alpilles13 ALPILLES13

Mon journal - Page 9

  • CINQ MOIS...

    Cinq mois en hibernation…

    Cinq mois, la tête cachée sous le sable…

    Cinq mois, hors du Monde, ou presque…

    Cinq mois avec tout au plus 2–3 billets dans la Tribune...

    Cinq mois où une partie de la Terre a basculé…

    Cinq mois à écrire un bouquin…

    Je me réveille enfin…

    A peine suis-je au courant de l’actualité…

    Il s’est passé des événements, paraît-il ?

    La Tunisie et l’Egypte sont délivrés de leurs potentats…

    Libres enfin de choisir leur destin dans l’incertitude des lendemains…

    Ça canarde fort du côté de la Lybie, du Yémen et de la Syrie…

    Le sous-sol de la Terre a retourné le Japon comme une crêpe…

    Des milliers de victimes innocentes partout…

    Même Ben Laden a passé de vie à trépas…

    La France cherche un (e) président(e) tout azimut pour 2012…

    Et pendant ce temps-là, je vivais comme un ermite…

    A la lumière d'une chandelle, à cause de cette merde de nucléaire...

    Je suis honteux d’avoir vécu ces événements que d’un œil…

    J’étais planqué, je faisais le tour des Alpilles avec mon âne…

    Le livre sort de presse au début juin…

    Je suis enfin libre… de renouer avec ce monde en folie !

     

  • Lettres de nos Moulins

  • Mon ami, le toro de Camargue...


     

    A Arles, à la féria du riz, on achève bien les toros dans l’arène romaine. Le matador, porté en triomphe par les aficionados, brandit les oreilles et la queue découpées d’un coup de scalpel après sa mise à mort barbare.

    Mon ami Bandit est de la race des toros de combat. Au lieu d’être dans l’arène, je l’ai rencontré dans un parc clôturé, en rase campagne, des fois qu’il craigne la foule des passants, qu’il manifeste ses humeurs.

    J’ai enjambé l’enclos, je l’ai caressé sur le museau, derrière les oreilles, je l’ai pris à bras le corps, j’ai palpé son cuir chaud, noir d’ébène, lui disant qu’il est beau et fier. Il est sous le charme, il ferme les yeux de tendresse et de bonheur. Son odeur de fauve imprègne mes narines. Je vis un moment intense, unique, lui aussi je crois, il a fait ami avec un homme risque tout !

  • Lettre ouverte à l'épistolière Amélie...

     

    Chère Amélie Nothomb,

    Pardonnez-moi de vous écrire à travers l’Internet alors que votre préférence va à la lettre papier, sans doute manuscrite, qui sent bon l’encre de chine ou des mers du sud. Cela me rappelle l’époque des correspondances avec l’outre-mer, souvent des îles perdues dans l’Océan indien, où le courrier mettait parfois deux à trois semaines pour parvenir en Europe, et vice-versa. Je vibrais de bonheur lorsque le facteur me tendait une enveloppe avion avec de gros timbres multicolores.

    Vous dites dans l’interview du Nouvel Obs de cette semaine que le courrier qui vous est ainsi adressé a un caractère secret qui n’existe pas au travers de la toile. C’est omettre que le courriel ne sera lu que de vous seule… et l’expéditeur forcément connu, ou tout au moins son adresse mail. Ce n’est pas le cas des lettres anonymes, souvent méchantes, dont vous ne parlez point. Pourquoi, chère Amélie, bâcler à la va-vite 4 bouquins par an au lieu d'un seul, mais un bon ?  Et l'éditeur de tirer au sort n'importe lequel, c'est du Nothomb... ça se vend comme des sucres d'orge !

    J’ai lu deux ou trois de vos livres et, à l’instant où je vous écris, il  me vient en mémoire quelques passages de celui de 2007 : « Ni d’Eve ni d’Adam ». J’en déduis qu’au Japon, comme ici, les sous-chefs sont pire que les chefs et que l’on joue des coudes à tous les étages de la hiérarchie.

    Je ne suis pas tenté de lire votre dernière livraison « Une forme de vie » déjà en tête du box office, peut-être à cause de mon obésité naissante ! En revanche, je suis curieux des cinquante manuscrits que vous ne publiez pas et qui seront une centaine d’ici une décennie ! Entre-nous, faites-moi le plaisir de m’envoyer l’un ou l’autre exemplaires, par courrier, en toute discrétion puisqu’ils ne vous plaisent pas !

    Encore un mot, j’adore vos chapeaux, ils ne paraissent qu’à l’automne. De grâce, puisez dans vos réserves, publiez aussi au printemps avec vos chapeaux d’été.

  • La Part du rêve

    Chers Amis clients lecteurs,

    La période de vacances touche à sa fin, le mot “rentrée” se prononce de plus en plus...
    J’espère que vous avez bien profité de ce temps libre et que vos lectures furent variées et enrichissantes...

    La rentrée littéraire démarre dès le 18 août et vous l’aurez sans doute déjà lu dans la presse, quelques 701 nouveaux livres de “littérature” sont annoncés !
    Le chiffre est exact !
    Depuis très longtemps je dénonce cette surproduction, et à la lecture des journaux ces derniers jours, on y “découvre” encore et toujours le visage d’Amélie Nothomb, les cheveux grisonnants de Laurent Gaudé et l’air désabusé de Michel Houellebecq... !

    Je vais essayer au fil de mes billets de vous faire découvrir des livres peu médiatisés.
    Bien-sûr si un livre d’un auteur reconnu mérite notre attention, je le signalerai. Il est dommage de savoir déjà d’avance que beaucoup de livres vont avoir une durée de vie très courte, car il est impossible de tout avoir et de de tout lire...

    J’ai eu la chance de recevoir avec un peu d’avance des livres à paraître et voici quelques suggestions de lecture :



    Elif Shafak
    Soufi, mon amour
    Editions Phébus
    Prix : 39 fr.

    La lecture du roman “Doux blasphème “d'Aziz Z. Zahara transcende spirituellement Ella Rubinstein, une femme épanouie de 40 ans. Celle-ci s'identifie au personnage, le poète Rûmi qui, au XIIIe siècle, vit son existence prendre une nouvelle orientation sous l'influence du célèbre derviche du monde musulman, Shams de Tabriz.
    Un livre étonnant, polyphonique, alliant un récit contemporain et l’histoire persane d’autrefois... Passionnant !




    Vincent Borel
    Antoine et Isabelle
    Ed. Sabine Wespieser
    Prix : 43 Fr.

    Le destin d'Antonio et Isabel, mariés et parents de deux petites filles. Après s'être engagé dans la République espagnole, Antonio part pour la France, entraîné par la Seconde Guerre mondiale. Il connaît ensuite la Résistance, le maquis, l'arrestation par les Allemands et l'extradition dans un camp nazi.
    Bel hommage de l’auteur pour ses grands parents. Un beau texte qui nous fait parcourir une grande partie du XXe siècle en Espagne.




    Voici en avant-première le programme de la Bibliothèque de la Pléiade de cet automne :

    2 septembre : V. Nabokov – Œuvres romanesques T. 2 Pléiade Prix : 136 Fr.

    7 octobre : Les Epicuriens – Pléiade Prix : 136 Fr.

    7 octobre : Boris Vian – Œuvres romanesques T. 1     Pléide     Prix :  169 Fr.
    7 octobre : Boris Vian – Œuvres romanesques T. 2     Pléiade   Prix : 169 Fr.
    7 octobre : Boris Vian – Œuvres romanesques T.1 et T. 2 sous coffret    Pléiade    Prix : 338 Fr.

    Réservez dès aujourd’hui vos exemplaires, je les tiendrai à votre disposition et vous les retirerez à votre convenance.



    Encore quelques curiosités :



    Patrick Reumaux
    Les Dieux habitent toujours à l’adresse indiquée
    Editions Vagabonde
    Prix : 18 Fr.

    Un beau voyage à travers toute la Méditerranée, toutes ses cultures et tous ses écrivains qui ont su exalter les couleurs et les senteurs de ce monde de lumière.
    On prend beaucoup de plaisir à travers cette centaine de pages riches en senteurs...  Original !


    Joan Fuster
    Dictionnaire à l’usage des oisifs
    Editions Anacharsis
    Prix : 38 Fr.

    Ces essais, regroupés par ordre alphabétique, abordent des sujets aussi variés que l'amour, la justice, la lâcheté, la lecture et le sexe. Ils constituent une série de promenades ou divagations littéraires, philosophiques et morales se fondant sur le trivial du quotidien.
    Extraordinaire livre pour la première fois traduit en français du poète et essayiste valencien, traducteur de Camus, amoureux de Montaigne, Voltaire, Nietzsche et bien d’autres...

    Dans l’attente du plaisir de vous revoir, je vous adresse mes plus cordiales salutations.

    François Pulazza





    LIBRAIRIE LA PART DU REVE
    François PULAZZA
    4, rue Leschot
    1205  GENEVE

    0041.22.320.63.06 (librairie)
    0041.78.652.27.75 (mobile)

    A l'occasion de la rentrée littéraire d'autome, je reproduis ci-dessous l'article de Anne Pitteloud, paru en avril 2010 à l'occasion de l'ouverture d'une nouvelle librairie, La Part du rêve:

    L'invité du mois
    François Pulazza

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    Une quarantaine de librairies indépendantes ont fermé en Suisse romande depuis le début des années 2000, et les libraires ne savent pas encore ce que leur réserve l'arrivée imminente du livre électronique, qui bouleversera le marché. C'est dans ce contexte lourd d'incertitude que François Pulazza vient d'ouvrir une nouvelle enseigne: début mars, il inaugurait «La Part du Rêve», sans doute «la plus petite librairie de Genève, mais celle qui offre le meilleur choix!» sourit-il. Dans le minuscule espace de la rue Leschot, véritable «cabinet de lecture», une table de nouveautés choisies avec soin côtoie une bibliothèque réservée à des petits éditeurs indépendants, tandis que sur d'autres rayonnages s'alignent des livres anciens, rares et dédicacés. De fait, avant une reprise définitive, La Part du Rêve collabore avec Monsieur Jean-Jacques Faure, qui s'intéresse depuis 35 ans aux livres parus entre 1850 et 1950, et envoie quatre catalogues par an à ses clients bibliophiles qu'il reçoit ensuite sur rendez-vous. De par ce fonctionnement, la librairie était souvent fermée: les deux hommes ont donc imaginé cette formule «qui convient à tous les deux», se réjouit François Pulazza. «Cet intérêt bibliophilique me correspondait: je propose également des livres d'art, ainsi que des ouvrages édités avec un soin particulier.» Ouvrir une nouvelle librairie à Genève en 2010, est-ce bien raisonnable? La question semble incongrue face à l'enthousiasme communicatif du libraire, qui n'en est pas à son coup d'essai.

     

    Entretien avec François Pulazza, par Anne Pitteloud

     

    Qu'est-ce qui vous a motivé à prendre le risque de lancer La Part du rêve? Quelle vision de votre métier défendez-vous?

    François Pulazza: Je suis devenu toujours plus petit afin de revenir à l'essence même de ma profession. J'ai d'abord été responsable et acheteur général des librairies Forum à Genève, et j'ai créé un troisième Forum à Signy, près de Nyon (propriétés de Coop, les librairies Forum ont fermé fin 2003). En octobre 2003, j'ai ressuscité la librairie Descombes, rue Verdaine. Tout le monde nous disait que c'était une gageure que de relancer cette librairie située juste derrière la Fnac, mais la Nouvelle Librairie Descombes marche bien aujourd'hui.
    Aujourd'hui, il est très facile de trouver un livre avec la base de données Electre sur Internet. Le libraire doit donc offrir un plus, et le petit libraire peut survivre à condition qu'il soit différent. Il y a bien sûr aussi de très bons libraires et de très bons disquaires dans les grandes surfaces, mais je défends une autre manière de travailler, qui privilégie un contact étroit avec les clients.
    J'ai une forte personnalité et certains disent aimer cela, beaucoup font confiance à mes choix. Il existe selon moi deux sortes de clients. Les premiers iront toujours à la Fnac: ils aiment l'anonymat et le côté impersonnel des grandes surfaces, non la dimension intime. La seule question qu'on leur pose est «avez-vous la carte Fnac?» et pour eux c'est parfait. C'est qu'il faut oser pousser la porte de ce petit cabinet de lecture, cela peut impressionner ou gêner… Cela convient à ceux qui ne vont pas dans une librairie, mais vont voir leur libraire: ils ont envie de passer un moment privilégié avec lui, qui leur aura préparé une sélection de livres et connaît leurs préférences. Il y a des clients que je côtoie depuis des années et j'achète des livres spécialement pour eux; je me rappelle leurs goûts, leurs intérêts, ce qu'ils ont lu, je les connais par cœur et je sais qu'ils aimeront. Il s'agit de coller à une personne. Ainsi, j'envoie une newsletter qui présente les nouveautés, mais aussi une lettre plus personnalisée à certains clients. Parfois ils me disent: «C'est terrible, vous me connaissez trop bien.» C'est qu'on est dans le registre de l'intime, surtout en littérature – ma spécialité. Le libraire est un marchand de rêve qui doit pouvoir communiquer ses passions.
    Enfin, j'aimerais relever que je suis bien entouré ici: il y a le phénomène de la rue Leschot, si l'on peut dire. Elle se bonifie depuis qu'elle est partiellement piétonne. A côté, il y a un an environ, l'ancien gérant de la librairie ésotérique Delphica a lancé Les Trois mondes. La librairie pour enfants Le Chien bleu s'est installée dans la rue il y a un mois. La librairie ancienne Le Temps perdu est juste à côté, celle du Boulevard un peu plus loin à la rue de Carouge…

    Selon vous, la petite librairie a toutes ses chances dans le contexte actuel.

    Je fais partie du comité de l'Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires (ASDEL) en tant que responsable de la formation des libraires. Je dis aux apprentis: «N'ayez pas peur, ce métier est difficile, mais si on veut durer en tant que petit libraire il faut faire plus, privilégier le contact, transmettre ses passions, et surtout faire preuve d'une immense curiosité.» Il s'agit de se tenir au courant, de savoir de quels livres parle la presse, de consulter Livres Hebdo , le magazine de la profession. Cela va si vite, tant de livres sortent... On doit être de bons généralistes, constamment en éveil, et connaître tous les secteurs car on a besoin de toutes les commandes – j'attends ainsi beaucoup des bibliothèques , qu'elles nous aident à réaliser notre rêve…
    Avec ou sans prix réglementé du livre, l'important est d'abord l'accueil que le libraire réserve à ses clients. Et beaucoup sont gris, tristes… On parle toujours des 40 libraires disparus, mais il faut dire que certains méprisaient les gens. Toute personne qui lit est digne d'intérêt: un Barbara Cartland peut mener à de meilleurs romans d'amour. Mais certains libraires méprisent ce genre de lectures et de lecteurs.
    Je suis peut-être Don Quichotte, mais j'y crois. Je ne changerai pas ma ligne. J'ai déjà fait dégouliner des best-sellers et des Marc Lévy le long des rayons, ça ne m'intéresse plus !

    Justement, parlez-nous de vos choix, dans ce marché du livre au roulement si rapide.

    Il faut souligner que près de 70 000 nouvelles références francophones sortent chaque année: le rythme est tellement rapide que les livres disparaissent très vite. Il y a vingt ou trente ans, nous pouvions user du fameux droit de retour pendant un an, et nous gardions les livres dix, onze mois avant de penser à les retourner. La production a doublé aujourd'hui. Si un livre sorti en janvier n'a pas marché, il faut déjà penser à le renvoyer. C'est éphémère, il y a peu d'élus. C'est très dur pour un auteur d'être édité, puis très difficile d'être lu.
    Je fais donc une sélection importante – de plus, la place réduite de ma librairie m'y oblige. Si 15 nouveautés paraissent dans la collection Blanche de Gallimard, je mise sur deux titres, pas plus. Mes préférences m'ont toujours porté vers la littérature, l'histoire, un peu la philosophie, ainsi que les beaux-arts – je propose les catalogues des expos actuelles. J'ai travaillé pendant treize ans comme œnologue: j'ai ici une bibliothèque d'œnologie avec des titres sur le vin qui sortent des sentiers battus.
    Enfin, dans ce contexte de surproduction, les petits éditeurs qui sortent cinq à six livres par an restent visibles plus longtemps! Je propose ici plus de 70 petits éditeurs indépendants: Héros-limite ou La Dogana côté suisse romand, ainsi qu'une soixantaine de petites maisons françaises dont beaucoup ne sont pas distribuées, qu'on n'a jamais vus à Genève – comme La Rumeur des Ages ou Circa 1924, par exemple. Je les ai découverts dans des salons du livre ou sur Internet et j'ai toujours défendu cette ligne, chez Descombes également. Il y a par exemple la Librairie La Brèche, qui est aussi éditeur; les éditions La Part des Anges, Jean-Paul Rocher, Aden, Anabase, Ivrea, Finitude, Argol, des Cendres, Sillage, L'Arbre vengeur… Leurs livres sont de beaux objets et offrent des textes de grande qualité, à des prix de poche.. Certains ressuscitent d'anciens auteurs français, libres de droit et épuisés, ce qui est très bien quand on voit cette littérature nombriliste qui s'écrit aujourd'hui en France… Rééditer dans de beaux petits livres Jacques Audiberti, Pierre Louÿs, Catulle Mendès, Louis Chadourne, des nouvelles de Balzac ou Diderot, c'est aussi un bon moyen de se faire connaître en tant qu'éditeur débutant. Ainsi, La Rumeur des Ages vient de publier Aux Champs , une longue nouvelle de Zola. Le Dilettante est au départ un ancien libraire frustré de ne plus trouver les grands auteurs. Mon prochain projet est d'ailleurs de créer une nouvelle maison d'édition…

    Sur certaines nouveautés, vous avez posé un billet avec votre note de lecture…

    En effet, j'inscris mes commentaires pour guider le lecteur. C'est le libraire fantôme. J'ai beaucoup aimé Sept ans de Peter Stamm, et je vais le défendre encore un moment. Je préfère avoir moins de titres, mais plus longtemps. Il y a aussi les éditeurs que je suis. J'aime beaucoup la littérature étrangère, hispanique et anglophone particulièrement – Albert Sánchez Piñol chez Actes Sud, les auteurs publiés par Métailié, William Boyd dont le prochain roman sort bientôt…. Je trouve la littérature française trop nombriliste.

    Et que pensez-vous de la littérature suisse? et romande? Quels sont vos relations avec les auteurs d'ici?

    J'avoue une admiration pour la littérature suisse alémanique contemporaine. Il y a de dignes héritiers de Durrenmatt et de Frisch. Ils s'appellent Martin Suter, Urs Widmer, Peter Stamm, Markus Werner, Pascal Mercier… Fantastique! Il n'y a pas de comparaison avec la littérature romande qui aurait tendance à m'ennuyer… Si je dois en citer un seul, je dirai Blaise Hofmann chez Zoé, toujours très bon dans des genres très différents…
    J'ai bien sûr des contacts avec quelques auteurs. Les meilleurs sont ceux qui font preuve de discrétion comme mon ami Armen Godel, et non d'autres que je ne citerai pas, seulement inquiets de la présence de leurs livres dans les rayons!

    Beaucoup de librairies indépendantes accueillent des rencontres, des lectures, les animations étant aussi une manière d'offrir un «plus» littéraire par rapport aux grandes surfaces. Envisagez-vous de telles animations?

    Les dédicaces et lectures m'ennuient. Chacun son style mais… pour les lectures, je préfère ma propre voix. A moins que le texte ne soit lu par un comédien, qui lui apporte réellement quelque chose. Chez Descombes, j'organisais plutôt des rencontres avec des éditeurs: Anne-Marie Métailié, Sabine Wespieser, Viviane Hamy, et tant d'autres… C'était extraordinaire, beaucoup plus dynamique que les lectures. Je jouais au journaliste, je leur posais des questions sur leur métier, leur catalogue, les nouveautés, et elles finissaient par nous parler avec passion d'une foule de livres. C'était de beaux moments de partage et d'enthousiasme. J'avais invité Françoise Nyssen d'Actes Sud chez Descombes, qui me dit en arrivant: «Il n'y aura personne, qui veut écouter un éditeur?» Or nous accueillions environ 80 personnes. Ces rencontres fidélisaient des lecteurs pour les mois à venir, les gens étant ensuite attentifs aux parutions de l'éditeur découvert. Ici ce serait difficile étant donné la taille de la librairie, mais nous pourrions imaginer quelque chose avec les cafés voisins…

    En tant que petit libraire, comment vous positionnez-vous face au livre numérique?

    La plate-forme suisse n'est pas encore lancée, mais La Part du rêve proposera le livre numérique: mes clients pourront acheter le matériel, je leur montrerai comment télécharger des textes, etc. La plupart d'entre eux sont des amoureux du papier, donc je ne pense pas que beaucoup seront intéressés. Mais le livre électronique sera très bien pour certains usages, en voyage par exemple – guides, dictionnaires et romans tiendront sur un seul petit support. Ce qui m'inquiète, en revanche, est le dirigisme: si je veux un lecteur avec de la couleur, je dois acheter actuellement le Kindle, mais je suis du coup obligé de me fournir chez Amazon. Ce qui veut dire que si Amazon ne trouve pas d'accord avec certains éditeurs, il sera impossible d'acheter leurs livres…
    En Suisse, c'est l'Office du livre, diffuseur basé à Fribourg, qui prépare sa propre plateforme. L'échéance est toujours repoussée, on parle à présent de mi-avril. On suit les dernières évolutions: en France, Gallimard va intenter un procès contre Google, Hachette méprise les libraires et veut les évincer… Aux Etats-Unis, il y a eu plus de 3 millions de téléchargements pirates rien qu'au dernier trimestre 2009. En Suisse, l'idée est de protéger le libraire: lorsque le lecteur s'inscrit, il devra entrer le nom du libraire de son choix, ou alors ce sera celui le plus proche de son domicile, qui touchera un petit pourcentage du prix du téléchargement.

    Propos recueillis par Anne Pitteloud

    ***

    La Part du rêve
    4 rue Leschot
    1205 Genève
    Tél. 022 320 63 06.

     

    François Pulazza, librairie La Part du Rêve
    François Pulazza, librairie La Part du Rêve


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    © «Le Culturactif Suisse» - «Le Service de Presse Suisse»

     

  • Escapade hors du temps

     

    Le chemin de Compostelle
    Le chemin de Compostelle

    Vendredi 13, 13 heures, ils sont à l’Olivier, un restaurant d’étape perché dans les collines situées dans le Pays de Louis Mandrin, du côté des Abrets, de Pont-de-Beauvoisin. Ce révolutionnaire, ce contrebandier défendait les petites gens en leur procurant à bas prix le sel et le tabac, luttait contre l’Ancien régime et les Fermiers généraux qui collectaient des impôts prohibitifs. Arrêté avec ses troupes, traité de brigand, accusé de crime de lèse-majesté, Mandrin fut condamné au supplice de la roue puis étranglé par son bourreau.

    François, le père de Maxime et Margaux leur dit s’être arrêté autrefois dans cette auberge avec leur grand-père, lui aussi quelque peu révolutionnaire. Les enfants prétendent connaître aussi l’endroit.

    – C’est sur la route qui nous amène en Provence, chez le Pépé, dit Margaux.

    – Oui, c’était l’été passé au mois de juillet, au bas de la colline, il y a le lac de Paladru, on l’aperçoit d’ici, dit Maxime.

    – Cet endroit ne m’est pas inconnu, il me semble que c’était hier ou avant hier, dit Isabelle, la compagne de François…

    - Non, tu divagues maman, hier nous étions au bord du Lac Léman, répond Céline.

    Peu à peu, cette joyeuse équipée reprend ses esprits, des souvenirs se font jour, les langues se délient. L’un deux prétend avoir visité le Lubéron la veille, la bourgade de Gordes… Où étions-nous ce matin, au petit déjeuner ?

    - Sur une terrasse de Saint-Rémy, Margaux, tu as même bu un chocolat, répond Maxime.

    – Oui, c’est vrai, et hier soir, il me semble que nous nous baignons de nuit dans une piscine, il y avait un autre garçon, Clément je crois, vous avez joué à la pétanque avec Marine, alors que je jouais du piano avec papa !

    – Naturellement, j’ai pointé, j’ai tiré et mes adversaires ont embrassé le popotin de Fanny, répond Maxime du tac au tac.

    – C’est grave, vous affabulez, les enfants, la chaleur sans doute !

    – Papa, on t’aime, on t’adore mais tu prends de l’âge, fais attention à tes neurones. Pourquoi as-tu une barbe de trois jours ?

    Se passant la main sous le menton, ce fut le déclic, le coup de massue au moment du dessert glacé, de quoi rafraichir les méninges ! Isabelle se porta derechef au secours de son homme en l’enlaçant.

    Lors d’une ballade d’un jour, mardi, 10 août à 13 heures, l’équipée s’était arrêtée à l’Olivier pour déjeuner. Pourquoi n’irions-nous pas trouver le Pépé jusqu’en Provence ? Une idée folle. Sitôt dit, sitôt fait sans bagages, ni brosse à dents, une escapade de trois jours hors du temps ! Treize à table... sous les oliviers.  Dan et JF ont même réussi à mettre en marche la vieille moto du Pépé, une Terrot 1930 pétaradante, en partance pour Compostelle.

    Trois jours de bonheur pour le « Papet » de Provence et ses petits-enfants. Aujourd'hui, sur le chemin du retour... ils ont enfin les pieds sur terre !

  • Une journée avec Billy,

    J’ai pris la route au matin pour rencontrer Billy en chair et en os. On me parlait de lui depuis longtemps, la veille, je l’avais même repéré sur Internet. Après un dédale d’allées tantôt à gauche, tantôt à droite, une sorte de labyrinthe qui n’en finissait pas, je l’ai aperçu de loin. Je l’ai reconnu de suite, il trônait en bonne compagnie avec des collègues. Ce grand gaillard, tout de blanc vêtu, m’observait de haut, me toisait du regard.

    D’origine scandinave, Billy est célèbre dans le monde entier, jusqu’en Chine, parait-il. Petit Billy faisait pâle figure à ses côtés, mais il me parut plus sympathique que le grand gigolo. Mis à part la taille, ils doivent être frère ou cousin germain, tant ils se ressemblent.

    C’est le bibliothécaire du village qui m’avait donné son adresse, du côté de Vitrolles, aux portes de Marseille.

    - La seule solution pour ranger tes piles de bouquin, me disait-il, c’est Billy.

    - Je ne vais tout de même pas prendre un manutentionnaire à mon service.

    - Tu es à côté de la plaque, Fred, Billy n’est pas un loufiat, c’est l’étagère la plus vendue dans le monde pour un prix dérisoire, grosso modo l’équivalent de deux bouquins !

     

    Me voici donc face à une jolie hôtesse, aimable à souhait, qui me dit que Billy et petit Billy sont des modèles d’exposition. Je devais en prendre livraison en libre service au quai de chargement, travée zéro deux, box zéro six. Un vrai parcours du combattant, fléché comme un jeux de piste, poussant le chariot qu’elle m’avait mis entre les mains. Je peux vous dire que Billy était vraiment raplapla, mis en pièces, compressé dans un carton ondulé. A la force du poignet, que dis-je des biscoteaux, je réussis à emporter quatre Billy, deux grands et deux petits.

    Loin de moi l’idée que j’avais acquis un matelas gonflable et qu’il suffisait de pomper et pomper encore, pour leur faire prendre forme ! Mais ce qui m’attendait dépassait mes capacités de bricoleur du dimanche. Je fis appel à mon amie Astrid, qui doit avoir des ascendances nordiques… car elle me sauva la mise en professionnelle du « do it yourself ». En fin de journée, les quatre Billy me regardaient de haut ! Il ne me restait plus qu’à ranger mes bouquins comme un bibliothécaire.

  • A la recherche du Nautilus…

     

     

    Depuis l’époque où le Nautilus sillonnait les mers, faisant la chasse aux aventuriers, semant la panique parmi les équipages, nous avons décidé, nous, capitaine et moussaillon, de renouveler l’aventure de la frégate Abraham Lincoln. A bord de notre frêle esquif, notre sloop Gingembre portant pavillon helvétique, un signe de neutralité… nous avons parcouru l’Atlantique tout au long du Gulf Stream dans l’espoir de rencontrer le capitaine Nemo.

    Ce héros, ce flibustier de haut vol, ce personnage de légende, qui nous a fait rêver dans notre adolescence, avait certainement pris une retraite imméritée quelque part sur l’un des îlots sauvages au large des côtes de Bretagne. Nous le considérions comme immortel. Où vivait-il ? Peut-être aussi dans son sous-marin, son Nautilus accosté aux abords de l’Atlantide ?

    Notre point de départ, notre démarche se situe dans la baie de Lorient. A l’entrée, à bâbord, existe une ancienne base de sous-marins, celle de Kéroman, construite par la Kriegsmarine allemande au début des années quarante. Nous étions persuadés que de vieux mariniers, de vieux pécheurs avaient enfoui quelques souvenirs, quelques indices au tréfonds de leur mémoire. De bar en bar, nous les questionnons, de bar en bar, nous avons abusé de ce lambig, cette eau-de-vie de cidre dont la sous-marque s’appelle calvados en Normandie ! No comment ! Nous avons fait chou blanc sur toute la ligne, oubliant que nous étions à 20.000 lieux sur la mer !

    On est remonté vers le nord, on s’est enfilé à marée haute dans le port de Pont-Aven, la cité des peintres devenue célèbre à l’époque des impressionnistes dont Gauguin est l’initiateur de l’école des Navis. Aucune trace, aucune évocation picturale d’une époque qui était aussi la leur…

    Mince alors, on a croisé les îles des Glénan en se dirigeant vers la Pointe du Raz, on a laissé l’île de Sein à bâbord puis, lors d’une escale à Douarnenez, nous avons pris pension chez Hervé, dit Vévé, au bar du Port. Pour faire le point, rien de meilleur d’avoir les pieds sur terre !

    «Nemo ? Nemo ? ça nous dit quelque chose, mais il n’est pas d’ici. Jules, natif de Nantes, nous a bien raconté quelque histoire à son sujet, mais c’est du passé, ça date de l’autre siècle. Faudrait aller voir du côté de Brest, tonnerre de sort ! »

    Camaret, le Conquet, le nord du Finistère, Perros-Guirec, à la limite des Côtes d’Armor, il n’était pas question de quitter l’océan, de pénétrer dans la Manche, vers Saint-Brieuc ou le Saint Malo. Ce n’est pas une mer digne de Nemo, avec tous ces Anglais en face.

    De guerre lasse, on a posé le bateau, on a battu en retraite, on n’allait pas réécrire l’histoire, ou plutôt ajouter un chapitre au roman de ce cher Jules Verne. L’épave du Nautilus croupit sans doute tout rouillé au fond d’une crique. Les épaves sont légions dans le pays. Le capitaine Nemo vit encore dans nos mémoires. Peut-être un jour, avec notre Gingembre, ferons-nous le tour du monde en 80 jours ?

    En attendant, rendons à Jules ce qui est à Verne :

    http://fr.calameo.com/read/000120511ed8b14a6f4de

     

     

  • Le capitaine et le moussaillon…

     

    Belle-Ile-en Mer

     

    Je déteste que le capitaine m’appelle « moussaillon », sous prétexte que je ne suis pas un pro de la mer. Depuis le temps qu’ils sont affublés du titre de « maître après Dieu », ils sont devenus méprisant envers les matelots, les sans-grade. Je vais de suite lui rabaisser le caquet :

    - Alors… raconte ce qui est arrivé…

    - Ah, mon vieux, il m’arrive un truc terrible, je crois que c’est le démon de midi qui me joue ce tour-là.

    - Alors là, tu me fais rire, tu me racontes des sornettes, le démon de l’amour est en toi depuis belle lurette, depuis ta naissance sans doute. Je parie même que tu étais amoureux de ta mère. Mec, t’as pas besoin de te doper au gingembre pour être à la hauteur.

    - Je t’expliquerai ça plus tard, où as-tu parqué le navire, Fred ?

    - Le « navire », comme tu dis, n’est pas ici, je l’ai planqué incognito sur une île, celle de Groix, à dix milles en face. Si tu t’étais branché sur mon blog, tu pouvais me suivre à la trace, mais t’avais autre chose à faire, je pense…

    En effet, après une nuit d’amour, voire deux, Gaël est exténué, lessivé comme un torchon dans le lit d’Aurélie, une nouvelle conquête, une brunette adorable, parait-il. Du coup, il rate l’avion une fois, deux fois avant de prendre conscience que son pote l’attend à Concarneau.

     

    Réconciliés après moult explications de part et d’autre, de retour sur l’île, ils firent un repas de roi, des belons, un saint-pierre arrosés d’un Menetou-Salon (pour les connaisseurs). Le lendemain, ils prirent enfin la mer à deux. Et ce ne fut pas de trop avec des vents de 40 à 50 nœuds, la houle et des creux de 3 à 4 mètres. A l’entrée de Belle-Ile-en Mer, voiles affalées, le moteur hoquetait, semblait rendre l’âme, le sloop allait s’écraser contre les rochers lorsque par miracle le skipper réussit à s’enfiler dans la passe… en marche arrière !

    Ouf, pour se remettre de ces émotions, ce fut encore une soirée de marins où l’on refit le monde… de la mer avec des copains de rencontre.

     

    Au matin, nous avons le temps de prendre du temps, d’ausculter les entrailles du Gingembre. Ces bêtes sophistiquées de technologie mettent parfois le navigateur à rude épreuve. Ce ne sont plus les barques à voile du temps passé où l’on manœuvrait les drisses uniquement à main d’homme, à la force des biceps.

     

    Après la bruine et la tempête de la veille, le baromètre, ou plutôt la météo nous annonce une navigation pépère. Pour rejoindre la baie de Quiberon, il faut zigzaguer entre les cailloux, contourner des îles sauvages, inhabitées, trouver la passe.

    A vol d’oiseau, vingt milles nous séparent de la Trinité sur Mer. Vent de face, il en fallut plus du double, en tirant des bords tantôt à bâbord, tantôt à tribord, pour atteindre le port situé à l’embouchure du golf du Morbihan. Un port de rêve, avec des pontons, de l’eau, de l’électricité et la wifi pour communiquer avec le monde !

     

    Sacrés paparazzi !

  • J’ai repris la mer…

     

     

     

    Après une matinée à découvrir Port Tudy, un endroit plein de charme, de bistrots sympas, de loueur de bicyclettes, de marcheurs de tout âge, j’ai repris la mer à 11h30 GMT, seul… à bord du ferry qui fait la navette vers Lorient.

    A vrai dire, je vais à la rencontre du skipper qui me cherche depuis deux jours sans réussir à me joindre puisque j’avais fait silence radio !

    On lui a dit à Concarneau que le sloop « Gingembre » était sorti dimanche sans préciser s’il revenait le soir…

    Au portable, il criait comme un putois, me traitait de tous les noms d’oiseau !

    - Tu te calmes sinon je ne te dis pas où je suis. Tu as manqué le rendez-vous sans me prévenir, j’ai fait de même en me tirant tout seul.

    - Tu es fou, complètement dingue, il aurait pu t’arriver des bricoles, toucher les hauts fonds, te fracasser contre les rochers, tu sais à peine lire une carte !

    - Et bien, tu me sous-estime mon cher Gaël, je suis à bon port, sain et sauf. On se retrouve « An Orient » sur le quai des Indes, si tu veux, le temps d’une petite traversée, ton heure sera la mienne.

    - Tonnerre de Brest, attends-moi où tu te trouves, ne bouge plus !

    - Pourquoi, veux-tu me rejoindre à la nage ?

    Quatre heures plus tard, Gaël cherchait partout le Gingembre sur ce quai, ce bras de mer en centre ville, qui date de l’époque de la route de l’Orient, dont les navigateurs ramenaient dans leurs soutes les épices qui ont fait non seulement la fortune de ce port, de cette ville, mais lui ont donné son nom.

    Assis à une terrasse de bistrot, je l’observais tranquillement en train de chercher un bateau battant pavillon suisse. Puis, au détour d’une jetée, je le surpris en le tapant amicalement sur l’épaule. Tout penaud, comme un agneau, il avait perdu sa vindicte. On s’étreignit comme de vieux potes.

    J’aurais donné ma tête à couper des raisons de son absence. Encore une histoire de femme, une histoire d’amour, une de plus. On dit que les marins ont une femme dans chaque port… mais ça ne leur suffit pas, c’est la chasse perpétuelle.

     

     

    (à demain, peut-être ?)

  • Standby

     

     

    Encore une nuit d’insomnies ! Décidemment, j’ai dû contracter un abonnement de longue durée avec la lune. Je passe par tous les stades d’une nuit de sommeils fractionnés. Je débloque enfin mon portable, volontairement resté muet depuis mon départ. Je découvre les messages. Bo, mon épouse est inquiète, ce n’est pas dans mes habitudes de la laisser sans nouvelles durant 48 heures, d’autant que depuis toujours elle pressent mes coups de folie. Comment peut-elle vivre avec un homme pareil ? Mille fois, je l’ai questionnée, mille fois, elle a répondu par un sourire, mille sourires, devrais-je dire : francs, sincères, aimants, interrogatifs, dubitatifs, malicieux, narquois, rarement ironiques.

     

    Je ne vais tout de même pas l’appeler en pleine nuit. Je suis tenté de ne pas lui faire signe au matin, d’attendre encore. Ce n’est pas une raison malsaine. Comme j’ai toutes les chances de passer de vie à trépas avant elle, je désire qu’elle s’habitue à mon départ. Pour lui permettre de juguler émotion, désarroi, chagrin, douleur, tristesse, absence sans fin.

    Complexe le mec ? L’idéal de vie d’un couple aimant consiste de prime abord à vivre ensemble, se découvrir, accepter ses différences, se supporter, - j’allais dire contre vents et marées - choisir en respectant le choix de l’autre, se contrarier, se bagarrer parfois puis se réconcilier, rester lucide afin de ne pas casser la mécanique du cœur et de l’esprit.
    Quant au sexe, ne le négligeons pas, il est indispensable à l’amour, au début c’est le nerf de la guerre puis il devient un complément, le terme est faiblard, j’en conviens. Trop d’amour tue l’amour, il faut consommer ce breuvage à petites doses, jour après jour, jusqu’à la fin du temps qui nous est imparti. L’idéal d’un couple est de quitter la vie ensemble. Je n’aime pas l’avion, une peur stupide, je vole avec elle car en cas de pépin on est sûr de partir ensemble. Elle surveille ma santé, elle corrige mes écarts. Je ne suis pas dupe, elle souhaite me garder le plus longtemps possible, malgré le décalage horaire. Est-ce la mer qui me rend mélancolique ?

     

    Ou plutôt cette digression est une manière de « mener le lecteur en bateau » qui attend la suite des événements. Autant vous dire qu’il n’y aura pas de péripéties aujourd’hui, je fais relâche. Le vent souffle en rafales, la mer est grosse. Les mouillages ne sont pas légion dans la zone. Cette enquiquineuse de marée complique la navigation, je n’ai pas envie de poser le bateau sur le ventre à basse mer, de faire de la dentelle avec la quille. D’ailleurs, à tribord un bateau-école des Glénan s’est collé coque contre coque, il reste à quai. Il est déconseillé de sortir au-delà de sept Beaufort me confirme le moniteur bardé de diplômes. S’il savait que je ne suis qu’un matelot d’occasion !

    J’oubliais de vous dire que le skipper a donné signe de vie… mais ce sera pour le prochain épisode.

  • Seul en mer...

     

    Après une nuit d’insomnies, de cauchemars, de monstres qui m’agressaient comme des murènes aux aguets, j’ai pris la décision de bouger, de quitter le port pour d’autres cieux…

    Selon la capitainerie, la météo est favorable, mer calme, légère brume matinale, vent force 7 à 8.

    Pour ce qui est de la brume, j’ai effectivement la tête embrumée des whiskys de la veille. Pas n’importe lequel, un whisky breton ou rien ! A cause d’une jolie blonde qui faisait ses classes au resto du port. Un stage de vacances, un travail d’été s’entend, en l’attente de faire des études de communication à l’automne. J’ai utilisé toutes mes facultés communicatives sans succès. J’avais presque oublié qu’un vieux loup de mer n’a aucune chance de séduire une midinette. Laissons cela à Séguela avec sa Rolex au poignet. Ne dites surtout pas à ma mère que je navigue seul au large des côtes de Cornouaille, elle me croit serveur dans un bar !

    Donc, j’ai pris la mer, elle m’ouvre ses grands bras, elle n’est rien qu’à moi. Sortie du port au moteur, puis je déroule le génois. Le vent sud-ouest forcit jusqu’à 15 nœuds. Par respect pour tous ces navigateurs aguerris, je passe à proximité de l’archipel des Glénan, puis je file tout droit en direction de l’ile de Groix. J’accoste comme un grand à Port Tuby où je sais que l’on peut atterrir à toute heure de marée avec un « navire » de plus de 12 mètres ! Il y a toujours une âme charitable pour vous tendre la perche… en l’occurrence attraper les amarres. Ouf ! je m’en suis sorti tout seul… quel exploit. Je dois une fière chandelle au pilote automatique et au GPS.

     

    J’apprends que la navigatrice en solitaire de 16 ans a été sauvée dans l’océan indien à 3000 km de la Réunion. Faut être fou, inconscient de faire le tour du monde en solitaire et sans escale. Faut être dingue de se trimbaler tout seul avec un 12 mètres. Cela me rappelle mon enfance lorsque j’avais piqué la voiture de mon père pour faire le tour du village avec mes copains d’école primaire. Rien que d’y penser, j’ai encore mal aux fesses. Bon, en plein océan, on ne risque guère de fracasser sa coque de noix contre les rochers qui affleurent partout ici, sur les côtes bretonnes. La mer est dangereuse, souvent mortelle, surtout au large de la Palestine, à ce qu’on dit… Je mesure ma connerie, j’attrape une peur rétroactive, je ne sais plus que faire. Partirai-je demain en direction de L’Orient ?

     

     

  • Naufragé de la mer...

     


    Nous étions quatre, puis trois, puis deux. Voici que le deuxième, le skipper, me fausse compagnie et je me retrouve seul en rade dans la baie de Concarneau !

    Que vais-je faire ? Attendre, attendre encore dans l’espoir qu’il finisse par se pointer au bout du ponton… Je cogite à tous vents, un vent de nord-est, sur ce voilier de 39 pieds, bien trop grand pour moi seul.

    Je prends mon attente en patience, je parcours le port, la ville close, je m’assieds aux terrasses des cafés, je consomme un café, deux cafés, puis une bière bretonne, une cervoise artisanale. Au bar des Moutons, portant le nom d’une des îles de l’archipel des Glénan, je perçois des propos de marins au long cours. La purée de pois, la pluie, force 15 la veille, puis l’arrivée à bon port, la tournée des troquets jusqu’à plus soif.

    Le bateau est bourré de victuailles, de quoi faire le tour du monde en solitaire, sans escales pour se ravitailler. Ca tournicote dans ma tête à l’idée de prendre la mer seul. D’autres l’ont fait bien avant moi en se faisant parfois prendre par la mer… Cette perspective est folle, irréaliste, je le sais, mais elle me tarabuste l’esprit, ne me laisse aucun répit. Incapable de me concentrer sur la lecture de Mediapart !

    Surprise, la wifi fonctionne, offerte par le port de plaisance. Je consulte les cartes marines, les accès aux ports où je ferai escale, Lorient, Quiberon avant d’atteindre Saint-Nazaire. Les criques, les baies où je mouillerai pour la nuit en évitant les rochers, la marée descendante. Ce matin, un vieux loup de mer m’a dit : « Ne hisse pas la grand voile, navigue à la trinquette ! »

    Je suis un bleu… je découvre l’atlantique et ses pièges depuis la terre. Voici quatre jours que je parcours le Finistère, les côtes de la mer d’Iroise, la côte des Légendes, celle de Cornouaille pour me familiariser avec ce pays brut de granit. Le ciel était bas, menaçant, il y avait du crachin, de la froidure humide, à vous rendre morose.

    J’ai toujours souhaité vivre sur un bateau. Un rêve de terrien, de marin d’eau douce ! Même à quai, vous êtes déjà en dehors du monde. En pleine mer, il vous semble l’avoir quitté pour toujours. Puis, lorsqu’enfin vous apercevez la terre au loin, à quelques milles, c’est comme une sorte de renaissance.

    Peut-être à demain, là-bas où je serai !

     

  • Pour les 150 jours de captivité d’Hervé et Stéphane,

    Affiche Rsf

    Affiche Rsf

    Pour les 150 jours de captivité d’Hervé et Stéphane, le Club de la Presse Marseille Provence Alpes-du-Sud, en collaboration avec Reporters sans frontières, l’Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F), et le comité de soutien aux otages organisent un rassemblement

    Samedi 29 mai à 10 heures

    Quai de la Fraternité (Vieux-Port) à Marseille.

    En effet, nos confrères de France 3 Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier et leurs accompagnateurs Mohamed Reza, Ghulam et Satar auront franchi, le 28 mai, leurs 150 jours de détention en Afghanistan.

    Tout deux ont des attaches fortes avec notre région, Hervé a été élève à l’Ecole de Journalisme de Marseille et la famille de Stéphane vit à Reillanne dans les Alpes de Haute Provence…

    Il est important de leur renouveler ainsi qu’à leurs familles et leurs amis notre solidarité et notre soutien.

    Ce rassemblement  se fera en présence de Gérard Taponier, père de Stéphane, d’Isabelle Staes, Présidente du Club de la presse Marseille Provence Alpes-du-Sud ; Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières ; Jacqueline de Grandmaison, vice-présidente de l’UCP2F (représentant le président Karl Sivatte) ; Michel Anglade et Denis Saverot du Comité de soutien à Hervé et Stéphane. Jean-Jacques Le Garrec, qui fut otage à Jolo aux Philippines, grand reporter à France 2 et membre de l’association « Otages du monde », sera également à Marseille pour soutenir nos confrères. Des messages d’autres anciens otages seront lus ce jour-là.

    Des délégations de clubs de la presse de départements voisins se joindront à nous (Var, Gard, Drôme Ardèche,…), ainsi que des personnalités telles que Richard Martin, Directeur du Théâtre Toursky à Marseille, accompagné d’artistes et responsables culturels d’une vingtaine de pays réunis à Marseille pour les Rencontres internationales du théâtre méditerranéen.

    Le même jour, la commune de Reillanne (04) organisera aussi un rassemblement avec les amis, les familles à 11 H.

    Pour cette mobilisation, les organisateurs ont reçu le soutien du Conseil régional Paca, du Conseil général des Bouches-du-Rhône et de la Mairie de Marseille qui déploieront des banderoles sur leurs façades. Au côté de Reillanne, des mairies des Alpes-de-Haute-Provence, ainsi que l’antenne du Conseil régional à Digne-les-Bains accrocheront également une banderole sur leurs façades.

    Le Conseil général des Alpes-de-Haute-Provence s’est mobilisé  par le biais d’une pétition

    Tous ceux qui le souhaitent sont les bienvenus pour nous rejoindre afin d’être le plus nombreux possible à Marseille, à Reillanne, pour prouver que la liberté de la presse n’est pas un vain mot.

    Ce sera aussi l’occasion d’envoyer à Stéphane et Hervé des messages de soutien afin qu’ils sachent « qu’on ne les oublie pas ».

  • Club de la Presse et gastronomie

     

     

    Jany Gleize et Isabelle Staes
    Jany Gleize et Isabelle Staes. Photo Jean Esposito

     

    Chaque premier jeudi du mois, le Club de la Presse de Marseille invite ses membres à un apéritif qui s’avère être dinatoire ! Trêve de commentaires, jugez plutôt le menu du 6 mai :

     

    Terrine d’agneau en gelée

    Tartare de courgettes à la menthe

    Taboulé printanier au vinaigre de framboise

    Filet de poulet sauce à la lavande

    Saumon fumé à la maison

    Flan de persil

    Tartelette au citron

    Panacotta pistache et fruits rouges

     

    L’artisan de ces rendez-vous gastronomiques, c’est Jany Gleize , patron de

    La Bonne Etape à Château-Arnoux, un Relais et Châteaux étoilé au Guide Michelin.

     

     

    Inutile de dire que ces rencontres mensuelles sont aussi l’occasion de connaître et de converser avec les journalistes, les reporters, les photographes et les représentants des médias de la région Paca sous la houlette de la présidente du Club,  Isabelle Staes de France 2.

     

    A l’approche des vacances, faites une étape à Château-Arnoux, « le pays de la démesure » comme l’a dit Giono, pour déguster la Baudroie en bourride safranée, le Cochon de lait à la sauge et au genièvre ou le Carré d’agneau au jus de thym.

     

    Jany vous fera découvrir son Jardin potager où il cultive à l’ancienne les fruits, les légumes et les plantes aromatiques du pays : le thym, la sarriette, la sauge, l’origan, le laurier et bien d’autres surprises dans ce jardin extraordinaire !

     

    Pour découvrir La Bonne Etape, voici le site :

    www.bonneetape.com

  • Demain, la France ?

     

     

    De la menue monnaie !
    De la menue monnaie !

    La Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Islande sont au bord de la faillite et prennent des mesures drastiques pour enrayer l’hémorragie de leurs déficits phénoménaux. L’euro est embarqué sur un toboggan !

    La France à son tour n’échappe pas au raz de marée et le gouvernement instaure la rigueur tous azimuts ! Laissons parler les chiffres :

     

    Dette publique de la France à ce jour :

    1564 milliards d’euros

    Dette publique par habitant à ce jour :

    24.139 euros

    Evolution de la dette depuis le 1er janvier 2005 :

    Dette française à fin 2004 : 1 076,9 milliards d'euros, soit 64,9 % du PIB

    Dette française à fin 2005 : 1 145,4 milliards d'euros, soit 66,4 % du PIB
    Dette française à fin 2006 : 1 149,9 milliards d'euros, soit 63,6 % du PIB
    Dette française à fin 2007 : 1 209,5 milliards d'euros, soit 63,9 % du PIB
    Dette française à fin 2008 : 1 327,1 milliards d'euros, soit 68 % du PIB

    Dette française à fin 2009 : 1 500,8 milliards d'euros, soit 77,9 % du PIB
    Déficit public français 2010 : 173,7 milliards d'euros (soit 5508 euros par seconde)
    Population fin 2009 : 64 667 000

    Population fin 2010 : 65 013 000

    Voir le site (INSEE)

    Rappel des faits publiés dans mon livre : Dis, Papy, c’est quoi la crise ? publié il y a un an, en mai 2009 :

     

    En résumé, tout a commencé par la crise des subprimes aux Etats-Unis qui germait depuis quelque cinq ans pour éclore en 2006 et 2007. Sans mot dire, les instituts financiers américains accusaient des pertes phénoménales. Au bord de la cessation de paiement, il a bien fallu qu'elles avouent leur situation en appelant au secours la Fed. Cet aveu engendra une chute de la bourse et des produits dérivés et provoqua une crise financière mondiale, un effondrement du système bancaire international, où plus personne ne savait à quel banquier se fier. Des enseignes prestigieuses, accrochées aux fiers buildings de Manhattan, s'éteignaient l'une après l'autre en un gigantesque court-circuit.

    L'arc électrique franchissait l'atlantique pour bouter l'incendie aux quatre coins de la vieille Europe jusqu'au cœur de la City, de Paris, de Francfort, brûlant au passage les gnomes de Zurich et de Genève. Les pseudo-économistes, enfin réveillés par le tocsin, annonçaient, dans un désordre indescriptible, l'arrivée imminente de la crise économique. Et chacun de dire ce qu'on aurait dû faire au lieu de n'avoir rien fait ! Pardi, une bonne crise, ça ne fait pas de mal, ça secoue le cocotier, ça se soigne et ça repartira comme avant. Il suffit que les Banques centrales, les Etats fassent marcher la planche à billets pour venir en aide à ces pauvres capitalistes démunis lorsque l'hiver fut venu. C'était sans compter avec la crise de la consommation !

     

    Parbleu, on l'avait oublié celle-là. Et que je te fabrique des millions de bagnoles, que je te délocalise à tout va, que je t'importe des containers par milliers de Chine et des pays émergents. Toute cette masse de consommateurs, on en fera notre affaire. Elle travaille plus, elle gagne plus, donc elle dépense plus, CQFD !

     

    Comble de malheur, en voilà encore une de crise qui pointe le bout de son nez avec insistance : la crise de confiance ! Celle-ci est bien plus pernicieuse car les citoyens se rendent compte que leurs dirigeants sont dépassés par ce qui arrive, qu'ils interviennent au coup par coup, souvent sans concertation. Parce que les banquiers et les industriels leur dansent sur le ventre, tendant leurs sébiles comme des mendiants, fermant les usines touchées par la chute des ventes et de la production. La réunion des chefs d'Etats, lors du G 20 du 2 avril 2009 à Londres, n'a pas dissipé le malaise.

    C'est une sorte d'inventaire à la Prévert, une litanie de bonnes résolutions pour tenter de changer le fonctionnement de la finance mondiale. Ils ont enfin pris conscience de la situation catastrophique dans laquelle se trouve la planète au plan économique et social. Ils ont sans doute compris qu'ils doivent unir leurs efforts, de part et d'autre de l'Atlantique et jusqu'aux confins du Pacifique pour enrayer la descente aux enfers. L'homme de la rue devra patienter de longs mois avant de déceler des signes de retour à une certaine « normalisation » ! Avec des séquelles imprévisibles. Dans l'immédiat, c'est la valse des milliards empruntés tous azimuts pour doter le FMI de moyens considérables destinés à sauver certains pays de la faillite. Des milliards que les générations futures devront rembourser !

     

     

  • Charlie, t'as perdu la mise, rien ne va plus !

     

     

    Il ne manque que Pagnol pour l’écrire et Raimu pour interpréter la saga d’un Corse qui commence en Provence à la fin des années trente pour se terminer à Paris devant les juges de la Cour de Justice de la République en 2010 !

    Hélas, je n’ai pas le talent pour le faire car l’histoire de ce vieux bougre ne prête pas à rire ! J’essaie quand même… lors de cet extrait de parodie de justice :

     

    - Prévenu Charlie, vous êtes bien né à Grasse d’un père policier ?

    - Oui, votre honneur, et j’en suis fier, mais je vous prie de m’appeler Charles, Charles Pasqua, sénateur des Hauts-de-Seine.

    - Ne chipotons pas, monsieur le sénateur, puisque tel est votre désir, mais n’oubliez pas que vous comparaissez en qualité de prévenu pour avoir indûment encaissé un certain nombre de pots-de-vin. D’ailleurs, à une époque vous étiez bien dans d’alcool ? Ca vous pose un homme de sévir dans la vinasse.

    - Ne confondez pas le pot de vin, cette vulgaire bibine de comptoir, et le célèbre pastis de Marseille que j’ai vendu dans le monde entier, gravissant tous les échelons hiérarchiques de l’entreprise de mon ami Paul.

    - Vous étiez le roi du petit-jaune et si je comprends bien, le pastis mène à tout, à condition d’en sortir.

    - Pas exactement, votre honneur, j’ai d’abord été résistant, gaulliste, et à 16 ans, j’ai rejoint mon homonyme le Général à Londres.

    - Dès lors, vous avez acquis vos lettres de noblesse dans la politique, en fondant, du côté d’Aubagne, une officine, le SAC que l’on disait lié au « milieu » marseillais. Il est de notoriété publique que vous étiez l’homme des coups de main.

    - Des coups de main, votre honneur, j’en ai donné par dizaine pour servir la France et voilà qu’aujourd’hui on me traite comme le dernier des malfrats. Tous ceux à qui j’ai mis le pied à l’étrier m’ignorent, me laissent tomber, à commencer par le petit dernier, celui qui est devenu le plus grand présentement. Cela me fend le cœur !

    - Allons, allons, pas de sensiblerie de votre part. Que je sache, vous n’avez pas toujours fait dans la dentelle lorsque vous étiez ministre de l’intérieur, en particulier lors de la mort de Malik Oussekine, du déplacement des Comoriens, d’une proposition de loi rétablissant la peine de mort…

    - Un ministre de l’intérieur ça combat la chienlit, ça sévit ou, dans le contraire, ça ferme sa gueule et ça démissionne !

    - Gardez votre calme, faites attention à votre tension Charlie, pardon, Charles. Il m’est difficile de m’adresser à vous autrement que par votre prénom puisque nous sommes confrères… député puis sénateur. Nous nous sommes toujours combattus à la loyale sur les travées de l’Assemblée.

    - Je vous l’accorde, mais ici le combat est inégal. Vous m’accablez uniquement à charge de malversations que je n’ai pas commises.

    - Certes, vous avez servi la République tout en tentant de vous servir vous-même. C’est la raison de votre présence ici. Tout en apparaissant au grand jour, vous avez agit par en-dessous dans une stratégie sournoise qui vous a perdu en misant sur Balladur et en reniant Chirac. Votre égo vous a poussé à être à votre tour au sommet de pouvoir. « Demain la France » c’était ni plus ni moins demain la France avec Pasqua. Et pour cela, il fallait des sous, beaucoup de sous que le « Rassemblement pour la France » n’a pas trouvé sous le sabot d’un canasson.

    - Les fausses factures des socialos, ça ne vous rappelle pas un financement occulte que l’on a passé aux oubliettes de l’histoire ?

    - Ne faites pas l’innocent, l’octroi d’une autorisation au casino d’Annemasse, à vos copains corses, à quelques lieues des banquiers genevois, contre l’avis de vos services, me paraît pour le moins susceptible d’un retour sur investissement…

    - Que cela vous déplaise, nous, les Corses, on a le sens de la famille !

    - Ah oui, en effet, vous ne pouvez pas nier que votre fils a été condamné à un an de prison ferme dans l’affaire Falcone !

    - L’entourage de Chirac a voulu m’éliminer. Quand on s’attaque au patriarche, toute la famille est incriminée. Il a une dent contre moi à cause de mon refus d’accepter le traité de Maastricht, puis lors de ma candidature à l’Elysée.

    - On me cherche… et on va me trouver. Je dirai tout lors du procès en appel si par suite d’une erreur judiciaire, je devrais être condamné. D’ailleurs, Jacques lui aussi a des embrouilles dont il devra s’expliquer. Comptez sur moi pour lui rafraîchir la mémoire !

    - Des menaces, à un ami de trente ans, c’est pas très fairplay…

     

     

    Dessin de Dominique Goubelle

     

    Vendredi, la Cour rend son verdict :

    Charles Pasqua est condamné à un an de prison avec sursis pour complicité d’abus de biens sociaux et de recel dans l’affaire des détournements de fonds au préjudice de la Sofremi, société d’exportation de matériel de police dépendant du ministère. Mais, il est blanchi dans les affaires du casino d’Annemasse où il était poursuivi pour corruption passive, et celle d’un pot-de-vin extorqué au groupe GEC-Alsthom en échange du déménagement de ses filiales.

    Charlie jubile Partiellement blanchi,  Charles Pasqua se drape dans sa dignité :

    « Comment peut-on imaginer que je me sois laissé corrompre ? ».

    (à suivre ?)

  • Il faut supprimer la journée de la femme !

     

     

     

    Cette pratique d’un autre âge qui instaure une journée de la femme est totalement désuète. Il faut la radier illico du calendrier. L’idée ne remonte-elle pas au début du 20ème siècle, aux Etats-Unis, où les ouvrières étaient corvéables à merci ? Des semaines de travail de 60 heures et 40 heures de travaux ménagers, dans le meilleur des cas. D’ailleurs, ce sont elles qui ont menacé de faire grève si on ne leur accordait pas une journée de répit et le droit de vote.

    Les versions varient d’un pays à l’autre. En Russie, Lénine décrète le 8 mars 1917 : Journée des droits des femmes, date qui correspond au commencement de la révolution de février… Bizarre.

    En France, en 1917, alors que leurs maris n’en finissent pas de mourir dans les tranchées, des politiciens inspirés retiennent eux aussi la date du 8 mars. A la fin de l’hiver et avant les labours. Toutes ragaillardies, une journée sans traite, nos paysannes ont mis les vaches et les veaux aux champs, la volaille en liberté, les moutards chez la grand-mère et vive la vie, une nuit de pleine lune avec un vieux garçon, un blessé de guerre revenu au pays. Juste récompense pour ce veinard ayant frôlé la mort et mis en déroute les Bosch. Son énergie retrouvée, ce géniteur va désormais de ferme en masure pour assurer la survie de l’espèce.

    Tombée en désuétude, il semblerait au fil du temps que Léon Blum, l’Onu, Giscard envisageaient de remettre cette coutume au goût du jour, mais ce dernier n’a pas eu le temps de le faire, notre Tonton national reprenant la balle au bond en 1982 !

    Il faut la supprimer cette pratique car elle n’a plus de sens aujourd’hui. Elle est contraire à toute parité entre mâle et femelle... Désormais, ce sont nous les hommes qui remplacent nos femmes dans la plupart des tâches quotidiennes ! Qui met en marche la machine à laver, le lave-vaisselle, sort le 4x4 du garage pour que Madame puisse se rendre au bureau, au Conseil régional, au ministère où à la rue de Solferino ? Qui habille les gamins, leur font leurs tartines, les accompagne à l’école, à pieds, avant d’aller pointer au chômage ?

    Que vont-elles encore exiger de nous, demain lundi 8 mars ? Je suis stressé rien qu’à l’idée d’y penser. Un cadeau, une bague, un solitaire ? A tout hasard, je vais aller au sex-shop du coin m’équiper en matos, puis chez le pharmacien pour les petites pilules bleu azur... En attendant qu’elle revienne du turbin, tard, m’a-t-elle dit, après le cinq à sept, je l’attendrai au resto avec mon copain Oban. Elle me dira, en m’embrassant du bout des lèvres: « t’as pas sucé de la glace aujourd’hui ! » « Ok, ma chère, ça ne se fait pas avec un pur malt de 16 ans ». Peut-être à mardi !

     

  • Joseph Stiglitz en question !

    Un sourire de bon aloi...
    Un sourire de bon aloi...

     

    Le prix Nobel d’économie 2001 fait la une des médias à l’occasion de la publication de son livre : « Le Triomphe de la cupidité », Editions Les liens qui libèrent.

    La réputation de ce « nobélisé » n’était-elle par surfaite ?

    Il doit sans doute cette distinction parce qu’il a été économiste en chef de la Banque mondiale qu’il ne cesse de clouer au pilori depuis son départ !

    Cet éminent théoricien… fait siennes les conséquences des inégalités, la persistance du chômage et la fréquence des crises financières.

    Jusqu’à avoir été nommé par Jean-Paul II à l’Académie pontificale des sciences sociales !

    A noter qu’il a été conseiller du président Clinton et que Nicholas Sarkozy lui a confié une mission de réflexion en 2008 sur le changement des instruments de mesure de la croissance française qui se traduit dans les faits par la décroissance !

    Depuis plus de 10 ans, Stiglitz publie livres et réflexions sur l’économie mondiale sans avoir réussi à infléchir le comportement des dirigeants de la planète.

    Il offre quelques pistes timides aux altermondialistes et ne va pas jusqu’à dénoncer la mondialisation.

    Il me semble que cet homme-là, ce consultant, porte deux casquettes.

    N’est-ce pas lui qui a établi un rapport à la demande de Fannie Mae et Freddie Mac * en estimant qu’il n’y avait qu’un risque de défaillance de 1 sur 500.000 à 3 millions de cautionner les crédits immobiliers aux ménages insolvables ! Quand on sait que se sont précisément les subprimes qui sont à l’origine de l’éclatement de la bulle.

    Un conseil qui a coûté des centaines de milliards au gouvernement américain !

    Lors de sa venue à Paris… sans doute rendra-t-il visite à son ami Sarkozy…

     

     

     

    Joseph Stiglitz était l’invité de France Inter ce matin à 8h20

     

    http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/

     

    * La déconfiture de ce groupe publiée dans les Echos en 2008:

    http://archives.lesechos.fr/archives/2008/lesechos.fr/09/06/300290190.htm

  • Que la lumière soit... et la lumière fut !

     

    Les oliviers n'ont pas été épargné...
    Les oliviers n'ont pas été épargnés...

     

    Après quatre jours d’interruption d’électricité dans la vallée des Alpilles, ce cher Thomas Edison est venu nous rappeler que jusqu’en 1879 le bon peuple vivait sans ampoule à incandescence. Grâce à Volta, la pile Wonder a repris du service pour dénicher la vieillotte lampe à pétrole dans le grenier.

     

    Les Suisses, toujours à l’avant-garde… avaient construit la première centrale hydraulique à Saint-Moritz, à 2000 m d’altitude, pour tester l’invention d’Edison ! Les Français, eux, sont plus malins. Ils ont des centrales nucléaires derniers cris qui envoient leurs mégawatts dans des réseaux pourris !

     

     

    Cinq jours après...
    Cinq jours après...

    La neige, le mistral et le froid se sont donc unis pour transformer ce coin de Provence en Sibérie. Le réseau vétuste de l’EDF qui préfère investir à l’étranger… n’a pas résisté aux forces de la nature.

     

    Plus de 10.000 usagés sinistrés, bloqués dans des mas disséminés alentour dans la campagne, sans téléphone, sans chauffage et dans l’impossibilité d’extraire leurs véhicules des congères. Même l’émetteur des portables était aux abonnés absents.

     

    Les possesseurs tant décriés de 4x4 prenaient leur revanche en snobant les pauvres pékins qui avaient l’audace de se taper 3 bornes à pied pour chercher leur baguette dorée cuite au feu de bois.

     

    France 3 en direct à 19h30
    France 3 en direct à 19h30


    Tour à tour Maussane, les Baux et Eygalières ont fait la une des chaînes de télé. Une pub gratuite pour inciter les estivants à venir visiter ce peuple d’Inuit à la fonte des neiges.

     

     

    La place de Maussane appelée Monblanc !
    La place de Maussane appelée Monblanc !

    Les demeures ressemblaient à des igloos de style provençal. Parfois une cheminée crachait sa fumée, preuve qu’un écolo habitait par là et qu’il se chauffait au bois. Pour les « tout électrique », ce fut la galère. Température intérieure entre 8 et 9 degrés, l’inverse en négatif la nuit à l’extérieur, ce qui a incité bon nombre de sinistrés à peler la neige pour se réchauffer ou à se fourrer au plumard tout habillé avec le bonnet de nuit et trois couches de couettes. Pas évident de batifoler avec sa tendre moitié dans cet accoutrement !

     

    J’ai survécu 4 jours, l’Internet fonctionne à nouveau, le soleil me chauffe le dos à travers la véranda et je peux blogger sur Mediapart !

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