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20/04/2015

Le tueur du genevois Yves Bouvier

L’oligarque Rybolovlev s’accroche à son Rocher

Justice . Le patron de l’AS Monaco est au cœur d’un litige avec son ex-marchand d’art.

Par RENAUD LECADRE, Libération du 18 avril 2015

Monaco, principauté bananière ? Avec l’affaire Dimitri Rybolovlev, cet oligarque russe exilé sur le Rocher, on serait tenté de renoncer au point d’interrogation. Ayant fait fortune dans la potasse, il reprend le flambeau de ces milliardaires qui ont fait main basse sur Monaco : Aristote Onassis, dont il a racheté l’île grecque de Skorpios, Edmond Safra, dont il a racheté le penthouse monégasque. Mais, après la reprise de l’ASM, le club de foot local, Rybolovlev paraît surtout avoir réalisé une OPA sur la justice princière.

Début 2015, il saisit la justice monégasque contre son ex-marchand de tableau, Yves Bouvier, auprès duquel il a effectué une des plus grandes razzias du marché de l’art. Cela commence en 2003, avec l’achat d’un Van Gogh (Paysage avec olivier, 17 millions de dollars), puis, en 2004, un Picasso (les Noces de Pierrette, 44 millions). En 2014, lors d’un ultime achat (un Rothko), Rybolovlev peine à lui verser un reliquat de 50 millions. Serait-il à court d’argent ? En tout cas, le milliardaire porte plainte pour escroquerie contre son marchand, l’accusant de marges colossales.

A prix d’or. Parallèlement, Rybolovlev est en litige avec son ex-épouse. Elena n’est pas une midinette épousée sur le tard, une fois fortune faite. Ils se sont connus à la fac de médecine, elle l’a accompagné durant son ascension. Dans un jugement de mai 2014, elle obtient plus de trois milliards d’euros - le divorce du siècle. Cette affaire-là fut jugée en Suisse, Etat dont Rybolovlev paraît désormais se méfier. C’est pourquoi il a préféré jouer le coup d’après à domicile.

Dans le jugement de divorce, la justice suisse relève qu’il a «cédé l’essentiel de son patrimoine à des "trusts" et n’a pas fait mystère de le soustraire à ses créanciers, au nombre desquels figure son épouse». Rybolovlev préfère évoquer l’ombre de «raiders russes», Poutine ayant promis de lui faire la fête. Bref, à force de planquer son fric, il n’a plus un centime de cash. Ainsi s’explique, l’été dernier, la revente express de joueurs sud-américains, recruté un an plus tôt par l’ASM à prix d’or. Sous prétexte de «fair-play financier» imposé par l’instance européenne du football, plaide-t-il sans vraiment convaincre.

Sa plainte déposée à Monaco a tout du traquenard. Le 25 février, il donne rendez-vous au Genevois Bouvier sur le Rocher. A l’heure dite, ce sont des policiers qui le réceptionnent et le mettent illico en garde à vue. Pendant ce temps, Rybolovlev prend l’avion pour Londres en compagnie du prince Albert pour assister au match Arsenal-Monaco. Une proche de l’intermédiaire est interpellée à Monaco au même moment. La veille au soir, le ploutocrate russe la recevait chez lui - pour mieux s’assurer de sa présence ?

Coïncidence. L’hypothèse d’un complot judiciaire est renforcée par les récentes révélations du Temps et de la Tribune de Genève, la presse suisse surveillant l’affaire comme le lait sur le feu. En cause, une réception à Gstaad quelques jours plus tôt. Dimitri Rybolovlev régale une centaine d’invités, dont, fâcheuse coïncidence, Philippe Narmino, directeur des services judiciaires monégasques.

Le procureur de Monaco, Jean-Pierre Dreno, a cru bon de monter au créneau, mercredi, pour défendre «l’indépendance de la justice» du Rocher. Mais de façon maladroite : «Le prince me l’a encore dit récemment alors que nous évoquions l’affaire devant témoin : "Vous faites ce que vous avez à faire."» Depuis, Albert «est fou furieux», selon des proches du palais. Dreno croyait bien faire en évoquant l’absence de consigne princière. Sauf qu’il révèle que l’affaire avait bien été évoquée au sommet.

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