alpilles13 ALPILLES13

25/08/2013

L’Estaque Connection

 

L'Estaque et le golfe

L'Estaque et le golfe © Paul Cézanne

 

Olivier :

- Alors-alors, Marius, as-tu entendu ces coups de feu, hier soir, sous nos fenêtres ?

Marius :

– Putain de sort, je regardais un film policier à la télé et soudain j’ai cru que le poste explosait. Mais, lorsque les sirènes de la flicaille ont retenti, juste en dessous, puis les feux bleus au plafond de la chambre, je me suis dit que la fiction était devenue réalité.

O :

– Peuchère Marius, il y a bien longtemps que ça ne mitraille plus ici, à l’Estaque. Depuis l’époque de Zampa et de Mémé Guérini, c’est d’un calme à mourir d’ennui.

M :

– Et ben, Olive, il nous reste la belotte, la pétanque, le popotin de Fanny et le cochonnet. Tiens, l’autre jour avec cet étranger qui mesurait en inches, on a bien failli en venir aux poings pour un point.

O :

– Oh, il n’est pas bien méchant, James l’anglais, sauf qu’il préfère une pinte de bière au pastis. D’ailleurs, tu es bien content, Marius, de lui avoir cédé ton amarrage, payé cash en livres sterling, le jour où tu as déposé pour de bon tes filets de pêche. Et puis, tu le sais, il vit dans son paquebot à l’année. Pas de taxe foncière ni d’habitation !

M :

– Plains-toi, Olive. Ton épicerie, tu l’as vendue rubis sur l’ongle à Mustapha qui nous pollue l’odorat avec son kebab et son méchoui. Ça me fend le cœur, L’Estaque n’est plus ce qu’elle était. Y a plus de pécheurs et encore moins de gargotes pour nous servir l’oursinade, la sardinade et « notre bouillabaisse ». Que du congelé de l’Alaska, je te dis ! Il paraît même que nous allons être inscrits au patrimoine de l’humanité. A cause de ces peintres endimanchés venus d’on ne sait où : Braque, Cézanne, Derain, Dufy, Renoir et bien d’autres qui ont peinturluré notre Estaque du temps jadis.

O :

– Tu oublies notre gare, construite par Paul Séjourné, surnommé le "Gustave Eiffel », celui de la tour de Paris qu’on voit à la télé.

M :

– Alors, on l’a fait à deux cette belotte, en attendant Victorin et Honoré qui sont allés à l’Evêché pour témoigner sur le crime de hier soir ? Ces fadas promenaient leurs clébards au moment de la fusillade. Ils n’ont rien vu, car ils étaient de dos, du côté du port de plaisance, mais les flics sont sur les dents, y a même un ministre qui va venir ici.

O :

– Un ministre, à l’Estaque ? Tu n’y penses pas. Le maire, ça fait des années qu’on ne l’a pas vu. Du temps de Deferre, c’est lui, Gaston, qui s’occupait des règlements de compte.

M :

- Les temps ont changé, mon vieil Olive, aujourd’hui ce sont des jeunes, des dealers comme on dit, qui règnent sur le commerce local de la drogue dans les cités HLM. La French Connection, pourvoyeur d’héroïne vers les Etats Unis, c’est du passé. Et voilà que tout d’un coup, ces bordilles changent de quartier et viennent s’entretuer ici. Ça motive le ministre de l’Intérieur, il fait le beau chaque fois que ça tiraille.

O :

- Ce qui me fait caguer, c’est qu’on parle mal de Marseille comme de Chicago au temps de la prohibition.

M :

- Fan de chichourle, la police, les journaux, les télés, font grand cas des trafiquants et des tueries à la Kalachnikov, mais ils ne parlent jamais des fumeurs de pétards. Coquins de sort, qu’ils aillent se faire escoundre !

O :

– Donc, si ça continue, on ne pourra plus aller boire nos pastagas sans risquer de prendre un pruneau ou une lame dans le bide.

M :

– Tant fais pas Olive, en revenant de ton cabanon, tu croiseras des dizaines de CRS qui te feront souffler dans le ballon et te ramèneront à la maison sous bonne escorte !

O :

- Arrêtons de barjaquer, banco à pique !

14/08/2013

Vacances à Brégançon

 

 
Le Fort de BrégançonLe Fort de Brégançon

 

- François, enfin, quand partons-nous en vacances ? Depuis une semaine tes ministres ont pris la poudre d’escampette. Ils se dorent au soleil dans tous les azimuts et toi, François, tu parcours les bourgades et la banlieue pour rencontrer tes citoyens et les réconforter sur le devenir de ta France. Laisse-les en paix, bon sang. Durant le mois d’août, ils n’ont que faire de tes fadaises. Eux aussi, ils ont le droit d'oublier la crise, la baisse du pouvoir d’achat et la hausse de l’électricité. Que ces manants s’éclairent à la bougie, qu’ils transpirent en supprimant leur clim au lieu de mettre sous pression les centrales atomiques.

 

– Ma chère compagne de Maintenant, après cette année satanique, j’ai grand besoin de faire mon examen de conscience, d’éclairer ma lanterne à Versailles. Donne-moi le temps de classer mes dossiers avant de nous mettre tous les deux au vert.

 

– Au vert ? Tu n’y penses pas. C’est au bord de la grande bleue que nous devons séjourner, dans cette bâtisse qui surplombe la mer, Brégançon, la résidence d’été des présidents.

 

– Elle est occupée ma chère dame de Maintenant.

 

– Par qui, au grand diable ?

 

– Te souviens-tu que Jacques, mon ami de Corrèze, m’a soutenu publiquement lors de mon élection ? Lors de notre dernière rencontre, en son pays, je lui ai proposé, en reconnaissance, de lui prêter Brégançon pour l’été, le dernier peut-être, vu sa santé précaire. Bernadette, son épouse attentionnée, a mis ni une, ni deux son véto. Il n’est pas question qu’on le photographie sur la plage en chaussettes et souliers vernis. Et comment lui passer l’envie de boire un drink sur la terrasse de Senéquier, à Saint-Tropez ?

 

– Jacques n’y est pas, nous pouvons donc en disposer.

 

– Tu connais l’état piteux de nos finances. Par conséquent, j’ai envisagé de la louer fort cher à l’émir du Qatar mais Cécile, notre ministre du logement,  m’a mis le bâton dans les roues. Ça commence à bien faire, m’a-t-elle dit, après le PSG, le Printemps et l’île de la Cité ! Et pourquoi pas Rambouillet ? Elle tente une expérience éminemment sociale de loger, le temps des vacances, voire au-delà, des SDF. C’est un retour à l’autogestion, ils s’occupent de tout, de la pèche, de la cuisine de l’entretien des espaces verts et du ravalement de la façade pour en faire un musée.

 

– François, je peine à te comprendre, pourquoi ne m’as-tu pas consulté ? Nous les méritions bien nos vacances à Brégançon.

 

– Ma chère de Maintenant, ne sais-tu pas que je n’aime pas le pédalo !

08/08/2013

Les congés payés…

 

 

Combien de français se souviennent-ils de l’origine de ce que l’on appelle aujourd’hui les « vacances » ? La désignation originale, c’est les « congés payés » apparus en France le 20 juin 1936 à l’époque du Front populaire, une coalition de gauche qui gouverna la France de 1936 à 1938.

Durant cette courte période, il introduisit plusieurs réformes sociales dont la réduction du temps de travail à quarante heures par semaine et les conventions collectives dans le droit du travail,

De deux semaines au départ à cinq dès 1982, les congés payés ont fortement contribué à ce que l'on appelle le « tourisme de masse » fractionné durant les vacances scolaires.

Seuls les salariés bénéficient de cet avantage, les travailleurs non salariés et les professions indépendantes, n'ont donc logiquement pas de ressources quand ils ne travaillent pas ! Les ministres, paraît-il, emportent leurs dossiers dans leurs résidences secondaires - de gauche - et demeurent en alerte de la République au cas où… Il n’y a donc pas de « vacance » du pouvoir !

Selon les statistiques, souvent menteuses, plus de la moitié des Français n’ont pas les moyens de partir en vacances, se taper mille bornes de goudron et de bouchons ou monter dans un train fantôme pour voir la mer et les méduses. C’est à ce moment-là que l’on se souvient de la famille, d’un vieil oncle à héritage blotti dans l’arrière pays.

Changer d’air, de climat, d’ambiance, ne plus croiser le voisin à la mine patibulaire et sa femme qui jacasse comme une pie. Surtout ne pas oublier d’emporter le Smartphone, ce lien indéfectible avec le monde et les collègues restés au turbin.

Le premier avantage social des congés, ne serait-ce pas de rompre durant quelques semaines avec cet horaire cadencé et immuable : métro, boulot, dodo ? Faute de mieux, prendre le temps de vivre, de découvrir son quartier, sa ville, ses alentours.