alpilles13 ALPILLES13

14/11/2014

« Marseille rouge sangs »

 

Marseille 16h30. Deux heures à perdre avant mon rendez-vous. Pour ne pas subir le bouchon qui se forme à la sortie des bureaux sur cette passerelle d’autoroute suspendue entre ciel et mer. Le vide par en dessous est à la verticale de la gare maritime. A vous donner le vertige, à vous glacer le sang dans les jambes.

C’est jour de défilé. Pas les éboueurs mais les paysans et leurs tracteurs bloquent le centre ville et déversent leur cargaison de fruits et légumes. Les petites mères s’enhardissent à remplir leur cabas. Paradoxe de notre temps, les producteurs ne savent que faire de leurs produits et les pécheurs rentrent au port les filets vides. La célèbre bouillabaisse est devenue un luxe des restos étoilés. Les marins du porte-avion US mitraillent à tout va l’événement.

Je planque mon auto sur une placette en dessous du Prado. Une astuce colportée par un Marseillais pur sucre. Prière de serrer le frein à main au risque de trouver son véhicule amphibie immergé à l’entrée du Vieux-Port. Pas question d’actualiser l’histoire authentique de la sardine qui se voulait plus grosse que la baleine. Un coup de soleil timide dans le dos, un coup de mistral glacé dans le visage pour remonter le long du quai de Rive Neuve, ce rectangle de mer qui pénètre jusqu’au centre ville. Ou plus loin, vers la Canebière, si les Belges n’avaient pas mis leur holà.

Deux heures à perdre… à flâner dans le vieux quartier de l`Opéra, ses rues de Rome, Sainte et Paradis, autrefois parcourues par des matelots en goguette avides de filles de joie. C’est la morosité, pas l’ombre d’une cagole à l’horizon, les trottoirs marseillais ne sont plus ce qu’ils étaient. Les banques ont fait place aux hôtels miteux. Désormais, le racolage se fait par Internet.

Passant rue Molière, l’idée me vient de rejoindre la librairie «  Les Arcenaulx ». Horreur du temps perdu... un des derniers prix littéraire fera mon affaire. Fouinant comme à mon habitude, je déniche un petit livre : « Marseille rouge sangs » d’Eric Schulthess. Il ne s’agit pas d’un guide sur la cité phocéenne. Mais une suite de nouvelles mettant en scène de petites gens, des pauvres, des chômeurs, des paumés exclus de cette capitale qui perd son âme au profit des spéculateurs. Honteux d’être assis comme un nabab dans le salon de thé qui jouxte la librairie, je dévore ce bouquin à l’écriture ciselée par un orfèvre.

J’ai failli manquer mon rendez-vous de 18h30, au deuxième étage, chez cette dame sensible au bouquet de roses que je luis tendais.

(site de l’éditeur : www.editions-parole.net

 

 

 

 

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