alpilles13 ALPILLES13

03/05/2010

Charlie, t'as perdu la mise, rien ne va plus !

 

 

Il ne manque que Pagnol pour l’écrire et Raimu pour interpréter la saga d’un Corse qui commence en Provence à la fin des années trente pour se terminer à Paris devant les juges de la Cour de Justice de la République en 2010 !

Hélas, je n’ai pas le talent pour le faire car l’histoire de ce vieux bougre ne prête pas à rire ! J’essaie quand même… lors de cet extrait de parodie de justice :

 

- Prévenu Charlie, vous êtes bien né à Grasse d’un père policier ?

- Oui, votre honneur, et j’en suis fier, mais je vous prie de m’appeler Charles, Charles Pasqua, sénateur des Hauts-de-Seine.

- Ne chipotons pas, monsieur le sénateur, puisque tel est votre désir, mais n’oubliez pas que vous comparaissez en qualité de prévenu pour avoir indûment encaissé un certain nombre de pots-de-vin. D’ailleurs, à une époque vous étiez bien dans d’alcool ? Ca vous pose un homme de sévir dans la vinasse.

- Ne confondez pas le pot de vin, cette vulgaire bibine de comptoir, et le célèbre pastis de Marseille que j’ai vendu dans le monde entier, gravissant tous les échelons hiérarchiques de l’entreprise de mon ami Paul.

- Vous étiez le roi du petit-jaune et si je comprends bien, le pastis mène à tout, à condition d’en sortir.

- Pas exactement, votre honneur, j’ai d’abord été résistant, gaulliste, et à 16 ans, j’ai rejoint mon homonyme le Général à Londres.

- Dès lors, vous avez acquis vos lettres de noblesse dans la politique, en fondant, du côté d’Aubagne, une officine, le SAC que l’on disait lié au « milieu » marseillais. Il est de notoriété publique que vous étiez l’homme des coups de main.

- Des coups de main, votre honneur, j’en ai donné par dizaine pour servir la France et voilà qu’aujourd’hui on me traite comme le dernier des malfrats. Tous ceux à qui j’ai mis le pied à l’étrier m’ignorent, me laissent tomber, à commencer par le petit dernier, celui qui est devenu le plus grand présentement. Cela me fend le cœur !

- Allons, allons, pas de sensiblerie de votre part. Que je sache, vous n’avez pas toujours fait dans la dentelle lorsque vous étiez ministre de l’intérieur, en particulier lors de la mort de Malik Oussekine, du déplacement des Comoriens, d’une proposition de loi rétablissant la peine de mort…

- Un ministre de l’intérieur ça combat la chienlit, ça sévit ou, dans le contraire, ça ferme sa gueule et ça démissionne !

- Gardez votre calme, faites attention à votre tension Charlie, pardon, Charles. Il m’est difficile de m’adresser à vous autrement que par votre prénom puisque nous sommes confrères… député puis sénateur. Nous nous sommes toujours combattus à la loyale sur les travées de l’Assemblée.

- Je vous l’accorde, mais ici le combat est inégal. Vous m’accablez uniquement à charge de malversations que je n’ai pas commises.

- Certes, vous avez servi la République tout en tentant de vous servir vous-même. C’est la raison de votre présence ici. Tout en apparaissant au grand jour, vous avez agit par en-dessous dans une stratégie sournoise qui vous a perdu en misant sur Balladur et en reniant Chirac. Votre égo vous a poussé à être à votre tour au sommet de pouvoir. « Demain la France » c’était ni plus ni moins demain la France avec Pasqua. Et pour cela, il fallait des sous, beaucoup de sous que le « Rassemblement pour la France » n’a pas trouvé sous le sabot d’un canasson.

- Les fausses factures des socialos, ça ne vous rappelle pas un financement occulte que l’on a passé aux oubliettes de l’histoire ?

- Ne faites pas l’innocent, l’octroi d’une autorisation au casino d’Annemasse, à vos copains corses, à quelques lieues des banquiers genevois, contre l’avis de vos services, me paraît pour le moins susceptible d’un retour sur investissement…

- Que cela vous déplaise, nous, les Corses, on a le sens de la famille !

- Ah oui, en effet, vous ne pouvez pas nier que votre fils a été condamné à un an de prison ferme dans l’affaire Falcone !

- L’entourage de Chirac a voulu m’éliminer. Quand on s’attaque au patriarche, toute la famille est incriminée. Il a une dent contre moi à cause de mon refus d’accepter le traité de Maastricht, puis lors de ma candidature à l’Elysée.

- On me cherche… et on va me trouver. Je dirai tout lors du procès en appel si par suite d’une erreur judiciaire, je devrais être condamné. D’ailleurs, Jacques lui aussi a des embrouilles dont il devra s’expliquer. Comptez sur moi pour lui rafraîchir la mémoire !

- Des menaces, à un ami de trente ans, c’est pas très fairplay…

 

 

Dessin de Dominique Goubelle

 

Vendredi, la Cour rend son verdict :

Charles Pasqua est condamné à un an de prison avec sursis pour complicité d’abus de biens sociaux et de recel dans l’affaire des détournements de fonds au préjudice de la Sofremi, société d’exportation de matériel de police dépendant du ministère. Mais, il est blanchi dans les affaires du casino d’Annemasse où il était poursuivi pour corruption passive, et celle d’un pot-de-vin extorqué au groupe GEC-Alsthom en échange du déménagement de ses filiales.

Charlie jubile Partiellement blanchi,  Charles Pasqua se drape dans sa dignité :

« Comment peut-on imaginer que je me sois laissé corrompre ? ».

(à suivre ?)

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