alpilles13 ALPILLES13

10/05/2009

Chapitre 15 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

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« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

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Chapitre15

 

Eva retrouva Victor dans les dédales du Paradis et le pria de la sui­vre aus­sitôt car Saint Pierre souhaitait s’entretenir avec lui sur un sujet important. Quelle gaffe avait-il encore commise pour justifier une telle entrevue ? se de­manda-t-il. Il avait beau questionner sa copine, elle ne disait mot et son vi­sage restait de marbre, impénétrable comme une porte de coffre-fort. Cela tranchait radicalement avec son attitude d’ordinaire engageante. Elle était aux ordres, pensa-t-il, comme un bon petit soldat !

Saint Pierre l’accueillit avec déférence et lui parla franchement :

- Victor, je connais les raisons de votre venue prématurée en notre cher Paradis. Je suis au courant de votre rôle au sein de la Commission et du mandat qui vous a été confié. Je vous crois donc assez fort pour apprendre ce que j’ai à vous annoncer : votre assassin a été découvert et se trouve actuel­lement ici, en attendant qu’il soit statué sur son sort. Avant de me détermi­ner sur son devenir, je souhaite procéder à une confrontation en­tre vous et cet homme, di­sons plutôt l’auteur du délit. Quand il s’agit de guerres civiles, de révolu­tions, je dois vous avouer que nous sommes parfois indulgents à l’égard des belligérants. Êtes-vous d’accord avec ma proposition ?

- Permettez-moi de reprendre mon souffle, Bienheureux Saint-Pierre. Votre information est si abrupte qu’elle me bouleverse profondément. Sincèrement, je préférerais échapper à ce face à face. Cela me rappelle les prétoires où les victimes rencontrent leurs tortionnaires et revivent ces instants de terreur. Ce n’est pas mon cas, car je n’ai pas souffert, mais je ne vis plus ! Si tel est votre désir, ce n’est pas de gaieté de cœur que je vais affronter mon bour­reau. A moins que cela soit d’usage courant au Paradis, c’est cer­tainement une expérience unique qu’un mort soit mis en présence de son assas­sin. Je conviens que cela excite ma curiosité de journaliste. Honnêtement, je préfère être mort d’un coup plutôt que d’être retenu en otage comme certains de mes collègues le sont actuellement. Ma famille, mes amis savent au moins à quoi s’en tenir et ne souffrent pas le calvaire d’attendre durant des mois, voire des années, une hypothétique libération.

- Les aveux de votre meurtrier, corroborent les résultats de no­tre propre enquête sur les circonstances de votre décès. A la suite de vos arti­cles dénonciateurs, vous étiez devenu l’homme à abattre dans cette républi­que qui n’a de démocratique que le nom. Vous aviez découvert qu’elle est aux mains d’une clique de politiciens corrompus maintenue au pouvoir officieusement depuis des lustres par son ancien colonisateur. Pour faire face à la rébellion fomentée par ses opposants, ce potentat avait enrôlé de force toute une jeunesse dans une milice chargée de soutenir sa dictature, coûte que coûte. Bien mal­gré lui, votre meurtrier faisait partie de cette es­couade et a été désigné arbitrairement pour vous abattre, sous peine de mort s’il refusait. En réalité, ce n’était que partie remise puisqu’il est parmi nous au­jourd’hui !

A moins d’être masochiste, il était difficile à Victor d’éprouver de la sympathie pour ce grand gaillard timoré lorsqu’il fut mis en sa pré­sence. Il reconnut ce milicien pour l’avoir croisé, avec sa patrouille, dans les fau­bourgs de la capitale africaine ou aux abords du palais pré­sidentiel. Il apprit donc que ce n’était pas une balle perdue qui lui avait ôté la vie, mais que son meurtre avait été prémédité en haut lieu ! Et la mort de son tueur était di­rectement liée à la sienne. En effet, sous la pression des autorités françaises à la recherche de la vérité et, grâce à l’action des services secrets, on avait repéré les décideurs de l’opération et l’exécutant. Par crainte que le tueur ne révèle les faits et que le scandale n’éclate au grand jour, on l’avait tout simplement sup­primé.

Désormais, c’était à la justice divine de se prononcer sur son sort. Ap­pelé avec l’accusé devant le tribunal céleste, Victor, noblement, plaida avec brio pour que le condamné obtienne les circonstances atté­nuantes.

 

11:45 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

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