alpilles13 ALPILLES13

12/10/2015

Le film de Jean Chérasse avec Leny Escudero

En hommage à Leny Escudero : Valmy, de Jean Chérasse

 

Escudero_au_Moulin.jpg

 Photo de tournage de Valmy

Photo extraite du blog de Vingtras

 VOICI LE LIEN :

http://blogs.mediapart.fr/blog/gavroche/111015/en-hommage...

 

Si vous avez été un tout petit peu attentifs, vous avez du voir passer cette triste nouvelle dans les jités ou dans les journaux. Oh, pas très long, des sujets d'une minute à peine, pour annoncer la mort de Leny Escudero, à l'âge de 82 ans.

Pour la plupart des médias, c'était juste l'auteur de « chansonnettes à succès », tous ont écrit le décès de l'auteur de « Pour une amourette ». Tout juste s'ils ont indiqué que « c'était un chanteur engagé ». Comme si sa vie se résumait à ça.

Tous les journaux (et même L'Humanité) se sont bornés à recopier sa fiche Wikipédia, par ailleurs incomplète.

Mais Leny Escudero était beaucoup plus que cela.

Juste pour dire : né en Espagne en 1932, Leny Escudero est le fils d'un père gitan et d'une mère marrane. Ses parents ont fui le franquisme et se sont installés à Belleville. Comme tous les gosses du quartier, Leny fut abonné à la vache enragée. Il en parle magnifiquement dans cette chanson, Malenfance.

 

Malenfance © Leny Escudero

Après son certif, il va exercer toutes sortes de métiers : terrassier, carreleur, et bien évidemment, chômeur. Un fils du peuple, un fils de pauvres. Après le succès de ses premières chansons, au lieu de vivre comme un nabab, il est parti faire un tour du monde, il est allé voir les gens, partout, s'arrêtant au Dahomey pour y construire une école.

Moi, ce qui me parle, ce qui me touche, c'est que Leny était un fils d'ouvrier. Comme moi. Plein de rêves, comme moi.

Alors, ce n'est pas très étonnant qu'il ait été « engagé ». Et communiste, et anar, depuis toujours. C'était logique.

Et en 1967, là-aussi, c'est logique, il va jouer le rôle du canonnier Louis-Joseph Bricard, lequel a écrit  ses mémoires dont le film de mon ami Jean Chérasse s'est inspiré (réalisé en collaboration avec Abel Gance). Ce film, magnifique, c'est Valmy.

Ce film faisait partie d'une série, baptisée très justement Présence du passé. Et au passage des acteurs en costume d'époque dans les rues du Paris de 1967, on entend Jean Mauduit dire : qui sont les vivants, et qui sont les fantômes... ?

Ça m'a fait penser au très beau livre de Gérard Mordillat (encore un autre gauchiste), Les Vivants et les Morts. Ses héros sont vivants, et ceux qui se soumettent sont déjà morts.

Les va-nu-pieds sont toujours debout, hier comme aujourd'hui.

Le patronat, les libéraux, la droite au sens large, prétendent que l’histoire est finie, que le capitalisme l’a définitivement emporté sur tout autre système. Mais quand je vois comment les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches, je crois à la nécessité, à l’urgence d’une révolution. À son possible, comme aurait dit Lorquin. Nous devons penser le monde que nous voulons si nous ne voulons pas que d’autres le confisquent à leur profit, confisquent jusqu’à nos rêves et nous ramènent à l’état d’esclaves. Il ne peut pas y avoir de défaite quand on se bat pour quelque chose auquel on croit. 

Alors, Valmy, c'est l'histoire de la nation France (si, si, la Nation) racontée par Louis-Joseph Bricard, un autre fils du peuple, un autre va-nu-pieds, un loqueteux, ou comme le dirait aujourd'hui le petit gros qui habite à l’Élysée, un sans-dents.

Louis-Joseph Bricard fut engagé volontaire pour aller défendre la patrie attaquée par les prussiens (déjà). C'était début septembre 1792.

A Valmy :

Le 18, au matin, les troupes réunies au camp de Châlons se mirent en marche pour rejoindre l’armée campée à Sainte-Menehould. Elles défilèrent dans Châlons aux sons d’une musique guerrière ; les soldats à moitié nus chantaient des chansons patriotiques, et d’une voix unanime répétaient tous : « Ah ! ça ira ! » etc.

Et devant cette horde échevelée de barbares hurlant « Vive la Nation ! », les prussiens ont reculé.

L’impératrice Catherine ne s'y est pas trompée, elle décrit ainsi la retraite des Prussiens :

Les démons, comme vous voyez, savent marcher où ils veulent aller malgré les pluies, les boues, le manque de vivres et de fourrage. Tandis que nos compassés ne parviennent nulle part.... 

Eh oui, devant le peuple déterminé et uni, les petits marquis ne font pas le poids.

Et cela me fait penser au chapitre des Misérables ou Monseigneur Bienvenu rencontre « le conventionnel G. ». Qui lui dit :

J’ai voté la fin du tyran. C’est-à-dire la fin de la prostitution pour la femme, la fin de l’esclavage pour l’homme, la fin de la nuit pour l’enfant. En votant la république, j’ai voté cela. J’ai voté la fraternité, la concorde, l’aurore ! J’ai aidé à la chute des préjugés et des erreurs. Les écroulements des erreurs et des préjugés font de la lumière. Nous avons fait tomber le vieux monde, nous autres, et le vieux monde, vase des misères, en se renversant sur le genre humain, est devenu une urne de joie.

Il y parle aussi de « 93 » :

 Un nuage s’est formé pendant quinze cents ans. Au bout de quinze siècles, il a crevé. Vous faites le procès au coup de tonnerre.

 Ah ! monsieur le prêtre, vous n’aimez pas les crudités du vrai. Christ les aimait, lui. Il prenait une verge et il époussetait le temple. Son fouet plein d’éclairs était un rude diseur de vérités. Quand il s’écriait : Sinite parvulos. . ., il ne distinguait pas entre les petits enfants. Il ne se fût pas gêné pour rapprocher le dauphin de Barabbas du dauphin d’Hérode. Monsieur, l’innocence est sa couronne à elle-même. L’innocence n’a que faire d’être altesse. Elle est aussi auguste déguenillée que fleurdelysée.

Je pleurerai sur les enfants des rois avec vous, pourvu que vous pleuriez avec moi sur les petits du peuple. Et si la balance doit pencher, que ce soit du côté du peuple. Il y a plus longtemps qu’il souffre.

Monsieur, retenez bien ceci, la révolution française a eu ses raisons. Sa colère sera absoute par l’avenir. Son résultat, c’est le monde meilleur. De ses coups les plus terribles, il sort une caresse pour le genre humain. Oui, les brutalités du progrès s’appellent révolutions. Quand elles sont finies, on reconnaît ceci : que le genre humain a été rudoyé, mais qu’il a marché.

Le lendemain, quelques braves curieux essayèrent de lui parler du conventionnel G. ; il se borna à montrer le ciel. A partir de ce moment, il redoubla de tendresse et de fraternité pour les petits et les souffrants.

Victor Hugo a tout dit.

Alors voilà, pour vous, Valmy. Le film scandaleusement caché, censuré, oublié, de mon cher ami Jean Chérasse, mis en ligne avec l'aimable autorisation de son auteur. Leny y interprète Louis-Joseph Bricard, sans-culotte de la section Saint-Merri.

Valmy © Jean Chérasse

 

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