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16/12/2012

30/52 - Le Préfet à la ville

 

 

 

Un préfet résistant...

Un préfet résistant...

         Depuis l’époque napoléonienne, le rôle du Préfet a bien changé. Il n’est plus question de lever la conscription ou de faire rentrer les contributions, même s’il continue d’honorer les agriculteurs, de protéger le commerce et les manufactures, de sauvegarder le patrimoine et l’environnement.

Après la Seconde Guerre mondiale, il porte en droit et en fait le titre de commissaire de la République. Ce terme de « commissaire » sous-entend qu’il a la haute main sur l’ordre public, la sécurité et la légalité. Le Préfet est la courroie de transmission directe de l’Etat dans le département dont il a la charge. On peut dire qu’il est le Gouvernement à lui tout seul !

Avec un tel fardeau sur le dos, on ne rencontre que très rarement Monsieur le Préfet de la ville aux champs comme à l’époque d’un certain sous-préfet immortalisé par Alphonse Daudet dans les Lettres de mon Moulin. Si le Préfet éprouve une certaine jalousie que sa fonction n’ait pas été mise en prose par le poète gardois, il y a matière à réparation.

A tout seigneur, tout honneur !

Hélas, les temps ont bien changé. Autant dire qu’aujourd’hui, la mise vestimentaire austère d’un préfet en mission officielle ne l’incite pas à faire halte en cours de route pour se prélasser à l’ombre des chênes verts et mettre au repos son puissant attelage. Ce n’est pas le gazouillis des fauvettes et la senteur des violettes qui changeront une ligne au discours d’homme d’Etat qu’il prononcera tout à l’heure.

La fonction a certes perdu de son charme d’antan mais a gagné en efficacité. Que demande le peuple ? Mais lorsqu’il s’agit « d’inaugurer les chrysanthèmes », un sous-préfet aux champs fera l’affaire avec bonhommie.

Imaginons le Préfet de la ville sur le pont de Beaucaire, cet ouvrage orgueilleux qui franchit le Rhône, ce fleuve d’origine helvétique, qui sépare deux régions amies, mais néanmoins concurrentes. Le chasseur de lions a sans doute convaincu son ami Alphonse de le remonter jusqu’à sa source, dans les Alpes. De son vivant, le poète dansait la mazurka sous les pins, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Gardois comme pas un dans ses fibres, le « Petit Chose » quittait Bezouce, Jonquière-Saint-Vincent pour retrouver Tartarin, faire bombance avec Mistral à Maillane et enfin rejoindre son cher moulin à Fontvieille, puis Paris, sa capitale d’adoption.

Revenons au Préfet de la ville sur le pont de Tarascon… du côté de Beaucaire, limite territoriale oblige, entouré d’une centaine de policiers aux ordres du commissaire de la République. A la vue de cette armada, on ne badine pas, les automobilistes pâlissent, s’enfoncent dans leur siège, cliquent leur ceinture, cherchent fébrilement un document. Du côté des forces de l’ordre, il n’y a pas de place pour les états d’âmes et les galéjades. L’addition des points est une soustraction ! Jusqu’à l’accent de Provence qui se confond avec celui du Nord…

Le corps préfectoral a cependant des activités moins protocolaires, en particulier lorsqu’il s’agit de la culture. Surprenant de découvrir que se cache parfois, sous la carapace de ces hauts fonctionnaires de l’Etat, des hommes sociables, tolérants, proches de leurs administrés. Le commun des mortels a tendance à oublier qu’ils sont avant tout des hommes de bonne foi, faisant abstraction de leurs opinions politiques.

Et de percevoir, chez le Préfet de la ville, son savoir, sa culture, d’apprécier sa faciliter de discourir comme un historien. Daudet est dans ses gènes dès la découverte de ses textes en enfance pour les relire plus tard et souhaiter que les enseignants continuent à promouvoir la lecture des livres. Dans un autre temps, n’aurait-il pas été conteur, poète, condisciple des Félibres : Mistral, Roumanille, Aubanel et de bien d’autres écrivains ?

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