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  • Paru dans Libération du 17 février 2014

    Chère petite Suisse, je suis ton Rom

    17 février 2014 à 17:06

     

    L'auteurLuc LE VAILLANTLuc LE VAILLANTCHRONIQUE

    Va-t-en ! Fous le camp ! Avec toi, ça ne va pas. Sans toi, ça ne peut qu’aller mieux. Tu es le problème, le seul, l’unique. Il ne te reste plus qu’à boucler ta valise. Allez ouste, du balai…

    Je suis la Suisse, la petite Suisse et je te fous dehors, étranger d’à côté, voisin ventru qui m’a engrossé de sa culture, de sa langue et de ses avoirs bancaires. Etranger qui, aujourd’hui, m’encombre, me submerge, monte dans mes trains, envahit mes villes, grimpe sur mes montagnes.

    Je mets du chewing-gum dans les serrures pour que tu ne passes plus partout, pour que tu ne prennes plus la clé de mes champs. Je cotise pour ton pot de départ, salarié frontalier, seule cause de mes maux imaginés, unique raison de mes inconséquences, de mes incapacités.

    Je n’ai plus besoin de toi. Je me sens mieux barricadée, à rétrécir dans mon identité menacée. Je suis composite, je l’ai toujours été, mais, d’hybridation, plus trop n’en faut.

    Monsieur l’étranger, nous ferons tranquillement le constat de carence de notre alliance, car ici, sur les alpages, nous avons l’art du consensus. Je suis la bonhomie incarnée, la neutralité négociée. Ce n’est pas moi qui te dirais haut et fort : «Casse-toi, pauvre appauvri, casse-toi riche du temps d’avant». Mais sache bien que je n’en pense pas moins.

    Je suis la Suisse, la petite Suisse, paisible et prospère. Je suis au centre des choses, au nombril de ce continent qui me nourrit et qui m’inquiète, que je parasite et dont je me méfie, que je regarde du haut du Cervin de ma réussite économique et de l’Eiger de ma démocratie participative.

    Je m’autogère et personne ne connaît le nom du conseiller fédéral en charge. Je ne cherche pas de maître sur qui régner. Je ne suis pas plus hystérique que je ne suis bonapartiste. Je n’ai pas besoin d’un homme fort entre les mains duquel remettre mon sort. Mais ne pense pas, pour autant, que je me laisserai ingérer par quelques appétits négligents.

    Je suis la Suisse et j’ai le cœur qui bat son arythmie en plein milieu de la poitrine des nations voisines, mes grandes cousines, avec lesquelles je copine, un peu, pas trop, avec secret bancaire garanti. Je suis tout contre l’Europe, cette grande mademoiselle qui me méprise et me néglige. Je suis duplice plus que complice. Je suis la petite Suisse et faut que tu te trisses, bouquetin émissaire, chamois dépositaire, représentant bêlant de mes angoisses…

    Je suis l’Europe, la vieille Europe. Je suis grosse des espoirs avortés, lourde des pesanteurs faisandées. Je suis la marraine d’après-guerre, la réconciliée dépressive, l’ouverte à tous les vents du libéralisme sans frontières.

    Je suis l’Europe et je me crois l’égale de l’Amérique et de la Chine. C’est à ces pays-monde que je me compare, que je m’affronte. C’est à eux que je n’arrive plus à en remontrer, tandis qu’ils me passent sur le corps social, allant et venant dans mon gros ventre un peu mou, un peu mort.

    Je suis la vieille Europe, fardée, fanée, flétrie. Vraiment, je ne comprends pas pourquoi on voudrait encore de moi. On me désire quand le plaisir me fuit, quand la fatigue me gagne.

    Au départ, ils se sont mis à 6 pour m’engendrer. Maintenant, ils seraient 27, 28, je ne sais plus, à vouloir tenir dans le creux de mes bras dessinés par Matisse. Et il y a même l’Ukraine qui squatterait bien la maison de tolérance où je loge mes défaillances et qu’il faudrait aussi que je berce de mes comptines, même les soirs où j’ai trop forcé sur le Stilnox.

    Je suis l’Europe. Qu’ai-je à faire du moustique alémanique, du moucheron romand, du puceron du Tessin ? Je croyais qu’avec la Suisse, on était entre gens de bonne compagnie, au clair sur nos égoïsmes respectifs. Faudrait pas que Berne, la tolérée, se la joue comme Londres, l’intolérable, à réclamer des subventions quand l’eau monte et à refuser de cotiser quand la crue est endiguée.

    Liberté de circulation, espace Schengen, j’ai pourtant été bonne pomme avec ces Guillaume Tell qui, en remerciement, me flèchent sans sommation. Faut dire que les mieux dotés de mes sujets trouvent dans les cantons d’à côté, quelques facilités.

    Je suis la grosse Europe et la mini-Suisse voudrait me traiter comme un vulgaire Rom, me mettre à l’écart, me montrer la porte. Elle dit vouloir combattre l’immigration de masse que moi aussi je verbalise, que moi aussi j’encage pour caresser dans le sens du poil la xénophobie ambiante.

    Je suis la grande Europe et voilà que la petite Suisse me considère comme l’un de ces migrants émergents, l’un de ces traîne-savates basanés débarqués à Lampedusa. Ça fait bizarre d’être ainsi traitée en mendiant en haillons, en SDF aux paumes tendues. C’est là que j’en suis rendue ? Oui ? Vraiment ?

    Luc LE VAILLANT
  • Le Pouvoir est dans la rue...

     

    Il en est ainsi depuis quelques mois. Pourquoi se soumettre au diktat d’un gouvernement qui décide à la va-vite des réformes sans se soucier de la vox populi ? Et de constater que les soi-disant représentants des citoyens, une fois élus, ne sont plus à l’écoute de leurs électeurs. Ça passe ou ça casse, se disent-ils. Et ça ne passe plus comme une lettre à la poste. Le peuple s’indigne, rechigne jusqu’à descendre dans la rue par milliers pour protester et parfois casser du CRS et des vitrines. D’ailleurs, le pouvoir est pervers, ça lui arrive d’aimer la rue, celle du Cirque à scooter, en particulier…

     

    Alors, le Pouvoir prend peur, il n’aime pas la chienlit, il tergiverse d’un ministre l’autre, et finit par se tirer une balle dans le pied. C’est la Berezina, il patauge, il bat en retraite et suspend le combat jusqu’aux jours meilleurs. Mais la tempête et les inondations perdurent. Après les municipales, les européennes, l’été s’annonce chaud, torride.

     

    De jour en jour, les bavures s’allongent en file indienne. Victoire, victoire, on a sauvé le mariage pour tous jusqu’en 2017 ! La Bretagne libre renaît de ses cendres à coup de bulldozer. Puis, c’est au tour des gueux de parader sur les boulevards avec leurs tracteurs enfumés. Foi de cathos, la PMA ne passera pas. La réforme pénale renvoyée aux Calendes grecques. Finalement, le seul moyen de se faire entendre, de tout bloquer, c’est la rue ou plutôt l’autoroute, à l’exemple des taxis qui bloquent Paris et Marseille pour dénoncer une discrimination flagrante avec les VTC !

     

    Pour éviter tous ces désagréments, donnons le pouvoir aux citoyens par le moyen du référendum ou de l’initiative, comme l’ont fait les Suisses ce dimanche. Avec le risque d’être foutu dehors de l’Europe sans y appartenir de plein pied ! Peu importe, les étrangers auront déjà quitté les blanches montagnes.

    (N.B. Certains lecteurs n'ont pas compris que mon dernier paragraphe était volontairement écrit au second degré !)

  • Une histoire « pagnolesque » à Fontvieille !

    Depuis plus de deux ans, le célèbre moulin de Daudet est fermé aux milliers de touristes qui viennent sur les lieux où le poète aurait écrit « Les Lettres de mon moulin ». A cause d’un conflit entre le propriétaire, la famille Bellon, et le locataire, la commune de Fontvieille, dont le bail est échu.

    Au 19ème siècle, une dizaine de moulins étaient disséminés dans les collines surmontant Fontvieille. Celui que l’on attribue à tort à Daudet est le moulin de Ribet acquis en 1923 par Hyacinthe Bellon. Il l’aménagea en musée et il fut inauguré en grande pompe en 1935,  par le ministre socialiste Edouard Herriot.

    Selon les historiens, Daudet a certes puisé son inspiration dans la région mais il aurait rédigé ses contes dans la banlieue parisienne avec son ami, l’écrivain Paul Arène. Ses contes qui ont fait le tour du monde et ont été traduits en plusieurs langues, dont le chinois.

    Daudet est un gardois, né à Nîmes. Il a passé ses jeunes années en pension dans une famille du village de Bezouce qui projette l’aménagement d’un musée et d’une médiathèque en son honneur. C’est suite à la rencontre avec le félibrige Mistral qu’il séjourna  parfois dans la région, notamment au domaine de  Montauban, à Fontvieille, chez les Ambroy.

    Cela ne va pas sans créer des dissensions de part et d’autre du Rhône où chacun revendique la notoriété du poète. Plus de cent ans après sa mort, Daudet sera l’arbitre des prochaines élections municipales face à l’intransigeance du maire sortant qui risque bien de perdre son écharpe.

     

  • Rendez-vous au JO de Sotchi

    L'envoyé de Mediapart témoigne ce qui s'est passé à Sotchi avec l'aval du Comité olympique siégeant ä Lausanne:


    http://www.mediapart.fr/journal/international/040214/jo-de-sotchi-l-ecologiste-russe-qui-defie-poutine

     

  • BLOGMANIA

    « Débutée dès 1999, la «blog mania» prend une ampleur jusque-là inconnue, surtout aux États-Unis. Un blog, contraction de web log est un site web personnel qui se compose essentiellement de petits articles nommés «brèves» ou «billets» relatant les opinions et les sentiments de son auteur ».

    Cette définition, trouvée sur le blog  de Marie-Noëlle Blancheteau, date de 2005 mais, à ma connaissance, cette technicienne de l’information ne blogue plus...

    Je ne vous apprends donc rien puisque vous faites partie des millions de blogueurs atteints de « Blogmania » !

    A l’origine, « Mania » est une divinité de la mythologie grecque. Cependant, dans le langage courant, le suffixe « mania » a plutôt une connotation péjorative : une manie, une obsession, une lubie incontrôlée ou excessive.

    Nous les blogueurs, ne sommes-nous pas des maniaques de l’info et de l’échange de nos états d’âme ? Pourtant, il ne suffit pas d’être atteint de blogmania pour écrire des billets originaux qui tiennent la route en cette période de sinistrose où le moindre fait d’hiver donne la fièvre aux médias. Encore faut-il mettre en activité nos neurones engourdis, y consacrer du temps ou simplement gloser le texte de nos confrères blog maniaques.

     

    Les Tweets, avec ou sans majuscules… ont changé la donne. Une phrase, 140 caractères, ça suffit pour communiquer ce qui nous passe par la tête. Admettons que dénicher le bon tweet est fastidieux. Raison pour laquelle Larousse avait décidé de répertorier et de publier les perles les plus originales sous la forme d’un bêtisier. Patatras, le savant dictionnaire s’est fait prendre les doigts dans le pot de confiture pour avoir omis de prévenir et de citer les auteurs !

    Lot de consolation : Jean-Luc Mélenchon rentre de plein pied dans le petit Larousse ! Cela vaut mieux que prendre une veste dans une boite à chaussures…