alpilles13 ALPILLES13

08/06/2009

Chapitre 17 . www.paradis-ciel.info

Publication par Internet du livre

www.paradis-ciel.info

« Un journaliste au Paradis »

Fred Oberson

 

Voir le résumé sur le site:

http://www.paradis-ciel.info

 

 

Chapitre 17

 

 

Durant leur absence, la Commission du Futur avait réuni une équipe de publicitaires pour la consulter sur les logos qui devaient figurer sur la page d’accueil du site Internet et celles des diverses religions. Après maints palabres, Marcel Bleustein-Blanchet, ce vieux roublard de la publicité, réussit à mettre tout le monde d’accord.

« Pour les internautes qui tape paradis-ciel.info dit-il, le Paradis doit se présenter d’une manière soft et neutre afin de ne choquer personne. Je propose un ciel d’azur parsemé de centaines d’étoiles scintillantes. Et surtout, pas l’ombre d’un nuage qui pourrait être interprété comme un signe annonciateur d’un quelconque malheur. Les fidèles seront subjugués par cette voie lactée et chercheront à découvrir en quel endroit céleste se situe le Royaume de Dieu. La mention « Bienvenue au Paradis », écrite en vermillon, tournoiera sur l’écran. A gauche, seront mentionnés les sites de vos diverses obédiences dans l’ordre chronologique où elles sont nées. Suivant mon conseil, les israélites ont opté pour une peinture de Chagall, « Moïse et le buisson ardent ». Les catholiques, qui, comme d’habitude, ne savent à quel saint se vouer, hésitent entre leur emblème fétiche, le crucifix, et la Cène de Léonard de Vinci. Pas de problème avec les musulmans qui font figurer la ville de la Mecque et la Kabba abritant la Pierre noire. Les orthodoxes ont choisi une icône d’Andreï Roublev, la Trinité, son œuvre maîtresse, qui représente trois anges à la table d’Abraham. Quant aux protestants rigoristes, ils n’ont pas trouvé d’autre idée que celle de reproduire le monument réunissant les trois réformateurs : Calvin, Farel et De Bèze, que l’on peut découvrir dans le Parc des Bastions, à Genève. Pour ce qui est du message, je laisse le soin aux théologiens de prendre le relais. »

Un scientologue revendiquait lui aussi la présence de sa secte sur le site. Tout en opposant une fin de non recevoir à sa demande, l’assemblée lui rit au nez en lui suggérant la photo de Tom Cruise ou celle du gourou américain, le révérend Ron Hubbard !

Pendant ce temps-là, des ingénieurs s’appliquaient à construire un puissant émetteur terrestre capable d’atteindre le Paradis et de reproduire le site sur un écran virtuel de la taille d’une cathédrale.

Mission fut à nouveau confiée à Steve, l’informaticien, de rejoindre le plancher des vaches afin de superviser la réalisation de son projet et de procéder aux premiers essais. Pour éviter d’être accusée une nouvelle fois de machisme, la Commission lui adjoignit une collaboratrice, mais pas n’importe laquelle… puisqu’il s’agissait de Marie-Madeleine, en personne, la compagne de Jésus ! Son rôle consistait à réunir les illustrations des pages d’accueil et à programmer les informations des théologiens célestes sur le serveur.

Quant à Victor, il était de piquet au Paradis pour maintenir le contact avec Steve. Il avait tout de même réussi à s’attacher les services d’Eva. Il éprouva toutefois un certain dépit quand il apprit que Marie-Madeleine et Steve se posaient à Paris, première étape de leur séjour. Le couple avait rendez-vous avec un conservateur du Louvre afin d’obtenir la copie de certains documents.

Steve, passé maître dans l’art du déguisement, avait suggéré à sa collaboratrice de se vêtir à la parisienne. Lorsqu’elle marchait devant lui sur les Champs, se faufilant entre les passants, il ne pouvait détacher son regard de ses jambes élancées qui ne finissaient pas de le ravir. Des bottes de cuir fauve enserraient un jeans qui moulait sa croupe, tenue qui la faisait ressembler à Jane Fonda, la Barbarella de Roger Vadim. Pas étonnant que Jésus ait eu un faible pour cette déesse. Marie-Madeleine s’arrêta net devant une boutique de pédicure. « Cela me rappelle un événement de ma vie ; que font-ils, Steve, demanda-t-elle ? Pardi ! ils soignent les pieds, ma chère amie, comme vous jadis. »

La nuit venue, à l’hôtel Concorde, le chasseur apporta un somptueux arrangement floral dans la chambre de la compagne de voyage de l’Irlandais. « Le monde n’a pas changé, pensa-t-elle, et moi non plus apparemment ; je suscite toujours l’admiration des hommes, entre autres de ce courtois anglophone dont le regard insistant me trouble. »

Le coup de folie de Steve n’avait pas pour seule raison la beauté de Marie-Madeleine. Il n’avait pas résisté à l’envie de rendre visite, dans le quartier du Marais, à Clotilde, la bouquetière. Il la trouva belle, mélancolique, résignée, et charmante lorsqu’elle plaisanta en lui disant que la destinataire avait de la chance de mériter pareil hommage. Tout le temps qu’elle mit à confectionner son bouquet, Steve hésita mille fois à lui parler de Victor. Il ne savait comment s’y prendre, d’autant qu’il ne pouvait quitter des yeux le portrait de son pote, placé en évidence dans la boutique. Soudain, une idée lui traversa l’esprit.

- Permettez une indiscrétion, Madame ; cette photo m’intrigue : est-ce un acteur, un homme politique, un être cher ?

- Vous l’avez dit, Monsieur, c’est un être cher, mon ami trop tôt disparu. Victor est là, près de moi, tous les jours que Dieu fait. Et j’espère bien le retrouver pour de vrai, quand je quitterai cette vie qui n’a plus de sens pour moi.

La nuit était déjà tombée quand Steve quitta la bouquetière, ému comme Victor devait l’être au moment de sa rencontre avec Margaret. Elle avait vidé son cœur à cet inconnu qui lui semblait digne de compréhension. Steve était heureux à la pensée de pouvoir rendre la pareille à son ami lors de son retour. Il éprouvait néanmoins une certaine honte de son hypocrisie et un sentiment de frustration d’avoir écouté cette femme, incognito, sans pouvoir se résoudre à lui dire la vérité.

Paris n’était déjà plus qu’un souvenir le jour où ils se livrèrent, en Suisse, aux premiers essais d’émission en circuit fermé. Il n’était pas facile de localiser le Paradis dans l’Univers céleste. A chaque tentative avortée, les scientifiques s’arrachaient les rares cheveux qui leur restaient sur leurs crânes de chercheurs. Dissimulé dans les mélèzes, Jean-Pierre, le gardien du fort, s’activait au réglage de la parabole. A la ixième tentative, il cria dans son porte-voix qu’il avait rencontré un écho, un bip-bip particulier. Consultant son écran de contrôle, le physicien Tournesoleil lui répondit qu’il se trouvait dans la fracture Valles Marineris de la planète Mars. Il n’était pourtant pas prévu que les Martiens reçoivent le message biblique et se convertissent au monothéisme. Encore que l’opportunité de conquérir de nouvelles parts de marché n’était, a priori, pas à exclure !

Lorsque enfin Victor, du ciel, se manifesta par le signe convenu, les personnes présentes poussèrent un ouf de soulagement et Jean-Pierre fit péter quelques bouchons de divines bouteilles de la célèbre vigneronne, Marie-Thérèse Chappaz. Steve et son équipe d’informaticiens n’étaient pas peu fiers de leur exploit. Marie-Madeleine s’était enfin détendue et étreignit le héros du jour.

La principale étape avait été franchie : atteindre le Paradis par l’Internet ! Le site tourna en vase clos durant quelques jours, le temps de fignoler les réglages et de mettre au point la phase la plus complexe : la transmission des messages de chaque intervenant céleste par la pensée… Inutile de dire que cette nouvelle technologie en était à ses premiers balbutiements et qu’elle enchaîna une série de couacs mémorables ! Victor veillait au grain avec son armada d’estafettes. En moins de deux heures, tous les médias de la planète furent informés par mail de l’existence de www.paradis-ciel.info Ce qui provoqua un raz de marée d’appels qui faillit faire sauter le serveur tout-puissant ! Grâce notamment à Marie-Madeleine qui n’avait pas lésiné sur les moyens pour faire figurer et discourir à l’écran les personnages les plus médiatiques du monothéisme. A l’exception de Dieu et de Mahomet, pour les raisons que l’on sait !

Le moment de surprise passé, cet événement hors du commun avait suscité une foule de questions et autant de réponses plus saugrenues les unes que les autres. Des analystes et des chroniqueurs avertis se perdaient en conjectures sur l’origine de ce qu’ils nommaient : « un phénomène céleste ». Certains allaient jusqu’à comparer cette prouesse technique et médiatique à la naissance, à la mort et à la résurrection du Christ ! Ils n’avaient pas tout à fait tort puisque, à leur insu, Jésus était l’un des protagonistes de cet exploit. Le Paradis n’avait que faire de cette polémique stérile. L’important pour lui, c’était l’audience extraordinaire que le site trouvait auprès des fidèles. Le mystère, comme tous ceux qui l’avaient précédé, demeurait bien gardé. Les émules de Sherlock Holmes et de Maigret avaient désormais du pain sur la planche pour tenter de percer cette énigme. Le lieutenant Colombo déclara forfait ! Un détail, apparemment anodin, n’avait pourtant pas échappé à la sagacité des limiers de l’information…

 

( à suivre)

11:19 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

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