alpilles13 ALPILLES13

10/08/2008

Le Bonheur du jour de Marie-Antoinette...

Peinture de Madame Vigée-Lebrun, 1783

Marie_Antoinette_1783.jpg

 

Après la table de Lénine, je change de bord… en vous proposant une anecdote relative à Marie-Antoinette ! Rien de moins. On a toujours considéré la profession d’antiquaire comme un métier de riche, de nanti, exercé forcément par des gens de droite à l’exception des « Fabius », cela s’entend !

 

Lorsque je me suis lancé dans cette aventure, j’étais quasiment ruiné, ce qui suppose que j’avais eu quelques biens auparavant et quelques meubles de famille à vendre au plus offrant pour subsister. Et l’on se prend au jeu ! Il est de bon ton qu’un homme de biens matériels ait forcément des tendances droitières qui, peu à peu, s’étiolent avec le changement de sa situation sociale, même s’il fait commerce !

 

Honnêtement, j’ai de la peine à comprendre comment des citoyens, des élus, des personnalités de gauche puissent perdre leur âme en flirtant, selon les circonstances, avec une droite pure et dure. L’inverse, en revanche, me parait naturel. Cela me semble inscrit dans les gênes de l’individu, de son évolution intellectuelle et humaniste, de sa connaissance progressive de la vie et de la situation actuelle d’une société vouée au culte de l’argent roi dont seule une minorité d’individus en profite. Tout en haut de l’échelle du pouvoir, faute d’être capable d’améliorer quoi que ce soit, on instille un slogan mensonger qui consiste à flatter les passions populaires à propos du gain. C’est la copie conforme de la Française des jeux : jouez pour gagner !

 

Sans doute, l’évocation de Marie-Antoinette m’a amené à cette digression. Ou 1789, tout simplement. Je reprends le fil de mon propos. Voici les faits :

 

L’office des Poursuites de Genève mettait en vente divers meubles anciens saisis chez des nantis devenus pauvres. Ca arrive ! Tout l’aréopage des antiquaires étaient au rendez-vous. L’un deux, agissant pour le compte d’un tiers état, fit monter les enchères, pour un « bonheur du jour de style Louis XVI », bien au-delà de la valeur estimée, qu’il paya finalement l’équivalent de 40.000 euros d’aujourd’hui. Ce bonheur d’un jour passa donc sous le nez des marchands genevois qui, lors de la « révision », une coutume illégale qui se passe, après la vente officielle, dans l’arrière salle d’un bistrot, obtinrent quelques deniers pour ne pas avoir eu l’outrecuidance de faire monter les enchères. Bien qu’ignares au départ sur la valeur réelle de l’objet, ils avaient compris, mais un peu tard, qu’il valait bien plus que cela.

 

En effet, deux mois plus tard, à la salle des ventes de Drouot, l’objet fut acheté par les « Domaines » pour la somme de 300.000 (trois cent mille) euros, toutes taxes comprises. C’était le « Bonheur du jour » de l’Autrichienne, - et de l'intermédiaire - avec l'estampille d'un ébéniste célèbre, sur lequel elle avait certainement écrit ses dernières volontés avant d’être incarcérée à la maison du Temple puis à la Conciergerie!

 

P.S… A l’époque, le Président de la République était de gauche ! La sauvegarde du patrimoine culturel doit être apolitique...

09:32 Publié dans Mon journal | Tags : bonheur | Lien permanent | Commentaires (11)