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18/11/2014

La nuit la plus longue à Sivens

 

 
Le site de SivensLe site de Sivens

Allez-y les gars, on a reçu l’autorisation de « l’Intérieur » de nous réunir à Sivens la nuit la plus longue de l’année. Ils nous ont assuré que les commandos de la gendarmerie ne seront pas là, ils nous foutent la paix pour une fois. Une nuit au clair de lune sans lacrymo, ça va être la fête, le gros rouge de Gaillac, les filles, la sono à tue-tête !

On l’a bien mérité depuis le temps qu’on lutte contre ces politiciens à la noix qui veulent saccager le pays à coup de bulldozer et de béton. On va gagner les potes, faut maintenir la pression parce qu’à Paris ça grenouille entre les pour et les contre de ce barrage de merde.

D’ailleurs, y a rien à casser ici à part une miteuse baraque de chantier et les grillages qui la protègent. Elle nous rend bien service pour se « mettre à la chotte »* quand il pleut. Pas même un engin de chantier à faire péter, ils les ont planqués dare-dare au fond de la vallée après avoir ratiboisé la plaine jusqu’à la semelle. Nous les écolos, les défenseurs de la nature, ils nous confondent avec les casseurs parigots. Pas besoin de se demander d’où viennent les ordres.

Alerte, à vos postes, la fête est finie, ils nous on menti, ils débarquent les salauds ! Des dizaines de véhicules montent vers nous avec une armada de trouffions casqués et sapés de leurs carapaces de plastic.

Triste en mourir un samedi soir dans leur caserne, alors pourquoi pas leur coller un entrainement de nuit contre ces gueux, ces va-t-en guerre de pacotille. Un gradé se prend pour Napoléon à la conquête de la Toundra tarnaise. « ça va gazer, on va les faire chialer ces arroseurs de marguerites, dit-il à ses troupes, munissez-vous de la mitraille comme si vous partiez en guerre ».

Les révoltés font fasse comme ils peuvent. Un de leur pote, un botaniste pacifique, tombe au champ d’honneur, fauché par une arme offensive. C’est la bavure, les fachos évacuent le mort en catimini, il ne faut surtout pas que l’on sache comment c’est arrivé. Black-out durant 48 heures du ministre de l’Intérieur alors que les medias et les politiques papotent à tout va. Enfin la vérité, publiée par Mediapart et Le Monde. Dressons la guillotine !

* expression du Jura suisse

14/11/2014

« Marseille rouge sangs »

 

Marseille 16h30. Deux heures à perdre avant mon rendez-vous. Pour ne pas subir le bouchon qui se forme à la sortie des bureaux sur cette passerelle d’autoroute suspendue entre ciel et mer. Le vide par en dessous est à la verticale de la gare maritime. A vous donner le vertige, à vous glacer le sang dans les jambes.

C’est jour de défilé. Pas les éboueurs mais les paysans et leurs tracteurs bloquent le centre ville et déversent leur cargaison de fruits et légumes. Les petites mères s’enhardissent à remplir leur cabas. Paradoxe de notre temps, les producteurs ne savent que faire de leurs produits et les pécheurs rentrent au port les filets vides. La célèbre bouillabaisse est devenue un luxe des restos étoilés. Les marins du porte-avion US mitraillent à tout va l’événement.

Je planque mon auto sur une placette en dessous du Prado. Une astuce colportée par un Marseillais pur sucre. Prière de serrer le frein à main au risque de trouver son véhicule amphibie immergé à l’entrée du Vieux-Port. Pas question d’actualiser l’histoire authentique de la sardine qui se voulait plus grosse que la baleine. Un coup de soleil timide dans le dos, un coup de mistral glacé dans le visage pour remonter le long du quai de Rive Neuve, ce rectangle de mer qui pénètre jusqu’au centre ville. Ou plus loin, vers la Canebière, si les Belges n’avaient pas mis leur holà.

Deux heures à perdre… à flâner dans le vieux quartier de l`Opéra, ses rues de Rome, Sainte et Paradis, autrefois parcourues par des matelots en goguette avides de filles de joie. C’est la morosité, pas l’ombre d’une cagole à l’horizon, les trottoirs marseillais ne sont plus ce qu’ils étaient. Les banques ont fait place aux hôtels miteux. Désormais, le racolage se fait par Internet.

Passant rue Molière, l’idée me vient de rejoindre la librairie «  Les Arcenaulx ». Horreur du temps perdu... un des derniers prix littéraire fera mon affaire. Fouinant comme à mon habitude, je déniche un petit livre : « Marseille rouge sangs » d’Eric Schulthess. Il ne s’agit pas d’un guide sur la cité phocéenne. Mais une suite de nouvelles mettant en scène de petites gens, des pauvres, des chômeurs, des paumés exclus de cette capitale qui perd son âme au profit des spéculateurs. Honteux d’être assis comme un nabab dans le salon de thé qui jouxte la librairie, je dévore ce bouquin à l’écriture ciselée par un orfèvre.

J’ai failli manquer mon rendez-vous de 18h30, au deuxième étage, chez cette dame sensible au bouquet de roses que je luis tendais.

(site de l’éditeur : www.editions-parole.net

 

 

 

 

08/11/2014

La Toussaint n'est pas la fête des morts

 

 
L'inscription de la fenêtre Post Tenebras Lux des Baux-de-Provence

L'inscription de la fenêtre Post Tenebras Lux des Baux-de-Provence

On a tendance à confondre le premier jour de novembre – la Toussaint - avec le deuxième  qui est la fête des morts. Donc les cathos honorent leurs saints et le lendemain leurs chers défunts qui ne sont pas tous des saints, même s’il y a de fortes probabilités qu’ils soient au Paradis.

Il semble qu’au fil des ans cette fête – le mot est mal choisi - revêt de l’importance à voir les centaines de chrysanthèmes sur l’étalage des grandes surfaces. Tout est prétexte à faire du commerce pour ces marchands sans scrupules. Le business de la mortalité ne subit pas la crise, il est planifié au pourcent près par les pompes et leurs œuvres, en particulier le crématoire dernier cri ayant remplacé les églises et le cimetière.

En matière de cercueils, la dernière nouveauté nous vient de Nîmes où un petit malin, bien nommé « Clapié », a innové ces boîtes en bois en les colorisant, en revêtant le couvercle de la photo du cher défunt, de son métier ou de son dada favori.

Selon le désir du mort encore vivant, il peut prendre une option pour vivre éternellement sa mort en compagnie d’une star, d’une actrice ou d’un sportif célèbre. Ici, dans le pays des supporters de l’OM, un modèle de série aux couleurs du club marseillais va bientôt voir le jour. Ne reste plus qu’à sonoriser le cercueil pour suivre les matchs en direct ou écouter le requiem de Mozart en boucle.