alpilles13 ALPILLES13

22/08/2012

14/52 - Mourir en été...

 

 

Est-ce plus dur de mourir en été, par une journée de plein soleil, cet astre de vie qui tarde à s’éteindre au crépuscule ? Pourquoi ne pas attendre l’automne pour s’endormir tranquillement avec la nature, s’en aller auréolé d’une couronne de feuilles mortes ? Oui, ce doit être frustrant de mourir en été quand les fleurs nous font la révérence, nous parfument le corps et l’esprit, quand les cigales cadencent nos journées.

J’ai en mémoire l’été 1942, alors que l’on ne parle guère dans les gazettes de la rafle du Vel’d’Hiv, puis celle pratiquée ensuite en zone libre. La « France » a honte de reconnaître cette action criminelle « franco-française », disons-le carrément, car elle a été réalisée avec un zèle ignoble par la police française, certes à l’instigation de Vichy et des nazis qui n’en demandaient pas tant. Oui, c’est dur de croupir à Drancy en été avant d’être entassé par milliers dans des wagons à bestiaux « français ». sans eau ni sanitaires. Destination le camp d’extermination d’Auschwitz pour 4 051 enfants, 5 802 femmes et 3 031 hommes d’origine juive. C’est dur de mourir en été dans une chambre à gaz.

J’ai en mémoire l’été1962 où 800.000 Français, les « Pieds Noirs », ont fuit l’Algérie par crainte de représailles, préférant la valise au cercueil. De Gaulle et l’Armée française ont abandonné leurs ressortissants et des milliers de harkis, assassinés en été sous le soleil algérien.

Je me souviens de l’invasion des chars du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie en été 1968. Le bain de sang fut évité grâce à Alexander Dubček qui exhorta son peuple à ne pas résister face à cette armada de 500.000 soldats. Une centaine de Tchèques et de Slovaques furent tués en août 1968 et le 16 janvier 1969, un étudiant, Jan Palach, s'immola sur la place Venceslas à Prague pour protester contre la suppression de la liberté de parole. Cette immolation comme celle du jeune vendeur tunisien de fruits et légumes ambulant, Mohamed Bouazizi, ont sans doute été utiles à la conquête de la liberté pour ces deux pays. Ce doit être moins dur de mourir pour un idéal ou la révolution.

En été, on meurt en Syrie tous les jours, à Homs, à Alep, à Damas. Les morts se ramassent à la pelle, les blessés n’en finissent pas de mourir comme des suppliciés. Le veto de la Chine et de Moscou est ignoble, à traduire leurs responsables au Tribunal de l’histoire avec Bachar al-Assad. Les conflits et les guerres perdurent au-delà des saisons. Pourquoi ne pas faire une trêve en été, le temps de réunir les belligérants au soleil, au bord de mer, éventuellement dans un palais climatisé de l’ONU, de Bruxelles ou de Strasbourg, ces instances bidon qui ne servent à rien, si ce n’est à semer la zizanie.

Il y a un an, ma petite mère a choisi de mourir en été, d’une mort douce, annoncée et reportée durant quelques mois. Comme si elle attendait le mois d’août, le soleil, la chaleur, ce lac Léman bleu azur, pour dire adieu à cette terre qu’elle avait tant aimée, pour s’en aller accompagnée de sa fille et de son fils. A la fin du jour, le ciel s’est assombri, de gros nuages annonçaient l’orage, il faisait presque nuit, la pluie a versé ses larmes, puis un grand éclair blanc et, au premier coup de tonnerre, elle a fermé pour toujours ses yeux verts.

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Harkis : les camps de la honte


lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news

En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

http://radio-alpes.net/reportages/F...

Écrit par : louanchi | 22/08/2012

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