. Je sais que la Sainte Église n’apprécie pas ses thèses, ainsi que celles des scientifiques en général. Mais, depuis l’époque de ses découvertes, le monde a évolué, ce qui lui donne raison ! Feu Jean-Paul II a eu le courage de re­connaître, en 1996, que les théories de Darwin, pourtant traité d’hérétique pendant plus d’un siècle, étaient plus qu’une hypothèse ! A noter que ce propos n’engageait que le pape… Et nous ne saurions, ici, au Paradis, contester la doctrine créationniste, approuvée par la plupart des croyants qui considèrent, contre les acquis de la science, que l’origine et l’évolution de l’homme sont essentiellement d’essence divine. Les fondamentalistes américains ont d’ailleurs obtenu que cette thèse figure à nouveau dans les manuels scolaires.

L’assemblée fourmillait d’adeptes de la Genèse biblique qui manifestèrent leur désapprobation à l’idée d’associer Darwin à ces recherches. L’un deux, un évangéliste australien, intervint pour exposer sa thèse personnelle en ces termes :

« Suite à la création de l’Univers et de la planète terrienne, le Seigneur a conçu les végétaux, puis il donna naissance au règne animal d’où serait issue l’espèce humaine. Je suis en désaccord total avec cet amalgame, même si au plan purement physiologique on peut admettre une certaine similitude entre les deux espèces. L’homme est doté de l’intelligence, de l’esprit, de l’âme, contrairement aux animaux qui n’ont pas évolué ; ils demeurent sauvages à l’exception de ceux qui ont été domestiqués. Pour moi, l’homme fait partie du règne humain créé dans le Jardin d’Eden. C’est précisément ce qui lui a permis d’évoluer à travers les siècles pour être ce qu’il est aujourd’hui. »

Georges Orwell, auteur de l’allégorie « La Ferme des animaux », ne rata pas l’occasion de ridiculiser les propos de l’évangéliste borné !

« Dans cette fable à connotations sociopolitiques, j’ai imaginé que les animaux de la ferme prennent le pouvoir pour sortir de l’oppression où les maintiennent la cruauté et l’incapacité de leurs maîtres, les hommes. Mais en les imitant, ils deviennent à leur tour des despotes. Supposez, cher monsieur, que le Créateur ait créé le règne animal sans inclure celui de l’homme. D’abord, je n’aurais ni le loisir de vous rencontrer, ni celui de critiquer vos propos. Imaginons donc la Terre uniquement peuplée d’animaux de toute nature. S’ils étaient tous herbivores, ce serait le vrai Jardin d’Eden. Hélas, il se trouve que bon nombre d’entre eux sont carnivores et que pour survivre, ils exercent ce qu’on appelle la loi de la jungle. Cependant, lors de mes pérégrinations africaines, je n’ai jamais rencontré ni singe, ni gazelle, ni éléphant, ni fauve, la machette en bandoulière. Je vous laisse le soin de questionner le Créateur sur la raison d’avoir créer l’homme cruel, sans doute à son image. Noé n’aurait pas eu besoin d’embarquer un couple d’animaux de toutes les espèces dans son arche, pour les sauver du courroux du Seigneur envers les pécheurs que sont les hommes ! »

Manifestement, Jésus n’avait pas apprécié cette digression et il pria Victor de reprendre son propos.

- Darwin a connu Einstein ici, au Paradis, alors qu’il ne s’en est fallu que de quelques années, pour que les deux savants se ren­contrent de leur vivant, Charles étant mort quand Albert avait trois ans. Ses conseils ont été précieux et nous avons examiné avec lui plusieurs scénarii. Pour cer­tains, il nous faut l’aide de ton Père, pour d’autres, on peut se débrouiller avec les Terriens. Darwin est plus à même que moi de vous exposer la potentialité d’une nou­velle forme d’évolution.

- Mes chers amis, je n’ai pas eu la chance, au 19ème siècle, de connaître les nouvelles technologies et les possibilités inimaginables qu’elles peuvent offrir à la société du futur. Depuis que je séjourne ici, j’ai continué à me passionner pour ce qui se passe sur terre et à suivre de près l’évolution de mes semblables. La puce micros­copique peut être greffée sur les enfants à la naissance. Mais aussi, tout au long de son existence, n’importe quel quidam peut se faire implanter le microprocesseur organique. C’est une inter­vention bénigne, sans commune mesure avec la circoncision, par exem­ple, ou une greffe d’organe. Cependant, le problème consiste à convaincre le genre humain d’y avoir re­cours. Il n’est pas question de l’imposer, sauf éventuellement par décision de justice, sur des êtres malsains. La solution la plus rationnelle consisterait donc à créer une région ou une cité dans laquelle vivraient et se multiplie­raient les adeptes du grand ordonnateur. Cette cité expérimentale servi­rait de modèle au monde entier et ferait forcément tache d’huile grâce au concours des médias qui ne manqueraient pas de se faire l’écho de sa réussite. Dans quel endroit devrions-nous l’établir ? Victor, qui fourmille d’idées originales et futuristes, suggère que Dieu, votre père spirituel, crée le sep­tième continent ! En faisant ressurgir l’Atlantide d’entre les eaux, par exemple, ou bien en érigeant une île nouvelle, un continent tout entier qui émergerait dans le Pacifique… que l’on nommerait Pacifia !

- Vos propositions sont séduisantes, répondit Jésus, toutefois elles intensifieraient le désor­dre existant sur cette planète. Et je ne suis pas sûr de convaincre mon Père d’engendrer un nouveau continent. Vu son grand âge, en a-t-Il encore les moyens ? Pour faire aboutir votre projet, ce n’est pas une cité, mais des mil­liers qu’il faudrait essaimer à travers le monde. La ré­volution créée par votre puce doit être mise à la portée des hommes de toutes conditions. Et votre idée est déjà bien assez utopique pour ne pas la rendre plus utopique encore dans son application. Avez-vous songé à l’ampleur du tsunami que provo­querait l’éclosion d’un conti­nent entier en plein océan, alors que nous n’avons pas été capables de maîtriser celui d’Indonésie causé par un simple tremblement de terre ?

La bande des quatre - Darwin, Einstein, Steve et Victor - fut déçue de cette quasi-fin de non-recevoir. Ils s’imaginaient déjà l’impact médiatique, le jour où ce continent englouti dans l’antiquité, l’Atlantide, re­surgirait de l’océan au large des côtes ibéri­ques et marocaines. Depuis Platon, cette île avait fait rêver bien des hommes, savants, écrivains et char­latans. Elle avait valeur de symbole, représentant pour certains le berceau de la civilisation où les êtres hu­mains vivaient dans la paix et le bonheur. C’est de là qu’ils auraient, paraît-il, émigré vers d’autres continents. De fait, l’Atlantide donnait lieu à toutes les suppositions. Etait-ce le Jardin d‘Eden, un mythe sa­vam­ment édifié par Platon et les dieux grecs, ou tout simplement une île en­gloutie par le déluge ? Pourquoi ne pas saisir l’occasion de connaître enfin la vérité ?

Ce moment d’exaltation passé, force était de remettre, pour une fois, les pieds sur terre. Einstein, quant à lui, demeurait sceptique. Il attendait pour voir… et, si telle était la volonté du Seigneur, il ne ver­rait rien ! Car les dieux de l’antiquité avaient été les rois et les reines du peuple atlante, ce qui était un lourd handicap pour envisager d’utiliser cet ancien continent, fief du paganisme de l’époque.

Darwin déclara qu’en toute chose il fallait raison garder. Il se de­man­dait comment l’on pourrait faire vivre une communauté sur un territoire in­culte, sans infrastructure, à moins de repartir de zéro et de tout reconstruire. Ce qui prendrait un temps fou, au bas mot une à deux générations, et retarderait forcément l’évolution humaine induite par la puce. Dès son avènement, l’Atlantide serait aussitôt déclarée « patri­moine de l’humanité » par l’Unesco et cumulerait tous les interdits d’un tel classement. Sans compter les convoitises des États limitrophes et d’une ribambelle d’archéologues qui ne manqueraient pas de se mani­fester. Et ce serait du pareil au même pour Pacifia.

Steve, lui, plus pragmatique que Victor, abondait dans le sens de Jésus et de Darwin. On aban­donna donc l’idée de la création d’un nouveau continent. Il res­tait toutefois à trouver l’endroit pour aménager l’infrastructure nécessaire et expérimenter cette nouvelle technologie, suscepti­ble d’améliorer la condition humaine.

- Pour des raisons de commodité, la Suisse me paraît l’endroit idéal, dit-il. Le grand ordonnateur pourrait être implanté au cœur des Alpes, dans le fort pressenti pour abriter le site Internet. La maintenance se­rait ainsi assurée par la même équipe d’informaticiens. Albert ne me contredira pas si j’affirme que ce petit pays figure au Guinness book pour son nombre record de sa­vants au kilomètre carré !

Einstein confirma :

- J’estime la suggestion de Steve très raisonnable et surtout prati­que. Pour avoir vécu plusieurs années dans ce pays, et notamment dé­couvert là ce qui a été à l’origine de ma notoriété, je puis confirmer que la Suisse réunit les conditions les meilleures pour le démarrage de notre expérience. Aux critères qui ont déterminé le choix du site, j’ajouterai que la population suisse est composée de près d’un tiers d’immigrés de toute nationalité. Ce qui, du point de vue sociologique, permettra de tirer des enseignements utiles pour organiser l’implantation sur la Terre entière.

Victor ravala sa salive face aux arguments de ses condisciples. Son idéalisme à tout crin l’avait emporté vers des sommets inatteignables. A dé­faut d’un événement mondial sans précédent depuis des millénaires, il se ral­lia à l’avis de Darwin, se fiant à sa clairvoyance légendaire et il proposa que l’opération prenne le nom de Pacifia ; ce que l’assemblée approuva à l’unanimité par des hourras qui résonnèrent sous la voûte céleste.

Jésus mit fin à la séance de la Commission pour consulter en Haut Lieu. Il invita les membres à faire le point sur les divers sujets abordés afin de prendre une décision, quant à leur faisabilité, lors de la prochaine ré­union.

Darwin prit Victor à part pour le féliciter.

- Votre projet futuriste est ambitieux, il va accélérer le cours de l’histoire humaine au-delà de toute imagination. Depuis l’origine de l’homme, son évolution a été très lente puis, ces derniers siècles et le dernier notamment, elle a pris les jambes à son cou, comme pour rattraper le temps perdu. Cependant la civilisation actuelle n’en est qu’à ses premiers balbutiements et, malgré des couacs malheureux, elle progresse inéluctablement. Votre puce organique, Victor, va réaliser en une génération ce que l’évolution naturelle n’accomplirait peut-être pas en deux à trois siècles. Il vous faudra néanmoins compter avec de puissants contradicteurs, les créationnistes, ceux qui ont combattu mes théories durant plus de cent ans. Depuis que les découvertes paléontologiques ont confirmé la justesse de mes travaux, rendant caduque leur philosophie, ils ont trouvé la parade en inventant le dessein intelligent, une théorie qui affirme que Dieu a programmé et orchestré les lois de l’évolution. Selon leur concept, les êtres vivants sont si complexes qu’ils n’ont pu être créés que par une puissance surnaturelle, qu’ils ne sont pas le simple résultat d’un processus d’évolution.

- Honnêtement, Charles, je dois vous avouer que depuis le catéchisme de mon enfance, j’étais bêtement resté un « créationniste » sans le savoir !

- Rassurez-vous, mon ami, vous n’êtes pas une exception, plus des trois-quarts de l’humanité pensent comme vous, sans se poser de questions fondamentales.

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