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09/04/2010

« Puisque c’est ça la vie », roman de Michèle Lajoux

 

Lors de l’exposition Es’cale à Paradou, j’ai fait la connaissance de Michèle Lajoux auteure de « Puisque c’est ça la vie », son deuxième roman, paru aux éditions le cherche midi. Il émane de cette frêle jeune femme un tempérament bien affirmé que l’on retrouve dans le style incisif de son roman que je soupçonne d’être en partie autobiographique. Car comment décrire avec autant de précision les faits, une vie qui se déroule de la prime enfance jusqu’à l’âge adulte.

L’héroïne, Angéline, est née blonde, pâlotte, alors que sa mère souhaitait enfanter un garçon où, moindre mal, une brunette potelée aux cheveux frisés, une fillette à son image. Jusqu’à la layette choisie en bleu et sans avoir songé un instant à un prénom féminin. Sur son lit d’un accouchement douloureux, Irène rejette d’emblée ce bout de viande rose et fadasse, ses yeux bleus qui souffrent de strabisme ! La déception de cette mère hostile va se poursuivre tout au long de l’enfance et de la jeunesse d’Angéline. La narratrice décrit une scène quasiment insupportable où le père rudoie le bébé sans motif apparent, allant jusqu’à le frapper. On se pose mille questions sur leurs attitudes respectives, ce qui incite le lecteur à poursuivre avidement la lecture pour en savoir plus.

C’est l’histoire d’une famille petite bourgeoise qui se déroule tantôt dans le pays Piccard, tantôt à Aix-en-Provence, lieu de résidence de la belle famille et des séjours de vacances. C’est une fresque écrite au présent où Angéline découvre, un rien amer, les vicissitudes de l’existence d’une enfant mal-aimée en se disant que "c’est ça la vie "! Situé dans les années soixante, ce récit nous rappelle avec bonheur une époque, un mode de vie presque oublié. La description des membres de la famille est féroce. Du grand-père pédophile à la tante de mauvaise vie, tout le monde passe à la moulinette. Même les non-dits sont évocateurs d’un climat particulier, parfois délétère. Comme Michèle Lajoux l’écrit dans sa dédicace, « c’est l’histoire d’Angeline qui joue aux funambules au bord du précipice » !

Il y a cependant de bons moments dans l’enfance d’Angéline, la proscrite, lorsqu’elle découvre la campagne, les fleurs, les insectes. Pour son âge, elle est d’une lucidité qui parfois déconcerte, d’une cruauté aussi lorsqu’elle prend plaisir à l’abatage des lapins. Ce livre ne serait pas un bon livre s’il ne réservait pas aux lecteurs des événements inattendus, des coups de théâtre que je vous laisse le soin de découvrir.

Que deviendra Angéline à la veille d’être femme ? Voici un passage qui en dit long sur sa détermination :

Quelles sottes, ces filles qui réclament un mari, comment peuvent-elles confondre leur vie rêvée avec le compagnonnage d’un homme qui les dégoûtera au terme de quelques semaines. La lecture des contes de fées lui a appris que les choses intéressantes se passent avant le mariage, l’amour, la passion, l’excitation du désir, l’espoir, ensuite, il n’y a plus rien. Les aventures et l’histoire s’arrêtent avec le sempiternel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Comment peut-on vivre heureux avec beaucoup d’enfants, quelle sottise !

21:31 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

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