alpilles13 ALPILLES13

19/06/2010

Standby

 

 

Encore une nuit d’insomnies ! Décidemment, j’ai dû contracter un abonnement de longue durée avec la lune. Je passe par tous les stades d’une nuit de sommeils fractionnés. Je débloque enfin mon portable, volontairement resté muet depuis mon départ. Je découvre les messages. Bo, mon épouse est inquiète, ce n’est pas dans mes habitudes de la laisser sans nouvelles durant 48 heures, d’autant que depuis toujours elle pressent mes coups de folie. Comment peut-elle vivre avec un homme pareil ? Mille fois, je l’ai questionnée, mille fois, elle a répondu par un sourire, mille sourires, devrais-je dire : francs, sincères, aimants, interrogatifs, dubitatifs, malicieux, narquois, rarement ironiques.

 

Je ne vais tout de même pas l’appeler en pleine nuit. Je suis tenté de ne pas lui faire signe au matin, d’attendre encore. Ce n’est pas une raison malsaine. Comme j’ai toutes les chances de passer de vie à trépas avant elle, je désire qu’elle s’habitue à mon départ. Pour lui permettre de juguler émotion, désarroi, chagrin, douleur, tristesse, absence sans fin.

Complexe le mec ? L’idéal de vie d’un couple aimant consiste de prime abord à vivre ensemble, se découvrir, accepter ses différences, se supporter, - j’allais dire contre vents et marées - choisir en respectant le choix de l’autre, se contrarier, se bagarrer parfois puis se réconcilier, rester lucide afin de ne pas casser la mécanique du cœur et de l’esprit.
Quant au sexe, ne le négligeons pas, il est indispensable à l’amour, au début c’est le nerf de la guerre puis il devient un complément, le terme est faiblard, j’en conviens. Trop d’amour tue l’amour, il faut consommer ce breuvage à petites doses, jour après jour, jusqu’à la fin du temps qui nous est imparti. L’idéal d’un couple est de quitter la vie ensemble. Je n’aime pas l’avion, une peur stupide, je vole avec elle car en cas de pépin on est sûr de partir ensemble. Elle surveille ma santé, elle corrige mes écarts. Je ne suis pas dupe, elle souhaite me garder le plus longtemps possible, malgré le décalage horaire. Est-ce la mer qui me rend mélancolique ?

 

Ou plutôt cette digression est une manière de « mener le lecteur en bateau » qui attend la suite des événements. Autant vous dire qu’il n’y aura pas de péripéties aujourd’hui, je fais relâche. Le vent souffle en rafales, la mer est grosse. Les mouillages ne sont pas légion dans la zone. Cette enquiquineuse de marée complique la navigation, je n’ai pas envie de poser le bateau sur le ventre à basse mer, de faire de la dentelle avec la quille. D’ailleurs, à tribord un bateau-école des Glénan s’est collé coque contre coque, il reste à quai. Il est déconseillé de sortir au-delà de sept Beaufort me confirme le moniteur bardé de diplômes. S’il savait que je ne suis qu’un matelot d’occasion !

J’oubliais de vous dire que le skipper a donné signe de vie… mais ce sera pour le prochain épisode.

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