alpilles13 ALPILLES13

20/07/2011

Le chevrier, les chèvres et le curé

Les chèvres du Rove Les chèvres du Rove

C’est une histoire hors du temps. Date-t-elle d’un siècle, d’une décennie, d'hier ou d’aujourd’hui ? Peu importe, elle est véridique avec un brin de romance. Selon son humeur ou son ressenti, le conteur prend souvent des libertés avec la réalité !

Cela se passe dans un village de Provence qui, a priori, ressemble aux autres avec son l’église, sa mairie, sa place du marché, son vieux quartier et tout le reste. Ce bourg a ceci de particulier que la rue centrale, tirée au cordeau, est bordée de petits immeubles d’un autre âge, peut-être de la fin du 19ème siècle. Les façades sont restaurées avec goût, elles se démarquent par des crépis pastel aux nuances dissemblables : un gris souris, un mauve, un jaune tendre, un terre de sienne, un rose bonbon, et ainsi de suite de maison en maison. Au devant, de minuscules terrasses, un parterre de fleurs, un muret, un portail de fer forgé à deux battants, noir, vert, brun, rarement rouillé. Les volets sont clos ou entrouverts pour protéger du soleil et de la chaleur étouffante de juillet. Parfois, quelques marches pour accéder à des maisons de poupées situées du côté des grottes de Calés ! Voilà un indice pour situer l’endroit, mais le conteur n’en dira pas plus...

Six boutiques s’échelonnent le long de cette artère vitale : l’épicier, le boucher, le boulanger, la presse, le bistrot et la pharmacie pour soigner la « pasticite »… car l’on ne suce pas que des glaçons dans ce village des Alpilles !

Comme pour rappeler ses paroissiens à la raison, l’Eglise a pris de la hauteur. La Mairie, forcément laïque, donne le change dans une simplicité républicaine. Le maire, tout de blanc vêtu, salue, embrasse ses concitoyens, complimente ses électeurs et le curé.

Le maire et le curé Le maire et le curé

Comment se fait-il que le conteur se soit trouvé là, ce jour-là, au moment où un événement unique allait se produire ? C’est comme si l’on demandait à ce cher Alphonse Daudet de justifier sa présence lorsque la chèvre de monsieur Seguin se fit manger par le loup ! La population est en alerte, elle se presse sur les bas-côtés, les enfants trépignent d’impatience, suçotent des sucreries.

André, le chevrier André, le chevrier

Tout à coup, un troupeau d’une bonne centaine de chèvres du Rove et leurs cabris déboulent au fond de la rue. Les clochettes tintent comme des crécelles. Les cigales leur donnent la réplique. En tête, le chevrier mène son cheptel de main de maître. Sous le soleil de midi, les biquettes le suivent comme son ombre. Ses aides, de robustes garçons, rattrapent les petites égarées. Direction : un enclos herbeux situé à proximité de l’Eglise. Quelle régalade de brouter enfin l’herbe folle après ce marathon sur le bitume !

Bergère en herbe... Bergère en herbe...

Le curé se fait attendre, attendre encore, car il vient du Togo… pour bénir le troupeau! Le voilà enfin, vêtu d’une aube immaculée. Apparemment, ce n’est pas pour lui une pratique coutumière car il feuillette un grand livre et déniche enfin le texte apostolique de circonstance. Miracle ou pas… au moment où le saint Père étend ses mains sur le troupeau, leur fait des signes cabalistiques, les chèvres se calment, ne tentent plus de s’échapper à droite ou à gauche, de s’enfiler dans les impasses pour rejoindre leur bergerie.

Le curé et le chevrier Le curé et le chevrier

Le conteur s’est dit qu’il y a peut-être un Dieu pour les chèvres ou, plus prosaïquement, pour le peuple des bergers! Ne sont-ils pas accourus à Bethléem, il y a plus de deux mille ans ? C’est sans doute une histoire d’étoile…

A l’ombre du Géant de Provence, le platane quadricentenaire où Daudet, Mistral et les félibres ont partagé un déjeuner sur l’herbe, le conteur a retrouvé le chevrier pour déguster ses savoureux fromages.