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29/06/2015

En direct de MEDIAPART

Le milliardaire russe Rybolovlev compte de puissants relais monégasques

|  Par Agathe Duparc

La machine de guerre de Dmitri Rybolovlev contre son ancien marchand d'art et sa présumée complice monégasque fonctionne à plein régime. Épaulé par son avocate, le président de l'AS Monaco a versé au dossier des écoutes sauvages et dispose de puissants relais au sein de la justice. Mediapart passe en revue ces soutiens.  

Jusqu’où ira-t-il ? C’est la question que se posent depuis quelques mois Yves Bouvier et Tania Rappo qui ont eu le malheur de se mettre à dos le milliardaire Dmitri Rybolovlev, et vivent désormais en plein roman noir, ne sachant plus comment arrêter le rouleau compresseur.

Tous deux avaient été interpellés, le 25 février dernier, à Monaco, provoquant une onde de choc dans les milieux de l’art. Le premier, transitaire de renommée mondiale et marchand d’art, est visé par une plainte pour escroquerie, pour avoir prétendument surfacturé au Russe, durant presque dix ans, une quarantaine de toiles de maîtres. La seconde, ancienne « amie » de la famille qui connaît nombre de secrets de l’oligarque, est poursuivie pour « blanchiment », pour avoir touché, de la main de Bouvier, des commissions sur la vente de ces tableaux.

Si le sort de ces deux anciens fidèles qui se sont enrichis à millions grâce à l'oligarque, n’émeut a priori pas grand monde, le dossier, lui, permet une plongée inédite dans l’univers du patron de l'AS football club de Monaco, et sur sa capacité à s’acheter des soutiens à Monaco. Tout se passe comme si celui qui se fait appeler « Le Principal », et n’hésite pas à se déguiser en Jules César (voir la photo ci-dessous), vivait toujours à Perm, sa ville natale de Sibérie où il a bâti une fortune dans les mines de potasse, avec l’appui du gouverneur et de la mafia locale. À ceci près que l’action se déroule désormais en Europe de l’Ouest, sous le soleil de Monaco.

Dmitri Rybolovlev en Jules César à l'anniversaire de sa fille Katia. Sur la droite, l'avocate Tetiana BershedaDmitri Rybolovlev en Jules César à l'anniversaire de sa fille Katia. Sur la droite, l'avocate Tetiana Bersheda

 

Mené au pas de charge, le dossier est ainsi parsemé d’étrangetés, d'intrigues et de coups tordus avec l’appui direct ou souterrain de toute une série de personnalités que Mediapart passe en revue.

 

  • Tetiana Bersheda l’avocate multi-casquette qui orchestre des écoutes sauvages
Tetiana Bersheda, l'avocate de Dmitri RybolovlevTetiana Bersheda, l'avocate de Dmitri Rybolovlev © DR

Depuis le début de l’affaire, on l’a vue à maintes reprises évoquer avec gravité la nécessité de lancer une opération « transparence » dans le monde de l’art, alors qu’elle s'est spécialisée dans la défense des trusts. À 31 ans, celle qui a été baptisée par Le Parisien la « Tsarine de Monaco », est avocate du barreau de Genève, avec pour seuls clients Dmitri Rybolovlev et sa fille Katya. Multi-casquette : elle s’occupe du divorce à milliards de monsieur, négocie des clémences fiscales pour l’AS Monaco et anime aussi à ses heures des soirées avec des supporteurs de foot. Dans la procédure judiciaire Bouvier/Rappo, elle est en première ligne, jouant même l'interprète en russe lors de certaines auditions de témoins. Elle abreuve certains journalistes de statements (déclarations), mais n’a jamais répondu aux questions de Mediapart.

Mais il y a plus piquant. Selon nos informations, les avocats de Tania Rappo viennent de découvrir que maître Bersheda avait orchestré des écoutes sauvages de leur cliente, avec un sens parfait du timing. Lors d’un chaleureux dîner, arrosé à la vodka, chez Rybolovlev à Monaco, « l’amie de la famille » a été enregistrée à son insu, le 23 février 2015, deux jours avant d’être arrêtée ! Cette conversation piratée à laquelle participait l’avocate du Russe a été jointe à la procédure, censée prouver que Mme Rappo agissait de collusion avec « l’escroc » Yves Bouvier. Elle confirme surtout ce que l'on savait déjà : la préparation d’un guet-apens pour attirer Yves Bouvier à Monaco et le jeter en prison.

Ulcérée, Tania Rappo remarque que « ce n’est pas la première fois que Tetiana Bersheda », qu'elle a longtemps fréquentée, « flirte avec la légalité pour servir son maître ». Elle met en garde « tous les notables qui mangent du caviar à la louche chez Rybolovlev. Je leur dis attention, vous êtes sûrement enregistrés ! ». Une plainte va être déposée cette semaine contre Dmitri Rybolovlev pour violation de la vie privée, et le bâtonnier de Genève va être saisi pour dénoncer les dérives de maître Bersheda.

 

  • Jean-Pierre Dreno, le très accommodant procureur général monégasque
Le procureur général Jean-Pierre Dreno, en poste depuis 2011.Le procureur général Jean-Pierre Dreno, en poste depuis 2011. © Royalmonaco.net

C’est l’homme qui a reçu la plainte déposée par les trusts de Dmitri Rybolovlev et qui a accepté d'ouvrir sans tarder une procédure pénale, alors que le for juridique était loin d’être acquis, la vente des tableaux incriminés s’étant déroulée en Suisse. 

C’est encore lui qui vient de classer à la mi-juin, comme l’a appris Mediapart, une plainte déposée le 14 avril par Tania Rappo contre l’oligarque russe et deux cadres de la filiale monégasque d’HSBC Private Bank pour faux et usage de faux. Le magistrat n'a pas encore rendu de décision sur le volet de la « dénonciation calomnieuse »

Le jour de son arrestation, la prétendue complice de Bouvier, dont le nom ne figurait pas dans la plainte initiale, s’était vu présenter par les policiers une attestation tronquée signée par deux cadres de HSBC Private Bank (Monaco). Datée du 17 février, cette lettre affirmait qu'elle était la bénéficiaire économique avec Yves Bouvier de comptes ouverts au nom de trois sociétés civiles immobilières (SCI) alimentés par les commissions versées lors de la vente de tableaux au Russe. La preuve, selon l’accusation, que des dessous-de-table en partie fictifs avaient été rétrocédés au marchand d'art et blanchis ensuite.

Devant les dénégations de l'intéressée, HSBC reconnaissait avoir commis une regrettable « erreur », en confondant à quatre reprises le nom d’Yves Bouvier avec celui de Jacques-Olivier Rappo, l’époux de Tania Rappo ! Pour les avocats de la défense, le cafouillage aurait permis d’impliquer la Monégasque, et d'obtenir le for juridique dans la Principauté.

A SUIVRE ICI :

http://www.mediapart.fr/journal/international/290615/le-m...

 

Commentaires

Le sulfureux procureur Dreno, magistrat français détaché à Monaco est à la botte du non-moins sulfureux Philippe Narmino, monégasque, patron des services judiciaires de la Principauté, qui jouit d'une protection toute particulière du Prince Albert....

Écrit par : Chollet | 29/06/2015

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