alpilles13 ALPILLES13

05/10/2009

Une semaine à Genève

 

Nicolas Rossier alias Vincent, pilote de F/18
Nicolas Rossier alias Vincent, pilote de F/18

 

Lundi 21 septembre

Ma première activité du matin consiste à brancher mon ordinateur pour consulter les dernières nouvelles du monde sur le Net. La plupart des quotidiens ayant une édition numérique, je découvre ainsi quasiment en direct les infos de la nuit et des dépêches toutes fraîches. Cela ne m’empêche pas de boire mon petit noir comme je le faisais naguère au bistrot du coin en parcourant la presse papier. A n’en pas douter, l’avènement du numérique a modifié insensiblement notre mode de vie. De même, il met de plus en plus en péril la presse traditionnelle, celle qui sent bon l’encre d’imprimerie. Cependant, le toucher du papier, le froissement des feuilles me manquent et, ne résistant pas à cette absence tactile, je cours parfois au premier kiosque venu. Alors, pourquoi vous parler de ce qui se passe dans le monde puisque vous savez déjà tout ? Cette semaine, toutes les rédactions vont tourner autour du G20 qui, en un coup de baguette magique, va rendre notre monde meilleur !

 

Mardi 22 septembre

Je n’avais pas encore pris conscience de mon âge avancé… Le temps se déroule si vite, à l’insu de mon plein gré, que me voici convoqué à subir un examen médical, sous peine de devoir restituer mon permis de conduire ! Le vieux toubib est étonné de mes réponses : pas d’accidents, pas de maladies honteuses, pas d’opérations… si bien qu’il me met à poil pour constater qu’aucune cicatrice ne larde mon corps.

Son diagnostique m’a donné l’envie de vivre encore : « j’aimerais bien être en bonne santé comme vous l’êtes à votre âge ». Et me rappeler la maxime du cordonnier mal chaussé ! Triste aussi, lorsque j’apprends le décès du journaliste Roger de Diesbach, mon camarade de collège. Mais à part ça, la France se gausse du procès intenté par un certain président à un ex-premier ministre…

 

Mercredi 23 septembre

« Que du bonheur », la phrase favorite d’un journaliste du 13 heures !

Le bonheur, je l’ai rencontré fortuitement au théâtre Pitoëff, à l’occasion de l’ouverture de la « Fureur de lire ». J’avais quitté le soleil de Provence pour rejoindre Genève, ignorant que le Département de la Culture organisait le festival de la lecture durant cinq jours. J’ai appris que notre « ministre » Patrice Mugny a multiplié par neuf le budget destiné à l’écrit depuis son arrivée au pouvoir. Bonheur aussi de dénicher au Cercle des libraires genevois un livre d'un cher ami, Edwy Plenel: La Découverte du Monde, Folio

Curieux, j’ai assisté au débat intitulé : « Des livres pour changer le monde ». C’est essentiellement la démarche de l’essayiste de vouloir changer le monde. Chaque ouvrage apporte de petites gouttes d’eau revigorantes dans l’océan glauque d’une société en plein marasme. André Schiffrin nous fait part de son expérience décevante d’éditeur outre-Atlantique, de la mainmise de groupes financiers et de marchands d’armes âpres au gain sur la presse et l'édition. Ceux-là même qui éditent Susan George et Jean Ziegler, les intervenants lors cet échange. Il faut bien vivre diront-ils, l’important est de faire passer les idées, de payer les frais de procès… et j’ajoute : se compromettre avec ceux qu’ils dénoncent dans leurs bouquins ! Le bonheur m’avait quitté lorsque j’ai quitté le théâtre Pitoëff, non sans un regard oblique en direction des écrivains qui se succédaient enfermés dans une "cage" de verre afin de pondre en direct un roman d’amour ! Initiative contestable... Solzhenitsyn et Pasternak doivent se retourner dans leur tombe !

 

Jeudi 24 septembre

Cette semaine, l’ONU organise son sommet annuel dans le building de verre de Manhattan, l’un de ceux qui restent encore debout. Genève n’est donc pas la capitale du monde comme il lui arrive souvent de l’être. Sans doute à cause de Kadhafi qui n’avait nul envie de poser sa tente sur la Plaine de Plainpalais. Des fois que la Gendarmerie genevoise fasse du zèle, le garde en otage à Champ Dollon, le temps de nous faire des excuses et de libérer les deux Helvètes de Tripoli !

Ils sont incorrigibles ces chefs d’Etat. Le potentat de Lybie fait la leçon au monde libre, celui d’Iran fait de même et le Français traite de Villepin de coupable avant que le tribunal ait rendu son jugement ! En revanche, motus et bouche cousue, on ne sait presque rien des salamalecs de Kadhafi avec notre Merz national, si ce n’est que nos otages ont été transférés dans les geôles libyennes ! Le seul à la hauteur de l’événement, c’est bien le président Barack Obama.

 

Vendredi 25 septembre

Quand j’étais adolescent, il m’arrivait d’enfourcher ma bicyclette pour remonter la Servette en direction de l’aéroport de Cointrin. Une enfilade de petits chemins, une villa par ci, une ferme par là, des vaches dans les champs pour découvrir enfin ces grands oiseaux d’acier qui, toutes hélices vrombissantes, allaient s’envoler de part le monde. C’était magique, c’était le rêve inassouvi de l’enfance.

Ce matin, un demi-siècle plus tard, j’ai fait de même avec mon gros cube, franchissant un entrelacs de routes, de ponts, de présélections et de carrefours à vous donner le tournis. La nostalgie m’habitait lorsque j’ai franchi des blockhaus de béton pour me retrouver, sans crier gare, sur le tarmac, face à une kyrielle d’avions militaires helvétiques. Je me suis régalé des Pilatus d’avant-guerre et autre Venom des années cinquante, d’un Mirage qui, en son temps, avait fait coulé beaucoup d’encre dans les gazettes. Vincent, un jeune pilote de 27 ans, m’a tout expliqué du pilotage de son imposante machine de guerre, un F/18 avec lequel il peut traverser la Suisse en moins d’un quart d’heure ! Mon anti-militarisme viscéral a vraiment du plomb dans l'aile...

 

Samedi 26 septembre

J’ai un dilemme à résoudre. Je dois rendre ma copie avant midi, D’où la tentation d’avoir écrit la veille mon billet d’aujourd’hui. Passe encore pour la météo. Pluie à la place de soleil, c’est simple avec le traitement de texte ! Prévoir l’info 24 heures à l’avance, cela relève de la prémonition…encore que je peux vous annoncer que deux journaux gratuits que j’exècre ne feront plus qu’un lundi prochain. Que faire… la nouba jusqu’à 4 heures ou me lever à cette heure-là ? Cela me rappelle l’époque d’un journal genevois, hélas disparu, où en goguette, on attendait que la rotative crache la première édition.

Pour rien au monde, je ne manquerais le kiosque d’Yvan Levaï, le samedi matin sur France Inter. Ce journaliste de talent doit bien traverser Paris à l’heure du laitier pour nous livrer sa revue de presse sur le coup de 8 heures ! Je ne vais pas chipoter avecle Monde qui paraît l’après-midi avec la date du lendemain ou le Journal du Dimanche qui sort le samedi ! Preuve de ma bonne foi, voici les titres de la une de quelques feuilles de ce jour : « Hallyday a eu un petit cancer au colon, Sarkozy, le ravi du G20, Obama menace l’Iran sur le nucléaire, Cisalpino, dernier arrêt en gare, G20 et FMI, l’assaut des émergents, celui qui me préoccupe : Pour survivre, le Courrier demande 150.000 francs ».

 

Epilogue dimanche 27 septembre

Vous avez peut-être deviné que ce texte était destiné à un concours littéraire organisé par la Ville de Genève. Je n’ai pas eu l’honneur de gagner le premier prix… sur une centaine de participants et de le voir publié dans le journal Le Courrier, un de ces jours prochains. Alors le voici dans la Tribune !

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

bonjour sa vous et deja arrivé de faire la feuille morte sou 180km

Écrit par : llorca | 12/10/2009

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