alpilles13 ALPILLES13

05/03/2017

Lettre à Pénélope,

 

Ulysse déguisé en mendiant cherche à se faire reconnaître de Pénélope, relief en terre cuite de Milo, v. 450 av. J.-C. musée du Louvre Ulysse déguisé en mendiant cherche à se faire reconnaître de Pénélope, relief en terre cuite de Milo, v. 450 av. J.-C. musée du Louvre
Chère Pénélope,

 

Il y a plus d’un mois votre prénom, Pénélope, a surgit dans tous les médias puis, de jour en jour, il a été écrit et prononcé des milliers de fois jusqu’à en avoir la nausée.

Pénélope… Pénélope… ce nom ne m’était pas inconnu et j’ai plongé dans mon livre d’histoire pour raviver ma mémoire d’une époque lointaine où une charmante femme du nom de Pénélope attendait patiemment le retour de son mari, un certain Ulysse, navigateur, guerrier et coureur de continents.

Il y avait analogie de prénom mais erreur sur la personne, et j’ai appris que vous étiez une femme de notre temps, l’épouse d’un certain François, un homme fort occupé, un baroudeur qui faisait métier de la politique, cette science que nous ont légué les Grecs et en particulier la mètis la « ruse de l'intelligence »  que pratiquait son compère Ulysse.

Je n’irai pas jusqu’à dire que l’histoire se répète mais votre époux est en train de livrer bataille comme du temps de la guerre de Troie d’Ulysse où l’enlèvement d’une femme, Hélène, en était la cause et qu’aujourd’hui vous en êtes l’otage ! Quasiment inconnue il y a une quarantaine de jours, vous êtes projetées sans ménagement, et sans doute à votre corps défendant, à la une de l’actualité pour une histoire fumeuse de travail fictif.

Depuis le 25 janvier, pas un mot de vous, pas une protestation face à de graves accusations dont vous êtes l’objet avec votre cher François qui se débat becs et ongles, tirant à bout portant sans discernement. Il m’a semblé que vous viviez en dehors des manigances et des astuces politiciennes, que le ciel vous était tombé sur la tête dans la froideur de janvier et que vous demeuriez ko debout. J’ai été tenté de vous contacter, de venir discrètement à Sablé, de franchir le mur qui entoure votre château pour prendre de vos nouvelles, vous apporter un peu de réconfort car je pensais – comme d’autres - que vous étiez bien seule, triste à en mourir, priant les saints du calendrier de vous venir en aide. Peut-être étiez-vous en retraite auprès de bonnes sœurs charitables ou en séjour dans votre cher Pays de Galles, près des vôtres.

Coup de théâtre ce matin, vous sortez de l’ombre, à l’heure de la messe matinale, en vous exprimant enfin dans un journal du dimanche, ce dimanche où précisément une cohorte de bien-pensants vont se réunir au Trocadéro pour écouter une fois de plus les doléances et la complainte de votre mari. Vous, la  discrète galloise, avez pris le taureau par les cornes, vous montrez un nouveau visage, une détermination insoupçonnée. Alors pourquoi avoir attendu si longtemps pour prendre position et affirmer que votre homme doit aller jusqu’au bout,  ne pas battre en retraite, maintenir sa candidature contre l’avis de ses pseudos amis du parti ? Si vous êtes tous les deux innocents des malversations qu’on vous reproche, vous auriez dû aussitôt crier tout haut, défendre votre époux, faire écho à ses propos, à ses accusations envers la justice et les médias. Vous êtes la principale concernée, la principale complice dans cette ténébreuse affaire dont seule la justice aura à connaître de son dénouement.

Dois-je mettre en doute vos propos d’aujourd’hui, le jour où votre candidat chéri joue sa dernière carte envers, ses fans, ses électeurs potentiels ? A vrai dire, j’éprouve un malaise, le sentiment que vous avez été interdite de parole ces dernières semaines, manipulée comme savent le faire en général les politiciens pour servir leurs causes, comme sans doute vous l’avez été durant votre activité d’épouse, de mère de famille et « accessoirement » d’assistance parlementaire. Acculé, les rats quittant le navire, il n'avait plus le choix, il vous a sans doute laché la bride !

J’espère me tromper sur mon appréciation et je vous souhaite, chère Pénélope, une belle après-midi parmi la foule réunie au cœur de Paris.