alpilles13 ALPILLES13

11/10/2013

Hors d'âge

Tu pourrais être mon père ! Cette gifle-là,  je l’ai prise en pleine poire. J’en garde encore les rougeurs virtuelles. Venant d’une gamine de 15 ans dont j’ai bricolé la mère avant son mariage, c’est dans le domaine du possible. Et d’y  ajouter aussitôt un point d’interrogation ? Faire un retour en arrière, me torturer l’esprit dans des calculs savants avec la méthode Ogino, en parler à sa mère ? Peut-être a-t-elle été en vaine de confidences ? Pas évident d’aborder la sexualité avec son ado de fille, une petite futée qui prend forme, si ce n’est parler de ses propres « sexpériences ». Quelle bécasse, me suis-je dit. J’ai eu fin nez de la laisser tomber pour une autre.

D’ailleurs, cette épisode est hors d’âge puis qu’il remonte dans le premier quart de ma vie. Enfin, c’est selon car tout au long de son existence, on est souvent hors d’âge par rapport aux gens qu’on rencontre. Ça commence à l’école entre les grands et les petits, la plupart du même âge, à quelques mois près. Seuls les boutons d’acné différencient les précoces. Le dénominateur commun, ce n’est point la date de naissance mais l’aspect physique. Et me rappeler les vexations dont j’ai été l’objet car j’étais plus petit que mes camarades. A souffrir de complexes que l’on peine à soigner, même avec des talonnettes.

Ce n’est pas évident de démarrer dans la vie en étant physiquement  hors d’âge. Impossible de n’y pas prêter attention, qu’on le veuille ou non, cela vous poursuit fatalement à toutes les étapes de votre existence. Et pourtant, petit à petit, j’ai grandi, beaucoup grandi pour être comme les autres et même plus grand que les autres. J’ai pris ma revanche en fustigeant les petits de mon âge. Du genre : retourne chez ta mère, t’es pas sec derrière les oreilles !

C’est au sein de la famille que les différences d’âge sont les plus marquantes. Plusieurs fois dans une journée, les parents font état de cette discrimination : « tu n’as plus l’âge de faire pipi au lit », « manges ta soupe pour grandir comme ton frère », « prends soin de ta petite sœur », « allez les petits, au lit », « le film à la télé, c’est pour les grands ». Puis vient le tour du grand-père de sermonner son petit-fils : « quand j’avais ton âge… et patati et patata, une litanie  hors d’âge ». Vive le clivage des générations !

L’expression « hors d’âge » est utilisée à toutes les sauces, exprimant tour à tour le passé ou le futur, le positif ou le négatif. A commencer par « hors » cette préposition discriminatoire qui évoque que l’on est en dehors, à coté de la plaque, parfois pour le meilleur et souvent pour le pire. C’est tout de même gratifiant d’être un candidat hors-concours ou hors-pair. Suis-je hors de propos ou hors-texte, voire hors-piste comme un hors la loi ? Il est donc hors de question de continuer d’accommoder cet hors d’œuvre. D’autant que hors d’usage s’apparente parfois à hors d’âge !

 

Hors d’âge se gausse d’être hors du temps, il caracole sur plus d’un siècle sans jamais faire date. C’est le complice des bouilleurs de cru qui jouent à cache-cache avec le millésime. Qui plus est, il se moque de la valeur des objets. Une voiture hors d’âge peut être un véhicule de collection ou tout juste bon à mettre à la casse. Et les meubles pardi ! La table en formica des années cinquante ne vaut pas un sous alors que la commode 19ème

Hors d’âge ? Par les temps qui courent, je me demande souvent si le parti au pouvoir n’est pas hors d’âge ? Nous pouvions, certes, espérer en un avenir meilleur en 2012 comme en 1981. Souvenez vous du programme du Bourget ? L’homme, le candidat, était sans doute sincère, plein d’espoir pour une France meilleure. Là, il a manqué de clairvoyance. Un rêveur qui s’est vite trouvé dans une situation inextricable après le constat de 10 ans d’une droite irresponsable. Ses mesures au goutte à goutte sont sans doute hors d’âge ! Il tâtonne, il godille. Mais les Français ne sont-ils pas eux aussi hors d’âge pour n’avoir en mémoire que l’époque révolue des « trente glorieuses » ?

Commentaires

Monsieur, au début de votre texte (...) venant d'une gamine(...) dont j'ai "bricolé" la mère... Bien pauvre, fragile et en pèril amour et respect de l'autre, en l'occurrence, comme par hasard et en particulier, une
femme, une mère...

Hélène de Koriacis

Écrit par : Hélène de Koriacis | 11/10/2013

Nous sommes tous "hors-quelque chose" pour autrui.
C'est ce que j'appelle la "Casomania", la manie de placer les gens et les choses dans de petites cases dont il est impossible de sortir.
Vous cherchez un emploi et envoyez une lettre de candidature avec un beau CV. Si l'on vous répond vous avez déjà de la chance. Mais alors vous êtes toujours "hors-cible". Trop ou pas assez qualifié, trop jeune ou trop vieux, vous maîtrisez 3 langues alors qu'on ne vous en demande que deux. Et si par bonheur vous êtes convoqué, à peine 30 secondes après vous êtes déjà catalogué.
Peut-être serait-il bon que les DRH se posent eux-mêmes la question : "Au fait dans quelle case suis-je donc ?"

Écrit par : Lambert | 11/10/2013

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