alpilles13 ALPILLES13

04/08/2014

Jaurès, la récup !

 

 

 

 

 

Je ne suis pas allé comme d’habitude boire mon café à la taverne située à l’angle de la rue du Croissant et de Montmartre. Ce matin, il y avait un monde fou rassemblé, encadré par toutes sortes de casquettes, même celles de préfets et de gardes républicains.

 

Que se passe-t-il, ai-je demandé à une journaliste endimanchée qui tentait de s’infiltrer dans ce groupe hétéroclite en tendant son micro vers un monsieur qui ne m’était pas inconnu. C’est la fête à Jaurès, le centenaire de son assassinat par un vilain freluquet, me dit-elle, on inaugure une plaque commémorative collée sur la façade du bistrot.

 

Quelle bande de faux-culs, me suis-je dis, en apercevant des politiciens de tout bord, un ex-maire socialo, un député de droite, quelques gauchos et même un touriste teuton.qui se serraient la main, se congratulaient comme des potaches.

 

Quel coup de pub pour la taverne, fini de consommer mon petit noir tranquille en lisant les dernières nouvelles de l’humanité en crise.

 

Cet homme-là, Jaurès… préféré le rencontrer de son vivant, attablé au bistrot en dégustant un cassoulet bien de chez lui et une tarte aux fraises. J’en prends mon parti de gauche et décide de le rencontrer et de lui rendre hommage au Panthéon, cette nécropole laïque, anciennement une église, où l’on cimente les grands hommes pour l’éternité. Par la même occasion, je jetterai un clin d’œil à Voltaire et à Rousseau.

 

Je prends langue avec lui, d’emblée il me dit que c’est bien trop d’honneur qu’on lui rend aujourd’hui. Mort ou pas, son combat contre la guerre de 1914 n’avait que peu de chance d’aboutir, tant les puissances en cause étaient résolues d’en découdre. Sincèrement, il aurait souffert le martyr de vivre de telles tueries, mais ce qui le chagrine le plus, c’est la haine entre les hommes, entre les religions qui se perpétuent et les conflits qui en découlent.

 

Ce visionnaire a un jugement terrible sur les hommes politiques qui ont galvaudé, depuis sa mort, son idéal, ses idées humanistes, pacifiques et sociales.

 

A quoi cela sert-il que des milliers de rues et de places publiques portent le nom de Jean Jaurès, sans que rien ne change ?

 

A quoi cela sert-il que des dizaines d’historiens et d’écrivains aient trituré son message dans tous les sens ?

 

A moins que ce centenaire fasse date et réveille les esprits...

 

L’idée me traverse l’esprit que d’un moment à l’autre, ce géant relève la pierre tombale, surgit et adresse sa vindicte aux rares visiteurs présents, comme il l’a fait à la tribune de l’Assemblée, peu de temps avant sa mort, pour stopper en vain le déclenchement de la guerre.

 

Ce soir, je passerai mon chemin, rue Montmartre, au Café de sinistre mémoire on refusera du monde à dîner…

Paris, le 31 juillet 2014